Edition et authoring impeccables et soignés comme toujours avec Carlotta, et en matière de suppléments les désormais traditionnels bonus d'une vingtaine de minutes, intelligents, renseignés et donnant une vraie valeur ajoutée au film. Cerise sur le gâteau, un bonus caché.
Compte à rebours : A bout portant ou la dernière vie des Tueurs (18'07) développe une analyse du film par Serge Chauvin, Maître de conférences à Paris X, conjointement à la nouvelle de Ernest Hemingway et au film de Robert Siodmak. Enonçant à juste titre que le film de Don Siegel est plus un remake du film de 1946 qu'une adaptation de la nouvelle, l'universitaire revient sur les points communs et les différences entre les deux films, de l'intrigue recentrée sur les tueurs aux différentes approches des personnages (les tueurs, la femme) en passant par le mutation du genre, du film noir au polar urbain, parallèle à la mutation des Etats-Unis. Joignant habilement analyse thématique et formelle, dans un montage aussi efficace qu'inspiré, ce module explicite aussi les champs de force sous-jacents du film, retraçant à travers le questionnement de la mort de Johnny North, les idées de la violence gratuite, de la course contre le temps et de l'acceptation de la mort contenues dans le film. Finement et joliment écrit, et illustré avec à-propos, ce supplément offre une très bonne relecture du film.

Don Siegel : le dernier des géants (18'37) propose un entretien avec Jean-Baptiste Thoret, spécialiste du cinéma des années 70 et auteur d'ouvrages de cinéma. Après avoir repris brièvement les oeuvres majeures de Don Siegel avant la réalisation de
A bout portant, l'auteur développe quelques aspects du film à travers des anecdotes sur le casting du film, le contexte du tournage ou la caractérisation des personnages, et notamment celui interprété par Lee Marvin, figure nouvelle de l'individualisme. Elargissant son propos à la place du film et de l'oeuvre du réalisateur dans le cinéma américain et à l'image qu'il donne de la société américaine, l'écrivain en arrive à une description de la mutation des Etats-Unis, complétant parfaitement le premier supplément. Malgré quelques coupes assez visibles, la réalisation et le montage de cet entretien montrent une fois encore le soin apporté à la confection des suppléments, ici dans la recherche d'un angle de vue original composé d'un miroir reflétant le film en arrière-plan.
Enfin, en plus de la
Bande-annonce originale du film, cette édition contient un bonus caché intitulé
System of violence (6'52) reprenant des rushes de l'entretien avec Jean-Baptiste Thoret. L'écrivain y analyse la violence dans le film de Don Siegel, marquant la rupture avec le cinéma classique et annonçant celle de ses films suivants et plus largement du cinéma américain des années 70. Une lecture très habile de la représentation de la violence et de ses implications morales.