On reste sans voix devant un tel miracle. Pour ceux qui connaissaient le film via des visions en salles ou à la télé, ils pourront même parler de véritable résurrection tant le souvenir que l'on gardait ne pouvait laisser présager d'un tel résultat.
Dans un petit documentaire présent au sein des bonus du DVD, on apprend que c'est la société Pathé qui initialisa en 1996 une coûteuse mais très belle restauration du film redonnant au négatif une seconde jeunesse. Ils ont, par exemple, utilisé en certains endroits
irrémédiablement endommagés, le ou les images précédente(s) en remplacement provoquant certes une petite saute (le film semble faire un léger surplace) mais qui, à l'arrivé, est moins préjudiciable qu'une entaille blanche défigurant tout un plan. Ensuite les spécialistes de chez "Criterion" ont éliminé via un procédé numérique ce qui restait des taches, drops et griffures qui paraissaient pourtant inaltérables. Bien sûr tout n'est pas parfait et il semble tout de même que le temps ait à certains endroits joué son rôle. Ainsi il n'est pas rare de constater des différences dans la texture du grain pellicule au sein d'une même séquence (revers de la médaille de cette restauration par recomposition de l'image) occasionnant des variations de luminosité qui pourrait faire croire à une mauvaise gestion de l'étalonnage. Mais au final rien de préjudiciable au regard de la date du film et de l'immense travail effectué. L'on découvre ou l'on redécouvre en effet les très belles compositions au sein de chaques plans, les profondeurs de champs provoqués (le seul décor du Boulevard du Crime mesure quatre-vingt mètres de long, avec tous les dispositifs de trompe-l'oeil, chers à Trauner, donnant l'impression d'au moins une longueur double), la magistrale photo de Roger Hubert toute en finesse pour offrir par moment des fulgurances de contrastes en N&B caractéristiques même d'un style connu et reconnu sous l'appellation de réalisme poétique.
En résumé le DVD nous montre sans autres formes de procès ce que les spectateurs français ont du voir lors de la première projection le 15 mars 1945. Que dire de plus sinon se taire et admirer.