Par Christian Lévêque - publié le 28 mai 2008 à 03h01 ,
MAJ le 25 septembre 2009 à 15h09 - 0 commentaire(s)
Le hasard donne à la livraison d’aujourd’hui d’explorer deux faces du film de jeunesse impliquant des enfants et des animaux. Mais le contraste technique entre le plus ancien (1944) Grand National et le plus récent, Tom et le petit renard, tellement plus abouti et tellement plus sobre, masque de profondes évolutions dans le rapport du petit d’homme au monde qui l’entoure.

TOM ET LE PETIT RENARD
Titre original Kogitsune Helen, de Keita Kono
Scénario : Masako Imai
Distribution : Arashi Fukazawa, Takao Osawa, Yasuko Matsuyuki
Durée : 1 h45
Langues VF et VO, sous-titres français
Suppléments : galerie photo et bandes annonces


Taichi a sept ans. Sa mère célibataire l’a laissé le temps d’un reportage photo chez un vétérinaire à l’apparence bourrue auquel elle espère se marier à son retour. Elle y voit une occasion pour le jeune homme d’apprivoiser ce gamin un peu fantasque et triste ; la précision n’est pas anodine, tellement le scénario nous pousse à établir des parallèles entre la vie du petit garçon et celle de la renarde qu’il découvre un jour au bord de la route, à son retour de l’école. « Toi aussi, ta mère est partie vivre sa vie ? », lui dira-t-il ce jour-là. Il est difficile d’imaginer qu’un enfant normalement éduqué ne puisse lui aussi s’identifier à ce jeune amoureux de la nature.


Mais la petite renarde se révèle différente des autres. Elle est sourde et muette. Et contre l’avis du vétérinaire qui suggère l’euthanasie, Taichi ou Tom dévide de l’aider à guérir ; une opération sera même imaginée. A force d’insistance et d’ingéniosité, Helen, que le petit nommera ainsi en souvenir d’Helen Keller, cette jeune fille avec laquelle une psychologue avait réussi la première à communiquer, donnera quelques signes d’amélioration ; un jour elle acceptera de laper quelques gouttes de lait, une autre fois elle réussira à glapir, pour appeler celui qui est devenu comme sa mère. Mais dans son enthousiasme et son obstination le petit dresseur ne sera jamais la victime de ses illusions. Et il préparera son amie à une mort sereine en lui apportant les toutes premières fleurs de l’été naissant.


Au-delà du thème, qu’on retrouve finalement dans beaucoup d’histoires, y compris dans le beau livre de Michel Bataille, l’Arbre de Noel, repris au cinéma par Terence Young, (où un père offre à son fils Pascal une fin merveilleuse, entourée de loups, dont il avait fait son animal fétiche, au-delà de la beauté des images, et du jeu maîtrisé des principaux acteurs, ce film-là, à ne pas confondre avec Le renard et l’enfant de Luc Jacquet, un film plus nettement documentaire, vaut pour les nombreux prolongements à faire, sur le sens de la vie, sur l’intelligence non-verbale, sur le mélange des émotions, mais aussi, par exemple et pourquoi pas, sur l’importance de la photographie dans la vie moderne.


Ce film évite le pire du mélodrame larmoyant. Sans doute est-ce dû à la retenue du réalisateur, dont l’écriture cinématographique est sobre, réaliste comme toute poésie devrait l’être.

Note 9/10


GRAND NATIONAL
Titre original : National Velvet
USA 1944, sortie France 1945 (France) ; DVD mai 2008
Durée : 2h05
Réalisé par Clarence Brown
Avec : Mickey Rooney, Donald Crisp, Elizabeth Taylor, Anne Revere, Angela Lansbury
D’après un roman d’Enid Bagnold
VO sous-titrée et Français, aucun bonus.


Dans l’Angleterre des années 40, Mike, un ancien jockey devenu vagabond à la suite de la mort de son père est recueilli par la famille Brown. Viviane l'une des filles, gagne à la loterie du village un cheval dénommé Espoir (dans la version française). Elle se met en tête de faire du cheval un champion. Faute de jockey, Viviane décide de le monter lors du Grand prix national alors que la règle interdit aux femmes d'être jockey. Velvet décide alors de se travestir en homme. Le jour de la course, le cheval gagne...

Jusqu'où des enfants d'aujourd'hui accepteront-ils les marques les plus évidentes de la ringardise ? Et nos enfants européens ont-ils nécessairement du goût pour les grands espaces états-uniens et les bons sentiments qui vont avec ?


Ces questions se posent rarement avec autant d'acuité qu'à propos de ce vieux film sans scénario, ou presque, en tout cas sans surprise, dont la seule originalité, discrète, est dans le caractère résolu et gentiment rebelle de la mère de l'héroïne, (Anne Revere, Oscar 1944 pour ce rôle). Ancienne championne de natation, elle a traversé la Manche jadis et mis de côté l'argent de son prix ; c'est ce qui permettra l'inscription d'Espoir au grand National.

N'était cette voix française mièvre, niaise, dont on l'affuble, la jeune Elizabeth Taylor rendrait le film presque charmant, comme une bluette du temps jadis, et pour ses fans les plus aguerris ; quoique… Les fréquentes allusions à l’appareil dentaire que Viviane est censée porter auraient plutôt tendance à plomber l’ambiance. De plus on fait jouer à Mickey Rooney un jeu ambigu qui pourrait avoir un intérêt si seulement ç'avait été le but u réalisateur, et s'il n'en faisait pas tant pour passer d'une face à l'autre, - prédélinquant ou jeune travailleur, vieil enfant ou jeune ado, dur au cœur tendre ou tendre au cœur dur -.


On peut comprendre le succès d'estime accordé en brocante aux objets dont la valeur affective estompe les défauts graves. Ici, je crains que même les petits-fils et filles les plus attentionnés n'en veuillent pour longtemps à l’aïeul qui les contraindrait à voir ce film en entier. Les amateurs d'équitation se contenteront peut-être des scènes avec cheval. Espoir a tout de même une bonne tête et une belle robe.

Note 5/10


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