Par Christian Lévêque - publié le 25 juin 2008 à 05h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h46 - 0 commentaire(s)
La rubrique jeunesse vous fait découvir cette semaine Le général Fanfaron, une compilation de court-métrages du studio de Shanghai, présenté par Les films du Paradoxe...

LE GENERAL FANFARON et autres histoires
- Le général Fanfaron, de Te Wei (Le général vaniteux, the conceited general), 1956
- Les Petites carpes de He Yumen, 1958
- Les Singes qui veulent attraper la lune de Zhou Keqin, 1981
- L'épouvantail de Hu Jinqing, 1985
Dolby mono, Version Originale et sous-titre Français
Bonus : 4 cartes postales



Quelques années après les premiers Disney sonores et en couleurs (comme Blanche-Neige et les sept nains en 1937), les studios de Shanghai développent leurs propres techniques d'animation. Créés à partir de peintures traditionnelles – on en verra quelques exemples dans l’Epouvantail -, de papiers découpés, d'encres et de lavis, les films d'animation sont de véritables œuvres d'art, à mi chemin entre les arts traditionnels de la calligraphie, du théâtre d’ombre ou de la danse. Sans compter les arts martiaux. La musique est très présente surtout dans les deux plus récents, deux courts sans parole. On espère que l’absence de version française n’empêchera pas de montrer ces films à de très jeunes amateurs, le goût pour l’authentique doit s’apprendre tôt.



Te Wei, directeur des studios de Shanghai jusqu'en 1986 et auteur de magnifiques courts métrages qui mettent en mouvement des toiles à l'encre de Chine, signe Le Général Fanfaron, un conte assez universel sur le déclin du héros populaire que les honneurs et la bonne chère abrutissent. Après une campagne victorieuse, le général, écoeurant de hardiesse, de souplesse et d’habileté à l’arc, capable de soulever des tonnes d’haltères, revient en son palais profiter de la gloire qui l’auréole, et d’une prospérité bien méritée. Une fois récompensé par le Roi qui pense tout danger d’invasion écarté par la seule réputation d’invincibilité de son général, notre héros boit, mange, et s’ennuie ; il n ‘a plus d’adversaire – un coq excepté -, ne nettoie plus sa lance, laisse ses soldats sans instruction et ne voit pas s’avancer la horde ennemie qui le surprendra, rageant et pestant contre son sort, abandonné de tous, y compris de son fidèle secrétaire.


Les autres films, eux aussi imprégnés de mystère et de poésie, font d’autant plus regretter les effets collatéraux à la Révolution culturelle sur des studios condamnés depuis à produire à la chaîne des films de télévision… Si j’ai quelque doute sur le plaisir des enfants à suivre les problèmes de l’épouvantail dérangé par les tracasseries, les bavardages et la bêtise de deux oiseaux, dans un petit film qui laisse une impression de longueur, je n’en ai aucun sur celui qu’ils auront à suivre les Singes dans leur obstination à attraper la Lune ou celui qu’ils prendront à accompagner Noiraud et les autres Petites Carpes dans l’exploit de sauter au-dessus de la Porte du Dragon, un merveilleux et gigantesque barrage.



Chez les singes, l’exploit est une métaphore d’Exploit. Fussent-ils très malins, très forts, et très nombreux, les singes ne peuvent évidemment pas toucher la lune même en montant les uns sur les autres. On se souvient là, dans des images soyeuses et brillantes, de l’importance du cirque dans la culture chinoise, en particulier des acrobates et des contorsionnistes. Ils réussiront pourtant à en capturer le reflet dans l’eau laissée au fond d’une moitié de noix de coco, et danseront autour, la défendront contre sangliers et serpent, jusqu’à ce transportée de montagne en montagne la noix de coco finisse à terre, et se brise.



Les petites carpes, elles, illustrent deux autres thèmes universels, celui de l’entraide, et celui du leadership : Noiraud galvanise ses puinés, son rêve s’accorde à celui de leur grand-mère qui dit l’exploit impossible pour tenter les jeunes. Noiraud bien sûr apprend à rebondir sur une vague, et réussit à faire passer ses amis en leur apprenant à se donner de l’élan les uns aux autres. Le message initiatique est explicite, et devant leur émerveillement de petits provinciaux découvrant pour la première fois les lumières artificielles et les voitures, on se prend un peu à entendre comme un arrière-discours politique. Tata alouette leur explique qu’avant l’endroit était désert et que grâce à l’emménagement du fleuve c’est devenu comme le paradis sur Terre… Mais puisque c’est pour les enfants…

Note : 7/10
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