1. >
  2. >
  3. >
  4. >Test Coffret Albert Lamorisse
dvdrama

Coffret Albert Lamorisse

Test interactivité

3/5
Crin Blanc le cheval sauvage : Pour seuls suppléments, il faut se contenter d'un extrait du Ballon rouge (qui complète le coffret Lamorisse), de crédits récapitulant tous les participants à l'édition du DVD et d'un portrait d'Alain Emery, jeune acteur principal du film devenu homme âgé. De ce dernier complément intitulé " Portrait d'Alain Emery, l'enfant qui ne savait pas sourire " il faut se réjouir de la maestria avec laquelle Arnaud Dommerc (assistant réalisateur dans les derniers films de Robert Guédiguian) le réalise. Dans la véracité de l'image et la démythification de la mise en scène, Dommerc invoque la plastique d'Alain Cavalier (Le filmeur). Articulant le portrait d'Alain Emery en deux temps (l'absence et la présence), Dommerc instaure une dynamique. La première partie interpelle par l'absence du visage d'Emery, sinon en toute fin, tandis que la seconde partie fait de la présence de l'acteur sa consistance. S'ouvrant sur un fond noir laissant craindre une panne de l'image, la première partie du portrait laisse entendre la voix accentuée d'Emery, posant les conditions de l'exercice : " Tu couperas toutes mes conneries ". S'ensuit un ersatz de commentaire où les voix d'Emery et de Dommerc dialoguent pendant qu'est diffusé Crin Blanc sur une télé. En préférant filmer la télé qui diffuse le film plutôt que de le diffuser plein écran dans une version commentée, Dommerc saisit toute l'essence du bonus : défaire un film, en divulguer l'alentour.


En contre partie, très peu de choses seront dites sur le film, sinon qu'Emery petit s'est alors vu disposer de trois familles : celles des Colomb de Daunant (adaptateur du film), des Lamorisse et des gardians de Camargue. Hormis ce fait, Dommerc se plait à centrer son portrait sur un homme simple, enfant que Lamorisse désirait star et que le cinéma a renvoyé au commun. Si je mentionnais Cavalier dans l'esthétique, c'est que les êtres se dévoilent par le truchement des objets. Jamais la caméra de Dommerc ne vient observer Emery ou sa famille de face. Dans la seconde partie, lorsqu'Emery, bougon, cherche un papier qu'il avait soigneusement poser sur la table, ce n'est qu'au travers du reflet d'une vitre que Dommerc rend compte de la mauvaise foi de l'homme. Les objets sont les indices de nous-mêmes, c'est la poésie de Cavalier qu'emprunte Dommerc. Rien à voir avec Lamorisse, mais tout de la nature du bonus semble avoir été saisi.

Le Ballon rouge : Dans le même registre, le DVD de ce film se contente d'un extrait de Crin-Blanc, des crédits de l'édition DVD et d'un bonus. Réalisé par Chloé Scialom, ce complément a pour nom " Mon père était un ballon rouge ". Où Dommerc revenait à nos jours pour voir ce qu'est devenu le jeune Alain Emery, Scialom reprend le même geste et filme ce qu'est devenu Pascal Lamorisse, fils du cinéaste et héros du film. Homme érudit, faisant de chaque instant une occasion pour enseigner à sa fille ses souvenirs, Pascal Lamorisse est devenu ce que Scialom nous montre : un homme mûr et quiet. Où Dommerc dévoilait la fausseté de la mise en scène, Scialom en organise une de façon parfois maladroite. La didactique avec laquelle le père renseigne à sa fille les vestiges du passé s'avère parfois outrageuse. Les instants que captent Scialom n'ont pas l'authenticité qui prime chez Dommerc et préfère une belle mise en scène à une vérité désaffectée. Quand la fille de Pascal Lamorisse, au coin d'une fenêtre, Mac posé sur les genoux, lit une lettre écrite par son grand-père, c'est toute la mise en scène un peu appuyé qui transparaît. Il ne faut pas pour autant blâmer la réalisatrice, puisque certains instants fameux contiennent un grand intérêt. La marche de Pascal Lamorisse et de sa fille dans les rues de Paris pour retrouver les lieux de tournage offre des mises en parallèle entre l'image d'Albert Lamorisse et celle d'aujourd'hui. De même, lors de l'avant-première du Voyage du Ballon rouge (2007) de Hou Hsiao-Hsien (remake libre du film de Lamorisse), quand Pascal Lamorisse dialogue avec Simon Iteanu, qui interprète le même rôle de l'enfant, l'instant est étrange et candide à la fois.


Ce complément-ci contient davantage d'informations sur l'oeuvre de Lamorisse que le complément de Dommerc. Pour les seules images merveilleuses du Vent des amoureux (film inachevée de Lamorisse) Scialom réussit l'entreprise qu'elle s'est donnée : celle de révéler la poésie immortelle de Lamorisse et d'inviter la critique et les historiens à rendre hommage au grand poète pour enfants qu'est Albert Lamorisse.

Contenant des bonus intéressant à bien des égards, le coffret Albert Lamorisse édité par Shellac Altern est une nécessité pour les cinéphiles et offre un excellent apprentissage au cinéma pour les plus petits. Si la gourmandise cinéphagique nous pousserait à dénigrer la maigreur des bonus, il faut en contrepartie s'enthousiasmer de leur consistance. Le documentaire sur un cinéaste étant un exercice difficile (bien des exemples en témoignent), la grande réussite de Dommerc et la réussite mesurée de Scialom complètent bienheureusement les DVD.

Le verdict des internautes

Total des votes : 0

Les notes des internautes

  •  
    Image
  •  
    Son
  •  
    Interactivité
  •  
    Bonus

Les tests des internautes

logAudience