En terme de packaging, l'édition Wild Side Video propose un élégant coffret dont l'illustration rappelle fortement le style de Franck Miller, dessinateur/scénariste de
Sin City, une référence bien trouvée puisqu'il adapta la série
Baby Cart sous sa plume. Chaque DVD est présenté dans un boîtier slim individuel. HK proposait certes de jolis visuels extérieurs, qui contrastaient énormément avec les jaquettes des digipack de chaque DVD, beaucoup moins soignées. Dans le cas de Wild Side l'intégralité de l'emballage est beau (voire sublime).
En terme de menus, Wild Side remporte une nouvelle fois la mise avec de superbes illustrations et animations là où HK se contentait d'un montage d'images du film enrobé de filtres douteux.
Un autre avantage en faveur de l'édition Wild Side : le livret de 80 pages contenant des photos de tournage inédites rédigé par Nicolas Rousseau qui complète en beauté cette edition.
Mais le grand point fort de Wild Side est de proposer un septième DVD consacré à des suppléments exclusifs, le "détail" manquant aux éditions HK qui contenaient seulement des présentations des films constituant certes une analyse de chacun cinéphilique et pertinente.
DVD 7Lame d'un père, l'âme d'un sabre (52mns22)
Le documentaire que l'on rêvait de voir sur Baby Cart est bel et bien là, rassemblant un nombre de protagonistes pour le moins prestigieux. A commencer par Kazu Koike lui-même, auteur du manga dont s'inspirent les films, et scénariste, mais également le producteur Masanori Sanada, ou encore Buichi Saito, réalisateur du quatrième opus, Kazuma Nozawa, biographie de Kenji Misumi, Mitsuaki Tsuji, assistant réalisateur, etc. Un beau monde réunit et ravi de revenir sur la saga et de partager de nombreuses anecdotes dessus. L'intérêt principal ici est donc de nous faire découvrir l'envers du décor de Baby Cart sous différents angles, avec pèle-mêle des anecdotes sur les tournages, des explications du contexte de l'époque, des points de vue sur le genre chambara, et surtout les relations entre les différents protagonistes derrière la caméra. La langue de bois n'est donc pas de mise, et même si le respect envers le travail effectué est évident, aucun n'hésite à pointer du doigt les défaillances de la série, abordant autant l'histoire de l'engouement autour du manga que les désaccords et la déchéance au bout de six épisodes. Bref, si l'on excepte que l'on rêverait un jour d'entendre des interviews de Kenji Misumi et son acteur, ce documentaire se montre passionnant de bout en bout et nous en apprend un sacré morceau sur la genèse de ce qui restera comme un des monuments du chambara.


Kenji Misumi, un père et passe (14mns)
Continuant avec un autre jeu de mots, ce second documentaire se penche sur la vie et la personnalité de Kenji Misumi, celui qui restera comme l'homme ayant porté à l'écran
Baby Cart même si la réalisation du quatrième et du sixième opus lui échappèrent. Une interview exhaustive de son biographe qui en plus de connaître la vie de Misumi sur le bout des doigts - et nous la faire partager - livre ici un portrait quasi-psychologique de l'homme à travers les évènements marquants de sa vie. Disputes avec les acteurs, producteurs ou même son père, mettent à jour une personnalité forte, parfois démesurée dans son travail, tenant d'un perfectionnisme accru que l'on retrouve évidemment dans ses films et en expliquent toutes les qualités. Des anecdotes qui tissent une toile sur un quart d'heure, et permettent de mieux comprendre l'esprit dans lequel baigne cette saga. Et certainement le plus passionnant supplément de ce DVD.
Tuez : De La Planche au plan (8mns37)
Une section qui va se charger de dresser un pont entre le manga et du film. Une idée brillante en soi, puisque comme l'explique si bien l'introduction, le manga développe déjà un langage cinématographique et s'éloigne du film autant qu'il s'en rapproche dans son style. Commenté en voix-off par le vénérable Michael Chiche (frère du non moins vénérable Manuel), la caméra se balade sur les cases du manga (de quoi se délecter de la qualité graphique des dessins de Kazuo Koike), avant de les comparer directement avec des photogrammes du film. L'analyse en elle-même porte sur le langage graphique des mouvements et cadrages dans les dessins, et leur adaptation à l'écran, ce qui en soit constitue une excellente introduction à ceux qui n'y prêtaient pas attention, mais aurait sans doute gagné à encore être approfondie sur la longueur. Une excellente initiative, passionnante certes, mais que nous aurions aimé voir étalée un peu plus.
Frank Miller et Baby Cart (10mns13)
Et c'est ici que l'on touche la grande frustration de ce DVD : pourquoi ne pas avoir interviewé Frank Miller ? Le dessinateur de génie (
Batman,
Sin City) aurait sans doute eu énormément de choses à dire sur
Baby Cart, et son passage à Cannes en Mai 2005 pour Sin City aurait pu être l'occasion rêver de le faire parler. Mais quoiqu'il en soit Wild Side ne passe pas à côté du sujet (encore heureux avec un pareil packaging...) et donne la parole à Jean-Paul Jennequin, historien de la bande dessinée. Après un rapide survol de la fascination des Etats-Unis pour le Japon au début des années 80, Jennequin met en évidence les fortes influences de
Baby Cart sur le travail de Frank Miller, notamment sur les aventures de Wolverine ou de Batman (Dark Night).
Une analyse amenant ce spécialiste à émettre une hypothèse fort bien argumentée sur la responsabilité bien probable de Miller sur l'émergence des mangas dans les pays occidentaux. Bref, un complément passionnant, allant jusqu'à l'anecdote peu connue que Frank Miller lui-même a illustré douze couvertures de Baby Cart aux Etats-Unis, et dont voici un exemple ci-dessous :
Loups solitaires (13mns09)
Second supplément sur Kenji Misumi, celui-ci propose un panorama sur ces héros envers lesquels le réalisateur portait une affection particulière. De
Zatoichi à
Baby Cart, un portrait de ces loups solitaires, leur personnalité, leur histoire et leur illustration à l'écran par le maître, le tout enrichi de nombreux extraits. Une analyse de Denis Brusseaux et Fabrice Arduini pour le moins intéressante.
Galeries photos Six galeries (une par film) réunissant près d'une centaine d'affiches et photos d'exploitation d'époque, à la variété visuelle impressionnante. On regrettera cependant la taille des images, qui auraient pu être plus grandes.
L'interactivité se clôture par les bande-annonces d'origine des six films (16/9, vostf, plus abîmées que les films mais avec une définition parfois curieusement supérieure).
Test technique : Kevin Prin & La rédaction