Pour la sortie de la saga Star Wars en Blu-ray, nous avons rencontré Nick Gallard, maître d'armes des trois épisodes les plus récents.

Par Julien DUPUY - publié le 12 septembre 2011 à 08h00 ,
MAJ le 12 septembre 2011 à 10h47 - 0 commentaire(s)
Formé au cirque, Nick Gillard fait ses premiers pas devant la caméra en tant que doublure comédien. Il accède au rang de chef cascadeur à la fin des années 1990, et devient une star du milieu en étant chargé par George Lucas de chorégraphier les combats au sabre laser des prequels.
Star Wars - Nick Gillard, maître d’armes sur les épisodes I, II et III
Selon IMDB et Wikipedia vous auriez été cascadeur non crédité sur Un nouvel espoir...
Non, je n'ai pas travaillé sur la première trilogie. Par contre, ce qui est vrai c'est que j'avais visité le plateau du Retour du Jedi alors que j'étais encore simple cascadeur et doublure comédien. Mark Hamill avait même demandé à ce que je le double sur le film, mais ça ne s'est pas fait, malheureusement.
 
Que pensez-vous des combats au sabre laser des premiers films ?
Il faut remettre les choses dans leur contexte : c'était un univers totalement neuf, et ils ont dû tout inventer, ce qui impose d'office le respect. Néanmoins, quand on m'a demandé d'être le maître d'armes sur La Menace Fantôme, j'ai estimé qu'il fallait muscler les combats, qu'il fallait les rendre plus féroces et dangereux. C'est pour cette raison que j'ai décidé qu'il me fallait réinventer un nouveau style de combat. Il n'empêche qu'il était stressant de s'engager dans la suite de films qui avaient rencontré un tel succès. Et j'ai un souvenir vivace de la première de La Menace Fantôme au Leicester Square, alors que j'attendais de découvrir les réactions du public. C'est en sortant de cette projection que j'ai réalisé que nous étions parvenu à toucher une nouvelle génération de spectateurs, et que le succès de Star Wars allait perdurer sur plusieurs décennies.
 
Malheureusement, il n'existe pas encore de sabre laser dans notre monde : alors quand vous deviez imaginer les combats pour Star Wars, vous êtes-vous inspirés de véritables épéistes ?
J'ai pioché un peu partout, des katanas aux fleurets. Heureusement, grâce à mon expérience, je connais plusieurs types de combats à l'arme blanche, et ceci m'a permis de mélanger des inspirations très diverses pour obtenir un style cohérent, mais qui semblait également original. Ce qui fut compliqué à prendre en compte est le fait qu'aucune arme connue ne possède la particularité première des sabres laser : leur lame peut en effet tout transpercer et rien ne les stoppe, si ce n'est le rayon d'un autre sabre laser. Il fallait donc tenir compte de ce facteur en permanence lors de la mise en place des combats, par exemple en découpant des portions de décors. C'est aussi pour cette raison que nous modifiions la taille des lames en fonction de chaque plan. Ainsi, il arrivait que les lames soient très courtes, si le sabre était censé passer à travers un élément de décor, ou transpercer un adversaire. Comme, de toute façon, le rayon allait être ajouté plus tard, le truc passait inaperçu.
Star Wars La revanche des Sith
Vous deviez donc collaborer avec ILM.
En permanence et les petits gars d'ILM m'ont sauvé les fesses plus d'une fois ! L'exemple le plus marquant est probablement survenu sur La Revanche des Sith : lors du tournage, Christopher Lee ne se sentait pas très en forme, et il était difficile de lui demander de réaliser le combat très complexe que j'avais préparé. Grâce à ILM, j'ai pu tourner la scène comme je le voulais, avec une doublure dont le visage a été remplacé par celui de Lee en postproduction. Sur certains plans, ILM a même remplacé le bras de Christopher Lee par un bras entièrement numérique !
 
Comment avez-vous défini le poids des sabres laser ?
C'était l'un des avantages de travailler à partir d'une arme totalement imaginaire : nous pouvions faire ce que bon nous semblait. Ainsi, le poids des sabres a évolué au cours des épisodes I et III, et chaque acteur avait sa propre préférence. En ce qui me concerne, je préfère avoir un sabre très léger. Mais Ewan McGregor avait opté pour une arme nettement plus lourde.
 
Jusqu'à quel point les scénarii étaient précis sur la description des combats ?
Il n'y avait, pour ainsi dire, aucune indication. La plupart du temps, le scénario se contenait de signaler : « Et alors les deux personnages s'engagent dans un combat au sabre très ambitieux. » À moi de me débrouiller !
 
Vous deviez alors dessiner un story-board ?
Non, je me contentais de l'écrire de la façon la plus précise possible pour soumettre ma proposition à George. Il m'a fallu inventer un langage spécifique, basé notamment sur l'escrime, pour pouvoir écrire ces combats. Cette étape était cruciale, parce que les personnages se révélaient ou se construisaient à travers leur façon de combattre. Par exemple, j'ai cherché à montrer une évolution dans la façon de combattre d'Anakin, qui était plus vicieux et agressif à mesure qu'il sombrait dans le côté obscur.
Star Wars La Revanche des Sith
Les comédiens devaient également intervenir dans la chorégraphie, non ?
Oui, bien entendu. Nous avions jusqu'à huit semaines d'entrainement avec les acteurs pour les préparer à ces combats.
 
Et qui était le meilleur bretteur de la saga selon vous ?
C'est très serré entre Ewan McGregor et Hayden Christensen. C'était intéressant de les confronter d'ailleurs, parce qu'ils avaient développé un style totalement différent au fil des films, et il y avait une vraie compétition entre eux. Je pense que ça se ressent à la fin de La Revanche des Sith.
 
Et le pire ?
Je ne dirais pas le pire, mais Ian McDiarmid, qui interprète Palpatine, avait beaucoup de mal à mémoriser et à bouger comme je le lui demandais. C'était embarrassant, parce qu'il était censé être le meilleur épéiste de tous. Alors j'ai préparé ses combats en jouant plus sur son efficacité que sur sa virtuosité.
 
Aviez-vous votre mot à dire sur le casting de certains acteurs et figurants qui allaient être amenés à manier le sabre ?
J'ai moi-même choisi tous ces figurants, mais c'est moi aussi qui ai suggéré d'embaucher Ray Park pour le rôle de Dark Maul. Je le connaissais de réputation, et il n'avait à l'époque joué que dans un petit film (Mortal Kombat - Annihilation - NDR). Nous lui avons fait tourner un test en vidéo, qui a convaincu George Lucas. D'ailleurs, le combat avec Dark Maul qui survient à la fin de La Menace Fantôme, est ma scène préférée de toute la saga.
 
Le site internet de la société de Nick Gillard (pas vraiment remis à jour, mais vous pourrez y voir quelques photos de tournage rares) : http://www.danger-inc.com/stunts.asp?page=home
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