Après son violent pamphlet sociétal
Suicide Club, Sono Sion revient avec
Exte, un film de fantômes qui sur le papier s'annonce plus classique. Sur le papier, seulement.
On parle beaucoup de Takashi Miike mais il ne faut pas oublier Sono Sion, cinéaste nippon au parcours aussi chaotique et exceptionnel. Il a commencé en réalisant des pornos gays en adoptant le style du cinéma guerilla (
Suicide Club peut être considéré comme du cinéma guerilla en soi) et surtout en écrivant des poèmes qui lui ont valu la reconnaissance de ses pairs. Son long métrage
Suicide Club est sans conteste le film qui lui a permis de se faire un nom hors de ses contrées. Dans cette fiction stupéfiante, Sion se contrefout des codes formels et narratifs en donnant le ton dès la première scène : des lycéennes se donnent la mort à une heure précise en se jetant ensemble sous un train. Une enquête est ouverte lorsque l'on découvre que le phénomène se propage. Sous son apparence de film d'horreur, avec de vrais moments de tension et de flip, Sono Sion simule les poncifs dans sa première partie et négocie un virage radical dans la seconde, juste après une parenthèse musicale mémorable digne du
Rocky Horror Picture Show.
Plus le film avance, moins il révèle d'indices. Il sème la confusion dans nos esprits captifs. La raison est simple : on est à la recherche d'un tueur mais c'est une fausse piste.
Suicide Club (et son réalisateur) vomit le divertissement pop corn. Pas étonnant : Sono Sion n'a jamais caché sa fascination pour des cinéastes comme Friedkin (se souvenir du cas
Cruising) ou même Paul Verhoeven (
Starship Troopers qui brûle ses araignées au second degré) qui démontrent souvent à la longueur de fictions que les lois du divertissement peuvent être consubstantielles à l'esprit critique. En auscultant un monde phagocyté confronté à des phénomènes de mode qui le dépasse (le girls'band qui véhicule des messages a priori délétères, le suicide phénomène social qui devient phénomène de mode puisque dans une scène, des ados s'amusent littéralement à se donner la mort, le tatouage comme le piercing qu'on arrache pour purifier l'être de cette société où on aime tant à fondre dans la masse), Sion décortique une société d'apparence dont les faux méchants (les rebelles qui pensent manipuler les autres) et des coupables invisibles ne sont que les mamelles. A la fin, le réalisateur s'attarde sur une demoiselle qui se retrouve seule dans un théâtre cerné d'enfants (fascinante manière de représenter la catharsis). Au contact de ses enfants salvateurs, elle s'est purifiée parce qu'elle n'a plus son tatouage et qu'elle a révélé sa vraie personnalité. Sion a quelque part la même vision des enfants que Spielberg : ce sont la lumière de notre monde parce qu'innocents et non corrompus aux phénomènes de masse.

Le pointAprès
Suicide Club, Sono Sion devrait réaliser un nouveau film d'horreur mais qui, et on s'en doute bien, ne devrait pas répondre aux critères du genre. Son opus s'intitulera
Exte et sera produit par la Toei. L'histoire ? Le souci de demoiselles qui abusent de diverses extensions capillaires et voient leurs cheveux se retourner contre elles. Bien entendu, on pressent la parodie mais également la satire d'un monde régi par le conformisme et les apparences. Sion a des choses à dire et son meilleur moyen pour les asséner est d'emprunter des contours habiles. Argument de poids pour son
Exte : la présence de Chiaki Kuriyama que l'on a vu dans
Ju-On,
Battle Royale et bien sûr
Kill Bill dans le rôle de GoGo Yubari.