Une courte introduction, percutante et rondement ficelée, amène aux menus du premier disque : comme il se doit, un Michael Moore tout sourire sur fond de bannière étoilée. La reprise, désormais culte, du
What a wonderful world de Louis Armstrong par Joey Ramone se charge de l'habillage sonore. Les autres menus sont à l'image de cette mise en bouche : parfaitement dans le ton, ils donnent véritablement envie d'en savoir plus et d'aller dévorer chacun des suppléments.
Introduction de Michael Moore et Commentaire audioSur le premier disque, on retrouve le film bien sûr, mais précédé d'une introduction audio où le réalisateur nous signale son intention de ne pas réaliser de commentaire audio au sens propre du terme. Il considère que son film en dit assez par lui-même et que son message est suffisamment direct pour ne pas avoir besoin d'une seconde lecture. Curieux ! Ce même disque comprend pourtant bien une option commentaire audio. On la sélectionne et on se rend vite compte que le bonhomme à mis ses intentions à l'exécution. S'il se défend d'être à gauche (ou démocrate, ce qui aux Etats-Unis se rapprocherait le plus de la gauche française), le réalisateur ne cache pas ses penchants humanistes qui sont aussi les moteurs de ses documentaires. Dans le même esprit, Moore a remis l'exercice du commentaire entre les mains des stagiaires, assistants et autres techniciens de l'ombre qui ont permis au documentaire de voir le jour. On saluera l'originalité de l'initiative, mais nettement moins sa pertinence. Peu soucieux de nous intéresser, les membres de la petite équipe accumulent les private jokes et autres clins d'oeil qu'ils sont les seuls à comprendre. On repassera donc pour le fameux commentaire audio présenté comme la "principale valeur ajoutée de cette nouvelle édition de
Bowling for Columbine"...
Heureusement, le second dvd relève le niveau. Neuf vidéos et pas loin de 150 minutes de bonus se bousculent sur ce deuxième disque où les idées de Michael Moore se répètent parfois (le réalisateur est volubile), mais où chaque interview / documentaire introduit une nouvelle idée, apporte une nouvelle information ou crée une nouvelle émotion...
"Retour à Denver" (25 min.)Le documentaire "Retour à Denver" tire plus particulièrement son épingle du lot. Michael Moore est retourné à l'université de Denver/Littleton six mois après la sortie de
Bowling for Columbine aux Etats-Unis. Devant une salle remplie d'étudiants et de parents d'élèves, le réalisateur revient notamment sur ce qui l'a poussé à faire son film et sur sa vision de la tragédie de Columbine. Avec ses nombreuses coupes, le montage du documentaire est parfois frustrant et le discours culpabilisateur de Michael Moore est même parfois dérangeant. Mais une chose est sûre, entre les idées anti-Bush de Moore et le témoignage d'une étudiante de Columbine, cette vidéo ne laissera personne insensible.
"Michael Moore évoque son Oscar" (15 min.) et Cérémonie des César (1 min.)A la courte séquence d'extraits issus du discours de Michael Moore lors de la cérémonie des César (déjà présente sur la précédente édition), s'ajoute une petite interview où le réalisateur revient sur son Oscar du meilleur documentaire. Les deux académies lui ont refusé les droits d'utiliser les vidéos pour son dvd. Cela n'empêche pas le diable de réalisateur de nous faire (ou refaire) partager son discours lors de la cérémonie hollywoodienne et notamment son fameux
"Nous ne voulons pas de cette guerre ! Honte à vous, Mr Bush !" qui fit la Une de tous les journaux.
Clip "Fight Song" de Marilyn Manson (3 min.)Pour souffler un peu, Michael Moore nous propose de regarder le clip de Marilyn Manson : Fight Song (dans sa version censurée) qui aborde un sujet de circonstance. Lecture au second degré de rigueur !
Interview avec Joe Lockhart, “Charlie Rose Show” et débat “Pour ou contre”On retrouve ensuite le réalisateur pour d'autres interviews. Répondant aux questions de Joe Lockhart, attaché de presse de Bill Clinton, Michael Moore se livre à un véritable show à l'américaine, n'hésitant pas à être outrancier et à en faire volontiers plus.
En revanche, dans le cadre du Charlie Rose Show, le réalisateur se montre plus appliqué, son interlocuteur s'attachant à remplir le mieux possible le rôle de l'avocat du diable (notamment en confortant la politique sécuritaire de George W Bush). Mais Michael Moore n'est jamais à court d'argument.
Patrice Blouin (Les Cahiers du cinéma) ne peux pas en dire autant. Le débat
"Pour ou contre Bowling for Columbine" (qui figurait déjà sur la précédente édition dvd) l'oppose à Serge Kaganski (Les Inrockuptibles), mais l'opposition tournant vite en faveur de ce dernier, la prometteuse confrontation perd vite tout intérêt.
Conférence de presse à Londres (22 min.)Enfin, par rapport à l'édition dvd de 2003, la bande-annonce a curieusement disparu, alors que la conférence de presse londonienne a été conservée mais dans une version raccourcie. Très intéressante, cette dernière vidéo est l'occasion pour Moore d'étayer sa vision de la culture de la peur et surtout de la fascination pour le danger et la mort, qui ne caractérise d'ailleurs pas que ses concitoyens...
Derrière le fouillis apparent, l'effervescence de bonus permet surtout à Michael Moore de revenir sur chacun des thèmes abordés par Bowling for Columbine, d'expliquer sa démarche, son cheminement et son questionnement.
Pas forcément indispensable si la première édition de
Bowling for Columbine figure déjà dans sa dvdthèque, l'édition Collector de M6 s'impose aujourd'hui davantage que celle de 2003 parce que plus claire et plus exhaustive. Elle donne un large aperçu de la personnalité de Michael Moore pour peu, bien sûr, que l'on accepte l'idée de se documenter sur un documentaire...
Nota : une édition Prestige 3 dvd est à paraître le 8 décembre prochain