Disque 1
Le film étant présenté sur deux disques découpant donc très nettement les deux époques (Le boulevard du crime et L'homme blanc), on se retrouve du coup avec deux commentaires audios et deux narrateurs bien distincts. Aucun sous-titre n'est présent.
Ici il s'agit de Brian Stonehill qui nous est présenté comme un spécialiste anglo-saxon du film et de la période. De fait l'on a bien affaire à un érudit de la chose et son commentaire audio en forme d'essai est un modèle de didactisme ainsi que d'un très grand intérêt. Jonglant sans cesse entre des explications sur la période (le film fut tourné entre 1943 et 1944, certaines personnes durent travailler dans la clandestinité comme Trauner, responsable des décors ou Kosma compositeur de la musique, Pierre Renoir remplace, dans le rôle de Jéricho, Robert Le Vigan, qui a fui la France pour collaboration soutenue...), livrant des informations sur la production du film (les figurants du studio de la Victorine à Nice à la fois des collabos et des Résistants qui se connaissaient...) et une analyse pratiquement plan par plan d'une oeuvre que les américains ont qualifié d'Autant en emporte le vent français.
La page d'accueil, à l'arborescence assez sommaire, propose aussi une introduction filmée en vidéo de Terry Gilliam. Grand admirateur devant l'éternel du film il va même jusqu'à avouer avoir pompé la majorité des plans de théâtre pour son Baron de Munchausen. Un bel hommage en quelque sorte.
Enfin le mini document sur la restauration du film se trouve aussi sur ce disque.
Disque 2
Charles Affron est le second essayiste que l'on entend sur la piste ad hoc du second disque. Plus analyste que Stonehill mais mettant moins en perspective le film d'un point de vue historique, l'exercice se révèle être pourtant tout aussi captivant et enrichissant.
Ce second disque recèle aussi ce que Criterion appelle "Jacques Prévert's film treatment" soit une sorte de "Bible" ultra précise qui vient cimenter les grandes orientations du futur scénario du film.
On trouve également les filmographies très fournies de Prévert et Carné, les dessins extraordinaires de réalisme (on en viendrait même à penser qu'ils ont été faits après le film) réalisés dans la clandestinité par Trauner, une très belle galerie de photos de tournage ainsi qu'une bande annonce US vraiment très abîmée.
On regrettera l'absence d'un documentaire sur la pantomime, de sa fonction sociale et historique chez nous au travers de la période que la France traversait alors et surtout pour honorer la mémoire du plus grand à savoir Deburau.
Cela dit il ne faut pas se tromper. Il s'agit ici d'un DVD américain et même s'il est édité par la fameuse société Criterion ne serait-ce pas plutôt du devoir des ayants droits français de présenter une édition au moins aussi belle et complète. A bon entendeur...