Autant dire qu'ici on pêche radicalement par excès. Reprenant le même commentaire audio que celui de l'édition précédente - mais bénéficiant enfin de sous-titres - on nous propose un florilège d'extraits d'interviews diverses et ne datant pas d'hier où se suivent à la trace, se coupent et s'entremêlent une bonne dizaine d'intervenants - dont Hamilton et Andress - dans un puzzle plutôt bien fichu au final, mais manquant cruellement de spontanéité. Et pour cause ce commentaire n'en est pas un, les propos étant replacés judicieusement sur les scènes qui correspondent le mieux. Assez informatif sur un plan anecdotique (tout le monde s'est bien éclaté en Jamaïque), assez nostalgique, mais pas plus intéressant que ça.
Permis de restaurer
Mais comment ont-ils fait pour restaurer l'image ? C'est le petit module, Permis de restaurer (11min25) servant de visite guidée au sein du laboratoire Lowry Digital Images à qui les dirigeants de la MGM ont confié le petit trésor que constituent toutes les pellicules originales de chaque James Bond - quand cela était possible - pour les remettre à neuf, là où les précédents masters DVD étaient issues de copies diverses, usées par le temps et par leurs utilisations. Pour la première fois donc, les films les plus ciblés (la première salve Connery) bénéficient d'une nouvelle copie numérique tirée directement du matériel d'origine demeurant dans la meilleure définition existante à ce jour.
A l'aide d'un scanner Imagica qui possède la particularité de dérouler les bobines lentement mais surtout avec douceur, les films originaux sont traités dans une chambre stérile pour éviter à une poussière ou un cheveu quelconque de se poser à nouveaux sur la bande, et chaque image de chaque film nécessite pas moins de quatre secondes pour être numérisée. Soit près de 100 heures nécessaires pour traiter une heure de film. Chacune des images est ainsi scannée à une résolution de 3000 sur 4000 pixels, soit environ un niveau de détail quatre fois plus précis que n'importe quel format vidéo disponible sur DVD classique, mais surtout une très haute résolution plus élevée que la définition réelle du film. Capturant ainsi tout ce qui est proposé dans le film jusque dans le moindre détail, et surtout sans recadrage (contrairement aux précédentes éditions qui rognaient le 1.66 en un 1.77), le laboratoire offre à ses techniciens chargés du nettoyage une copie meilleure que celle du film à sa sortie, pour pouvoir corriger ses défauts dans les meilleures conditions possibles.
Une fois scannés, les films sont donc stockés dans un ordinateur géant disposant d'un système Gigabit Ethernet auquel peuvent se relier tous les ordinateurs de Lowry Digital, et permettant à chaque service de corriger une partie du film de leur choix sans encombrer le travail des autres. Au final, chaque film ne souffre d'aucune compression et tient sur environ huit disques durs des serveurs d'une capacité de 250Go chacun. Pour les conserver dans ses archives, Lowry peux ainsi ranger soigneusement chaque film Bond dans une mallette hermétique. La taille numérique réelle du film en l'état avoisine donc les 1000 gigas qu'il faudra réduire à environ 5 à 7 gigas pour les besoins d'un DVD traditionnel.
On passe ensuite à l'étape la plus laborieuse de la restauration puisqu'il va s'agir de nettoyer numériquement chaque image du film selon ses degrés d'imperfection. Cette étape débute par un passage en régie d'étalonnage où l'on redécouvre le film tel qu'il était lors de son tout premier développement. Selon toute évidence, en l'état le film est déjà plus net, plus détaillé, et plus propre que n'importe quelle copie VHS ou DVD à ce jour dans le commerce. Mais l'image demeure également bien plus stable, moins fourmillante et surtout moins délavée par l'usure du temps, souffrant pourtant logiquement de quelques différences de teinte et de grain de certains plans sur les autres. L'étalonnage est là pour rééquilibrer ces contrastes et ces couleurs pour qu'elles ne jurent pas les unes avec les autres. Durant le visionnage de la première copie, on note au fur et à mesure les points à modifier pour la cohérence de l'ensemble à l'aide d'un logiciel bénéficiant d'un code couleur et qui calculera automatiquement quelles images auront besoin de ce léger changement en fonction de l'éclairage, s'il s'agit d'une scène de nuit, de jour, ou d'il s'agit de prises de vues effectuées en décors ou en extérieurs réels.
Il faut par la suite passer au nettoyage de l'image à proprement parler. Pour cela les techniciens adaptent l'étalonnage plan par plan en fonction des directives notées dans le chapitre précédent et rééquilibrent les teintes, mais adoucissent également les grains et fourmillement image par image. Pour cela, pas question d'un floutage général qui tricherait honteusement : sont donc utilisés des masques pour démarquer la profondeur de champ, les couleurs, et surtout les plans à effets spéciaux plus sujets à la saleté car souffrant de plusieurs couches d'images superposées les unes sur les autres. Ici, on démarque chacune de ces couches pour les traiter indépendamment.
Enfin, pour mieux repérer les artefacts divers comme les cheveux, poils, ou rayures diverses ne prenant généralement place que sur une image, les "nettoyeurs" conservent un oeil sur trois images distinctes pour voir les "avant et après" et ainsi gommer les saletés, soit à l'aide de la palette graphique, soit en prenant tout simplement un segment propre de l'image précédente ou suivante pour remplacer le défaut. De longues heures de labeurs à la précision millimétrique qui offrent néanmoins aux premiers films de la collection un aspect qu'on n'aurait plus espéré découvrir : une image nette, stable, nettoyée, épurée et à la colorimétrie réajustée et surtout aux cadres originaux respectés.