Par Pacboy - publié le 27 octobre 2009 à 00h00 ,
MAJ le 27 octobre 2009 à 11h07 - 0 commentaire(s)

Le blogueur Pacboy livre aujourd’hui son analyse du nouveau film mettant en scène le célèbre Jackie Chan, intitulé Shinjuku incident. L’occasion d’avoir un premier avis tranché sur cette production attendue par les fans de l’acteur.

 


Le cru 2009 Jackie Chan vient d'arriver et il est costaud. J'aurais envie même d'utiliser le terme "couillu", tellement Jackie sort des sentiers battus qui ont fait son succès avec ce film.

Souvenez-vous, 2005 sonnait le renouveau, Jackie Chan, las, décidait de se renouveler en sortant New Police Story, qui malgré sa seconde partie très "chanesque", étonnait avec sa première demi heure de polar noir. Jackie Chan décidant de devenir un acteur et non plus un artiste martial. Il renouvelle doucement son catalogue de films, tout en imposant une moitié de métrage avec son nouveau style plus sérieux. Là où les deux parties, ancien et nouveau styles, se mariaient à merveille pour New Police Story, dans The Myth on regrettait la partie ancien style, qui ne collait pas, et les passages trop longs et romantiques du nouveau style. Rob B Hood avait un côté Lucky Star nouveau style, mais avait encore une fois un côté trop ancien style, avec des prépondérants et des gentillesses trop naïves et convenues, comme Jackie Chan nous a toujours habitué.

Shinjuku incident est un grand bond dans le nouveau style de Jackie Chan. Une nouvelle claque comme avait pu l'être New Police Story. Bien entendu Jackie étant cet éternel naïf (?), il y aura encore une fois une morale très gentillette, inspirée de son père qui lui avait interdit les jeux et de parler avec la mafia. Mais le traitement du film (interdit de diffusion en Chine !!! Et interdit aux moins de 13 ans pour sa violence) rend le tout passable (enfin c'est surtout la rareté de la philosophie chanesque qui rend passable la chose, mais elle jure énormément avec le ton violent et sombre de l'ensemble du film).

 


Le film se découpe en deux parties, comme New Police Story, mais aucune des deux parties ne ressemble à un ancien film de Jackie Chan ! (Police Story dans sa seconde partie pour New Police Story, les Armor of God pour les parties du présent de The Myth ou encore les Lucky stars et film du trio pour Rob B Hood)

La première partie est un drame social, qui raconte les déboires d'immigrés clandestins chinois qui vivent au Japon. Par souci de réalisme, le film parle dans les deux langues. Ce qui marque dans cette première partie justement, c'est son réalisme mélangé au cliché. Certaines idées sont bonnes mais parfois mal intégrées (les Japonais ne volent pas donc pensent que personne ne vole et laissent tout sans surveillance), comme d'autres semblent trop gentillets par moments. Mais le tout est transporté par le côté fraternel des Chinois, combattant contre les préjugés, comme certains Japonais luttant eux aussi contre ce racisme de leurs confrères (Eguchi le yakuza). Dans les points forts de cette partie et même de l'ensemble du film, on peut noter une magnifique lumière et mise en scène, la scène d'introduction avec ces Chinois sur une plage est assez forte et démarre le film d'emblée sur une ambiance miséreuse. La lumière sombre des villes de Shinjuku est bien retranscrite et rappelle le magnifique travail de la MilkyWay (la maison de production de Johnnie To, et Lam Suet joue un rôle dans ce film bizarrement.)


Ne vous attendez réellement pas à de l'action, on est plus dans un Jackie Chan, les rares scènes sont réalistes, et personne ne sait se battre, les situations sont prenantes et violentes car les gens meurent ou souffrent comme dans la vraie vie. Bien entendu cette partie n'est pas encore si violente, elle est là pour montrer d'une part la situation de ces immigrés, mais aussi leur relation et présenter les protagonistes. On pourra critiquer que, encore cette fois, Jackie Chan se laisse avoir par deux belles demoiselles qui pourraient être ses filles, et qui choqueront un peu, même si Lyly la call girl semble faire l'affaire et paraît plus crédible dans sa relation avec lui. Bien entendu, on arrivera facilement à se défaire de plus en plus de ce coté "film Jackie Chan" quand on le verra faire l'amour à une prostituée ou encore traîner dans la boue comme un vieux clochard. Seuls les passages avec le patron raciste feront un peu trop clichés par moments.

 


Vient ensuite la seconde partie ! Celle qui fait que le film vaut d’être vu. Après une longue traînée dans un drame réaliste, le métrage dérive en film de Yakuza-eiga. Il est étonnant de remarquer d'ailleurs quand les Japonais sont majoritaires à l'écran, de voir un film japonais, dans sa réalisation et dans son jeu, et l'inverse quand ce sont les Chinois qui prédominent. Ce mélange spécial pourrait paraître surprenant, voire incohérent, et choquer comme les trois parties de Triangle, mais elles s'incorporent heureusement fort bien tout le long du récit. Cette seconde partie ressemble à s'y méprendre aux Election de Johnnie To dans le sujet : le pouvoir corrompt les âmes. Bien entendu, c'est aussi une des philosophies de Jackie Chan, comme celui de son personnage, il a dû traiter avec les yakuza pour survivre, mais malgré tout il rejette et dénigre les actes illégaux et violents (même s'il a lui-même tué des hommes). Malgré sa bonne foi, vu qu'il a vendu son âme (et continuera encore en vendant son bienfaiteur) il devra payer tôt ou tard son égoïsme et sa lâcheté.

Cette seconde partie justifie en gros l'interdiction aux moins de 13 ans, bras découpé, gorges tranchées ou couteaux plantés, cicatrices sur le visage, voir un petit passage avec quelques viscères etc. Non le film ne rigole plus, il se transpose dans une véritable descente aux enfers pour le personnage de Jackie Chan et de ses frères. Lye, le personnage lâche mais avec un bon coeur et sincère, devient traumatisé par sa main qu'il aura perdue et deviendra un malfrat reniant ses amis (seul petit hic, son costume gothopouf un peu ridicule) Alors qu'ils ont tous souffert ensemble, en s'entraidant, avec le pouvoir qu'ils ont acquis, ils sont tous devenus les personnes qu'ils combattaient autrefois. Des gens sans coeur, détruisant leur prochain par intérêt. Jackie ne voyant rien venir, et essayant de sauver ses frères bien trop tard. Pourtant, loin de donner le bon rôle à Jackie, on commence justement à lui montrer que ses choix passés, et ses choix futurs, font de cet être un homme égoïste comme tous les autres, et devant le pardon lui aussi. Il s'autodétruit pour ces idéaux dépassés et sa naïveté. C'est ce qui rend et bascule le film sur un ton très surprenant.

 


On pourra reprocher alors que la première partie qui a été surement la source de l'interdiction de diffusion en Chine, ne va pas assez loin dans son traitement, trop vague pour ne pas vexer, trop gentillet par moments ou parfois ambiguë car semblant raciste, mais la seconde partie rattrape l'ensemble du film en lui conférant une aura de polar noir distrayant et surprenant pour une oeuvre ayant pour premier rôle Jackie Chan. Un film à découvrir, un peu lâche peut-être pour le sujet principal abordé, mais divertissant, bien foutu et humain.

Note 8/10
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