Comme tous les films de David Lynch,
Lost Highway est un cauchemar éveillé dans lequel un personnage traverse un monde trouble et fascinant fait de frustrations, de zones d'ombre, de mystère, de doubles, de démons intérieurs à visage humain, de désirs qui déchantent, de fantasmes qu naissent... Un tumulte intérieur, doublé d’une autopsie d’un couple en crise, traduit en images dans ce délice pelliculé disponible en dvd dans une édition prestigieuse.
La jaquette de l'édition collector. Pour plus d'explications sur son principe, c'est page suivanteSur le papier, ça donne ça : "Fred Madison, saxophoniste, soupçonne sa femme, Renee, de le tromper. Il la tue et est condamné à la peine capitale. Le film raconte l'histoire de cet assassinat du point de vue des différentes personnalités de l'assassin lui-même.". A l'écran, un film incompréhensible, torturé, envoûtant, fascinant, superbe et plein d'autres adjectifs du même calibre qui ne suffisent pas à convaincre les sceptiques qui n'y verront que de l'escroquerie. Seulement, il suffit de creuser en profondeur pour se rendre compte des potentielles clés de l'opus. Certains films usent des codes du thriller pour autopsier en creux les vacillements de couples en crise (
Lantana et
Feux Rouges en sont les démonstrations les plus récentes et les plus belles). David Lynch empruntait exactement la même démarche avec
Lost Highway, grand film incompris qui sous son apparence alambiquée disséquait le cauchemar social d’un homme qui se substitue à un autre le temps d’un rêve malaisant. Là où l'opus de Lynch est plus insidieux, c’est que le travail sur le son, la musique, les couleurs, les personnages, les cadres, les mouvements de caméra parsème des indices presque subliminaux qui donnent envie de voir le film à répétition au risque de devenir fou.
Lost Highway fonctionne comme une boucle où chacun est libre de voir ce qu’il veut mais une chose est sûre, Lynch tend un miroir au spectateur en lui demandant si sous son train-train quotidien et l’apparent conformisme de notre société ne se cache pas un monde de rêves, de fantasmes et d’inquiétude sourde. C’est la base même de la thématique de Lynch qu’on retrouvait déjà dans
Blue Velvet et qu’on retrouvera dans le dernier
Mulholland Drive. On a le droit de ne pas être sensible à cet univers mais peu importe les exégèses et les envies analytiques, ce film d’une inquiétante étrangeté possède une puissance atmosphérique rarissime qui confirme la virtuosité formelle d’un cinéaste avant-gardiste et précieux.
Après le calamiteux DVD proposé en 2000 par TF1 Video, à cette époque encore éditeur mineur ratant ses DVD - tout le contraire d'aujourd'hui, MK2 Editions proposera une nouvelle édition collector 2-DVD dès ce mois de Novembre. La jaquette peut sembler un peu étrange vue en fixe, mais elle se base pourtant sur un principe bien accrocheur. Sous la forme d'un hologramme, trois visuels seront disponibles selon l'angle d'inclinaison : Bill Pullman, Patricia Arquette, et la route vue sur l'affiche ciné.
Le film sera présenté dans un nouveau transfert 16/9 au format 2.35, tiré d'un master issu d'une nouveelle remasterisation HD. Pour l'accompagner, et à l'instar de l'édition de Twin Peaks sortie l'année dernière, l'éditeur proposera trois pistes audio : Dolby Digital 5.1 pour le français et l'anglais, et DTS 5.1 pour la langue de Shakespeare également. Sous-titres français en plus évidemment.
Le second DVD sera quant à lui entièrement réservé aux bonus :
Interview inédite de David Lynch datant de 2005 (16 mns)
Making-of (10 mns)
Interview de David Lynch lors de la sortie du film (5 mns)
Interview de Bill Pullman (4 mns)
Interview de Patricia Arquette (4 mns)
Interview de Robert Loggia (3 mns)
Featurette EPK (7 mns)
Bande-annonce (3 mns)
Livret
Sortie : 23 Novembre 2005