L'objet de tous les délices nous est présenté dans une sympathique petite malette en plastique, à l'image de celle de Harrison Ford dans le film. Outre le coffret 5 Blu-Ray et DVD contenu telle une relique à l'intérieur d'un cocon, vous trouverez quelques planches de Syd Mead et autres artistes, une petite plaque façon hologramme, la réplique de la voiture de Deckard façon Majorette et la licorne version cocotte en papier, en plastique métallisé. Si on compare ce coffret à celui qui fut proposé à Harry Potter, on est bien loin du compte. Mais le prix demeure bien plus faible.
BLU-RAY 1 La version Final Cut 2007 ne comporte que des différences minimes par rapport à la version 2006. Blade Runner est toujours le grand film que l'on connaît. Le spectateur se fera seul une idée de la nouvelle approche esthétique du métrage. Il s'agissait surtout pour Ridley Scott de régler quelques détails concernant certaines séquences (problème de perruque dans la scène où Zhora meurt, désynchronisation sons/mouvement de bouches lorsque Deckard interroge le marchand de serpent, plan de la colombe...). Inutile de polémiquer sur cette version qui ne dénature en rien Blade Runner...
C'est une fois plus une déception, mais pas un étonnement: Warner ne gratifie pas ses commentaires audio de sous-titres. Ces derniers sont donc à réserver aux anglophones avertis seulement.
Le premier à se lancer dans l'exercice est bien entendu Ridley Scott lui-même. Chaque séquence est décortiquée par le meilleur des guides qui revient sur sa collaboration avec les acteurs et le tournage de certaines séquences difficilement mises en place. Il s'exprime sur sa vision pyramidale de Blade Runner et la construction de son architecture, puis de la population asiatique que l'on retrouve dans le film. Conscient de la portée philosophique et sociologique de son oeuvre devenue culte, il nous éclaire sur ses choix artistiques (on retiendra par exemple la partie où le réalisateur parle de la relation entre Tyrell et Batty lorsque ce dernier tue son créateur). Peu de temps morts pour ce monologue instructif et passionnant de bout en bout. Nous vous laisserons avec cette phrase du réalisateur : "le job du réalisateur est d'imposer sa vision. Celui du producteur, le coeur du problème, c'est de trouver un réalisateur qui a une vision. En terme de négociations, c'est de la politique..."
Viennent ensuite les interventions des scénaristes (Hampton Francher, David Peoples) et des producteurs (Michael Deeley et Katherine Haber - productrice exécutive) qui se présentent tout à tour avant de livrer anecdotes et autres notes de production. Le plus palpitant reste cependant les échanges entre les deux scénaristes qui n'hésitent pas à se couper la parole ou à se reprendre pour des détails ("Ok, Whatever...") dans une ambiance somme toute bon enfant.
Pour finir, et malgré la dimension technique de l'entreprise, les commentaires des concepteurs des effets spéciaux et des designers (Syd Mead, Lawrence G. Paull, David Snyder, Douglas Trumbull, Richard Yuricich et David Dryers) s'avèrent être une source enrichissante qui ne diminue en rien la magie des effets visuels à l'écran. De l'ascenseur menant à l'appartement de Deckard jusqu'à l'univers surgelé de Chew, chaque décor est savamment détaillé sans que l'ennui ne gagne le spectateur.
DVD 2 (présenté sur un DVD et non sur un BLU-RAY)
Divisée en huit chapitres et disponible en VOST, Des temps difficiles est le making of que tous les fans attendaient.
Le titre de ce documentaire est lié au titre de l'un des scripts écrit par Hampton Francher qui a cédé sa place à David Peoples. Du financement difficile du métrage jusqu'à sa post-production chaotique en passant par les doutes et le dépassement de budget lié au tournage, toute l'équipe revient sur son travail et son rapport avec Ridley Scott. Sans langue de bois, mais avec politesse, chaque intervenant livre ses ressentis qui perdurent avec vivacité 25 ans après la sortie de Blade Runner. Naissance du projet, casting, effets visuels, montage(s): tout est décortiqué en 3h33 d'un programme passionnant. Les anecdotes fusent et on apprend d'ailleurs que Ridley Scott a repris les rênes du projet après la mort de son frère aîné. En pleine pré-production de Dune qu'il devait réaliser, le réalisateur se jette corps et âme dans cette adaptation de Philip K. Dick, afin de travailler le plus rapidement possible.
Entre un Harrison Ford visiblement malheureux d'être là, une Sean Young en jeune première maladroite et un Ridley Scott mal-aimé par l'équipe américaine, Blade Runner s'est enfanté dans la douleur. Il a laissé une trace incommensurable dans l'esprit de nombreux fans, à commencer par Guillermo Del Toro (pour la voix-off du film) et Franck Darabont (absolument contre), qui viennent dirent quelques mots sur un chef d'oeuvre aux questionnements existentialistes inépuisables.
BLU-RAY 3
Cette troisième galette (VERSIONS D'ARCHIVE) nous propose 3 versions du film connus à ce jour (par le procédé du seamless-branching).
La VERSION US DE 1982 correspond à la première version du film sortie dans les salles sur le sol américain. Signalons un épilogue particulier, ainsi qu'une voix off ajoutés sans le consentement de Ridley Scott. On peut donc voir Deckard et Rachael, très souriants et apparaissant très liés, partir dans les montagnes en voiture. Pour l'anecdote, les plans aériens proviennent de rushes non-exploités du Shining de Kubrick.
La VERSION INTERNATIONALE DE 1982 (disponible sur le sol américain dans une édition Criterion) correspond à la première version sortie en France. Elle suit les traces de la version US, mais diffère par l'ajout de plans violents supplémentaires (Roy Batty tue son créateur en lui écrasant les yeux avec ses pouces suivi d'un saignement important ; Pris affronte violemment Deckard avec entre-autre une prise dans les narines ; Deckard tire un troisième coup de feu sur Pris pour l'abattre, Plan sur Pris baignant dans son propre sang ; Roy Batty s'enfonce un clou dans la main pour la sortir de l'engourdissement de son corps fatigué).
En 1992, la Warner décide de laisser Ridley Scott reprendre les rênes de son oeuvre avec la DIRECTOR'S CUT DE 1992 afin de livrer un montage plus proche de ses aspirations initiales (et accessoirement pour sortir une version remasterisée numériquement pour le format qui faisait fureur ... la VHS !). L'ajout le plus marquant réside dans un petit plan de 12 secondes, où Deckard rêve d'une licorne dans une forêt féérique. Cet élément (et plusieurs autres notamment dans la déshumanisation des chasseurs contrastant avec la fureur de vivre des chassés) nous amène à une nouvelle hypothèse absente des versions cinéma précédentes, Deckard serait-il un Répliquant ? Les séquences sanglantes de la version internationale de 1982 disparaissent sur ce montage. Notons aussi que les " happy end " sont définitivement remplacés au profit de la fameuse fin où Deckard et Rachael s'enfuient dans l'ascenseur sous la coupe d'un destin très incertain. Dans le même ordre d'idée, il n'y a plus de voix-off tenue par Deckard (à l'exception du commentaire suite à la mort de Batty).
DVD 4
Les bonus présents sur le quatrième disque sont disponibles en VO non sous-titrés. La force principale de ce quatrième DVD est d'éviter la redondance avec l'exceptionnel Dangerous Days. Vous pensiez tout savoir sur Blade Runner. On vous en donne encore!
Le premier bouton nomme Accès permet de lire tout le contenu du disque à la suite. La Création: la première featurette concerne Philip K. Dick et se divise en trois parties (Le Rêveur Electrisé: L'Auteur Philip K.Dick (14mn22), Le Mouton Du Sacrifice: Le Roman Versus Le Film (15mn22) et Entretiens avec Philip K.Dick - divisé en 14 sous-parties uniquement en VO - ). En trois mouvements, l'Ultimate Edition rend hommage à l'auteur de Do Androids Dream Of Electric Sheeps? dont Blade Runner est l'adaptation. Les interventions de ses proches et d'écrivains éclairent sur la personnalité du plus grand romancier de science-fiction. puis les suppléments se concentrent autour des différences entre le roman et le film dont l'approche émotionnel n'est pas la même. Enfin, la section Création se clôture par des extraits audio émanant d'interviews de Philip K.Dick dirigées par Paul Sammon au cours d'une série de rencontres qui eurent lieu entre 1980 et 1982 (dont la dernière trois semaines avant la mort de l'écrivain). L'auteur revient sur sa vision d'Hollywood, sa volonté déçue d'adapter lui-même son livre en scénario ou encore sa rencontre avec Ridley Scott.
La Fabrication: il s'agit d'une section mettant en avant le processus de production de Blade Runner en 5 parties distinctes (Signes des Temps: Design Graphique (13mn40), En Avance Sur La Mode: Costumes Et Style (20mn40), Screen Tests: Rachel Et Pris (8mn54), La Lumière Qui Brûle: Le Souvenir de Jordan Cronenweth (20mn03), Scènes Inédites et Alternatives (19 en tout)). Ces sections permettent de revenir plus précisément sur les différents pôles artistiques qui ont fondé l'univers visuel de Blade Runner. On navigue entre informations techniques liées aux thématiques du film et raretés avec des archives d'essais de Nina Axelrod et Stacey Nelkin qui n'ont pas été retenues au casting final. L'ensemble fournie de nombreux exemples de croquis et de dessins. Cette partie permet également de tracé le portrait de Jordan Croneweth, chef opérateur du film, qui a apporté sa science dans la construction des plans aux xénons, son amour de la composition phtographique et du film rapide Kodak. C'est à lui qu'on doit la palette lumineuse de Blade Runner, entre applats lumineux et ombres portées. Un bel hommage. En dernier lieu, on retrouve les scènes inédites et alternatives (de qualité forcément variable) dont la plus marquante reste sans conteste Rendre Visite A Holden et Métaphysique, où Deckard rejoint son collègue à l'hôpital. Des scènes où l'on appréhende la complicité entre les deux hommes. Elles tendent également à humaniser Rick Deckard. La plupart des autres séquences sont des variantes des scènes existantes, notamment au niveau de la voix off présente sur les premières versions.
Longévité: cette cellule regroupe le contenu promotionnel de Blade Runner. Cela commence avec Featurettes promotionnelles de 1982. On retrouve donc Harrison Ford, Rutger Hauer, Ridley Scott et Sean Young sur le plateau de tournage pour de courtes interviews visant à appâter les futurs spectateurs (Sur Le Plateau (14mn20)). Ces mini reportages mettent en avant les scènes d'action et la portée technologique de Blade Runner. Ils montrent également la direction artistique et les multiples facettes techniques du film. Par la suite, Convention Réel (13mn15) montre Ridley Scott présentant le travail de Douglas Trumbull et Syd Mead dans un clip accompagné d'une musique funk qui contraste avec l'ambiance du long-métrage. Enfin, Les Coulisses Du Tournage (8mn45) proposent images prises sur le vif lors du tournage de séquences. Notons que ce dernier volet est totalement amputé de bande sonore. Vous aurez ensuite accès à un module regroupant six bandes annonces en VO uniquement (de 1981 à 2007).
Enfin, le programme clôture ce quatrième DVD avec trois parties dont la première s'intitule Promouvoir La Dystopia: Conception De L'Affiche (9mn37). Il est consacré au travail de John Alvin et Drew Struzan dans l'élaboration des différents visuels (superbes posters en noir et blanc, et couleurs) de Blade Runner qui ont mené à l'affiche originale. Les deux hommes comparent sans équivoque la Old School au Photoshop d'aujourd'hui. Vient ensuite Deck Le Répliquant: La Vraie Nature de Rick Deckard (9mn30)qui comme son nom l'indique tient à rétablir la vérité sur l'identité de Rick deckard. Un seul mot d'ordre: à chacun de se faire son opinion. Il semble qu'Harrison Ford et Ridley Scott tiennent réellement à la leur! Enfin, Génération Nexus: Fans Et Cinéastes (21mn50) aborde avec émotion l'empreinte durable laissé par le film à des cinéastes (dont Joe Carnahan, Franck Darabont, Guillermo Del Toro...) et des fans de Blade Runner. Emouvant.
BLU-RAY 5
L'ultime DVD nous propose la fameuse version (restaurée pour l'occasion) de la WORKPRINT qui fut la première version montrée au public à l'occasion de projections-tests au début des années 80. Le retour des premiers spectateurs fut un désastre et la Warner demanda l'ajout d'une voix off et l'inclusion d'une nouvelle fin (cf VERSION US DE 1982). Cette version WORKPRINT est un document rare (très peu diffusé, comme au Nuart & Castro Theaters en 1991 par exemple) et permet de retrouver ce qu'était la première version finale historique du film.
On est d'ailleurs surpris de retrouver dans les grandes lignes ce que la très justement appelée DIRECTOR'S CUT DE 1992 allait accoucher 10 ans plus tard. Même épilogue entre pulsion de vie et désespoir nihiliste, l'absence de la voix off réintroduisant toute la puissance évocatrice mélancolique du métrage en laissant l'atmosphère et les péripéties guider le spectateur. Cependant, nous trouvons une charte graphique différente (apparition du titre, définition unique d'un Réplicant en début de film en lieu et place de la définition des Blade Runner -les Faucheurs- des autres versions) et une bande-son non-finalisée qui constituent les premières variantes de ce que nous pouvons voir sur cette fascinante version exhumée des cartons qui plongera tout aficionados que nous sommes dans les entrailles d'une oeuvre déjà complexe et subtilement construite. Un met de choix qui jette un nouveau regard sur tous les montages que nous connaissions du film. Incontournable. Vous pourrez par ailleurs écouter le commentaire audio de Paul M. Sammon, auteur de Futur Noir (en VO uniquement). Il recense tous les changements de la Workprint par rapport aux futures versions de Blade Runner dans un sens du détail qui laisse admiratif.
Nous n'oublierons pas non plus le documentaire de Channel Four, Tous Nos Futurs Possibles (28mn33), passionnante mise en place chronologique des différentes versions du films qui complète à merveille la vision du Workprint et qui démontre comment l'infographie est venue régler les derniers défauts visuels du film (problème de perruque dans la scène où Zhora meurt, désynchronisation sons/mouvement de bouches lorsque Deckard interroge le marchand de serpent, plan de la colombe...). Du Laser Disc de Critérion à la Director's Cut de 1992, vous saurez tout sur ce qui a mené à la version définitive de 2007, de sa restauration sonore et visuelle au rassemblement de matériaux sur le film, qui nous donne aujourd'hui le droit de bénéficier de cette édition exceptionnelle.