Pour la sortie de la saga Star Wars en Blu-ray, nous avons rencontré deux hommes de l'ombre, Bill George et John Goodson, chargés des effets spéciaux à ILM.

Par Julien DUPUY - publié le 09 septembre 2011 à 00h15 ,
MAJ le 12 septembre 2011 à 10h47 - 4 commentaire(s)
John Goodson est entré à ILM avec Ghostbusters II, tandis que Bill George y travaille depuis Star Trek II - La Colère de Khan. Ils ont tout les deux débuté dans les miniatures, pour migrer vers l'image de synthèse à la fin des années 1990. Aujourd'hui, Goodson est chargé des images numériques « hard surface » (autrement dit, tout ce qui n'est pas organique) sur des projets comme Transformers. Bill George est l'un des superviseurs de la société pour, par exemple, Harry Potter et la chambre des secrets ou plus récemment Numéro 4.
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En tant que spécialistes des effets visuels, pensez-vous qu'il était bon de mélanger pour les éditions spéciales de vieilles techniques avec des images de synthèses ? N'avez-vous pas l'impression de voir un étrange choc des mondes dans ces images ?
Bill George : S'il s'agissait de films qui fonctionnent unitairement, mon attitude ne serait pas la même. Mais il faut remettre ces éditions spéciales dans la perspective de la saga. Et si vous regardez les films dans leur ordre chronologique, de La Menace Fantôme au Retour du Jedi, vous constaterez que ces nouvelles versions permettent une meilleure continuité entre les six films.
 
Est-ce qu'ILM a refait des effets visuels pour les éditions Blu-ray, ainsi que la société l'avait déjà fait sur les éditions DVD ?
BG : ILM n'a pas conçu de nouveaux plans truqués pour les éditions Blu-ray (on sait désormais que c'est faux. Mais Bill Georges n'avait pas vu la totalité des copies en Blu-Ray au moment de l'entretien - NDR). Les copies ont été nettoyées, et la couleur des sabres laser a été corrigée lorsque c'était nécessaire. Je sais aussi qu'un gros travail a été effectué sur le son : ils ont conçu un tout nouveau mixage sonore. L'image est incroyable, c'est à vous couper le souffle tant c'est clair et limpide. C'est d'ailleurs un peu effrayant pour nous, parce que les gens vont découvrir la saga telle qu'ils ne l'ont jamais vu, et en revoyant certains extraits des films, je me suis rendu compte qu'on pouvait déceler certains défauts. On aperçoit par exemple une tige qui pousse le pied d'un AT AT Walker chutant dans la neige pour L'Empire contre-attaque, ou les bordures des peintures sur verre.
John Goodson : En même temps, sur les extraits des films en Blu-ray que nous avons visionnés, nous avons découvert des détails que nous n'avions jamais remarqués. Sur cette même séquence de bataille de Hot, je n'avais jamais noté que pour certains plans animés image par image, les animateurs avaient ajouté un petit impact quand la carcasse des véhicules était touchée par un rayon laser.
BG : Et puis, vous pourrez voir un aspect de notre travail que nous n'avons jamais pu vraiment exposer au public. C'est le cas notamment de la maquette de l'Étoile noire en construction dans Le Retour du Jedi, une très belle maquette d'un peu moins de deux mètres de diamètre, et qui est tellement fragile, qu'elle n'est jamais sortie des archives de Lucasfilm. Dans les bonus, vous pourrez l'observer dans ses moindres détails.
 
Mais vous ne pouvez nier qu'il est regrettable que ce coffret ne propose pas les versions originales des films... Vous qui semblez être de vrais fans, vous ne trouvez pas ça triste ?
BG : On ne sait jamais, ils sortiront peut-être les éditions originales dans un futur proche.
 
Vous êtes au courant de quelque chose ?
BG : Si l'intérêt des fans est assez important, il est possible que ces versions soient éditées en haute définition.
 
Il y aura un intérêt, c'est évident, vous le savez.
BG : En tout cas, je serai le premier à les acheter !
JG : Moi aussi. Mais nous ne pouvons répondre à ces questions, vous savez que c'est à George et à lui seul que revient cette décision.
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Vous avez débuté tous les deux en travaillant dans les modèles réduits. Or, ILM a fermé depuis quelques années son département miniature. Vous le regrettez ?
BG : Il ne passe pas en effet une seule journée sans que je ne regrette de ne plus travailler avec des miniatures. C'était vraiment sympa parce qu'il s'agissait d'un vrai travail d'équipe : chacun pouvait apporter sa propre touche, vous pouviez ensuite travailler avec les directeur de la photographie pour optimiser le look de votre travail, et c'était encore mieux quand vous deviez faire exploser les miniatures. C'était comme de retrouver ses potes après l'école pour s'amuser.
JG : C'était en effet bien plus un travail d'équipe que les effets numériques. Vous aviez des mouleurs, des peintres, des électriciens, des machinistes, etc. Et puis vous aviez des soucis matériels à résoudre bien plus amusants que les soucis soulevés par les logiciels numériques.
 
Et vous pouviez avoir des heureux accidents, ce qui n'arrive pas avec l'image de synthèse.
JG : À moins que vous ne programmiez ces heureux accidents (rires). L'autre chose amusante avec les miniatures, c'est que vous pouviez aisément ajouter des petits clins d'œil. Beaucoup de gens savent que Ken Ralston (un des pontes d'ILM - NDR) a incrusté sa chaussure de sport dans un plan de la bataille spatiale finale du Retour du Jedi. Moi-même, en constatant à quel point les miniatures de Naboo étaient verdoyantes avec ce gazon parfaitement taillé, je me suis amusé sur La Menace Fantôme à ajouter une petite tondeuse à gazon dans le paysage. Vous pourrez peut-être la voir sur les Blu-ray !
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Bill Georges, je crois savoir que vous avez travaillé sur la suite de l'attraction Star Tours...
BG : Là encore, nous n'avons travaillé qu'à partir d'images de synthèse, alors que le premier Star Tours était un des tours de force d'un des chefs maquettistes d'ILM, Steve Gawley. C'était un choix dès le départ, car nous devions travailler main dans la main avec les gens chargés de programmer les mouvements de la cabine de projection, et il y avait beaucoup d'aller et retour entre eux et nous. Donc pour assurer les modifications nécessaires sur nos images, nous n'avions pas d'autre choix que de travailler en numérique. C'est d'ailleurs l'un des grands avantages du numérique : vous pouvez modifier vos images jusqu'au tout dernier moment, et beaucoup de réalisateurs apprécient cette flexibilité.
 
Mais ça peut devenir totalement cauchemardesque pour vous, non ?
BG : Certes, mais c'est le boulot qui veut ça...
 
Bonus :
Nous avons demandé à Bill Georges et John Goodson si ILM était en charge de la version stéréoscopique des six Star Wars, qui doivent sortir l'année prochaine. Mais alors que le duo s'apprêtait à parler, l'attaché de presse les a censurés : « Nous ne sommes pas là pour parler de ça ». Néanmoins, le duo a pu répondre à un collègue présent sur place et il semblerait qu'ILM soit bien en charge de ces versions 3D, comme ils furent en charge de la dimensionnalisation de L'Étrange Noël de Mr Jack. Et tous les techniciens doivent travailler à partir d'éléments uniquement 2D, aucun des modèles numériques n'ayant été conservés.
 
Le très beau site officiel d'ILM, avec plein de docs rares : http://www.ilm.com/
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