
A l'adage rarement confirmé, grand film, grande édition DVD, MK2 Vidéo répond par l'affirmative puisque le volume dévolu à Hunger s'appuie sur une qualité éditoriale de tout premier ordre. En effet, sobrement mis en image, le chapitrage des menus et leur esthétique sont aussi séduisants que parfaitement en accord avec les idées formelles du métrage. Si l'on ajoute à cela les qualités indéniables d'un packaging des plus alléchants et une interactivité pléthorique, on ne peut que saluer la réussite d'un volume DVD qui pour l'éditeur se situe au niveau de ses meilleures réalisations. En effet, si l'on excepte la sempiternelle bande-annonce du film et un dossier de presse de trente-six pages qu'il ne nous a pas été donné de lire, on constate la présence de quatre entretiens conséquents, d'une préface suivie d'une analyse de scènes signée Philippe Azoury et d'un bref making-of.

Préface (5min)
Proposant une remise en contexte du sujet et une explicitation brève, dense et séduisante de son propos esthétique, cette préface signée Philippe Azoury s'avère une belle introduction au métrage et évite le piège du didactisme docte.
Analyse de scènes par Philippe Azoury (22min)
Revenant avec intelligence et brio sur la scène la plus impressionnante du film, le journaliste de Libération nous délivre une explication scénique de belle facture. En effet, saisissant toute la force esthétique du duel qui se joue et les motifs que le cinéaste met en jeu, notre exégète gagne le pari du commentaire d'images en n'oubliant pas non plus les prestations des deux principaux interprètes et les ruses de Steve McQueen pour que tous parviennent à cette mémorable scène. Digne des brillantes introductions des DVD dédiés à Abbas Kiarostami, cette analyse offre une bien profitable approche d'Hunger et de l'une de ses séquences les plus mémorables. Quitte à être exigeant et irréaliste, on aurait aimé que Philippe Azoury explicite via un commentaire audio, l'ensemble du métrage ou s'appesantisse sur le reste de ses autres scènes fortes.

Entretien avec Steve McQueen (36min)
Steve McQueen est brillant et cet entretien aussi politique qu'esthétique n'en est que la plus illustre démonstration. Saisissant lorsqu'il évoque le sujet de son film et en même temps extrêmement profond lorsqu'il évoque sa réflexion sur le corps en souffrance de Bobby Sands et sur la composition censée le transposer, le cinéaste impressionne. Et que dire de son approche de l'image et de sa construction qui font appel tant aux arts plastiques qu'à un dialogue avec les sources de l'époque si ce n'est qu'elle est des plus remarquables. In fine, MK2 Vidéo nous gratifie ici d'un entretien riche, dense, parfois ardu mais rarement vain et qui surtout réconcilie avec l'exercice de l'exégèse d'un film par son propre auteur.
Entretien avec Michael Fassbender (35min)
Ecouter l'acteur d'Inglourious Basterds parler de sa prestation dans Hunger fait saliver et force est de constater que le résultat s'avère à la hauteur dans un exercice où pourtant la faute de goût est souvent la règle. En effet, qu'il aborde les difficultés de la composition et notamment l'effort qui fut sien ou la personnalité propre d'un Bobby Sands qu'il connaît bien du fait de ses origines, Michael Fassbender intéresse au plus haut point. Et pourtant, loin d'une prétention irritable, l'homme et l'acteur oscillent entre distance, humour, bonne humeur et sérieux alors que le sujet aurait pourtant pu être le lieu d'une lourde démonstration et d'une très égocentrique affirmation.

Entretien avec la productrice Laura Hastings-Smith (26min)
Pleine d'enthousiasme et d'entrain, Laura Hastings-Smith expose son engagement auprès de Steve McQueen et ne cesse de s'enflammer à mesure qu'elle raconte le métrage et sa réalisation. Très justement impressionnée par le film une fois fini et l'excellente réception qui suivit, cette dernière propose un abord du film très axé production sans toutefois rentrer dans d'infinis détails. L'ensemble est certes plaisant mais sans toutefois se placer au niveau des entretiens délivrés par Michael Fassbender et surtout Steve McQueen.
Entretien avec le producteur Robin Gutch (29min)
Plus terrien et moins extatique que Laura Hastings-Smith, le témoignage de Robin Gutch fait doublon avec celui de sa consoeur et malgré son implication plus technique dans l'entretien, ennuie relativement. On appréciera certes les indications qu'il livre quant au choix de donner libre cours au projet de Steve McQueen ou les précisions qu'il apporte d'un point de vue plus financier et pratique. Mais, à dire vrai, l'entretien s'il ne déçoit pas, reste très en-deçà des prestations de sa collègue et plus encore des discours véritablement absorbants des deux grands hommes d'Hunger.

Making of (13min)
Bref et peu informatif car trop descriptif, ce making-of des plus " marketés " est typique des compléments éditoriaux habituels. Commercial et d'un faible intérêt au regard notamment des entretiens qui le précédent et plus encore le rabaissent par leur densité, ce complément intéressera peu en dehors du hors-champ très superficiel qu'il délivre d'Hunger.
Critique technique et suppléments : Jean-Baptiste Guégan