La collection de l'Institut Lumière nous propose une fois de plus des suppléments passionnants dont certains sont inédits. Cette édition rend magnifiquement hommage à Michael Powell mais aussi à Léo Marks, à qui l'on doit le script original.
DISQUE 1Présentation du film par Bertrand Tavernier (6mns56)
Dans cette présentation, Bertrand Tavernier revient tout d'abord sur la genèse du projet, sur le contexte dans lequel le film fut produit et l'intention de Michael Powell d'explorer la psychanalyse, sujet fascinant s'il en est. Bertrand Tavernier commente ensuite sur le choix de l'acteur Carl Boehm, célèbre pour son rôle dans la saga Sissi, et ce que le comédien a apporté à son peronnage. La suite de cette présentation s'attarde sur les thématiques du film telles que voyeurisme, le rapport du cinéaste mais aussi du spectateur à l'image, ainsi que la dimension sexuelle des actes de Mark Lewis. Enfin, Bertrand Tavernier revient sur les critiques violentes de l'époque, des réactions qui ont brisé la carrière de Powell, et sur la reconnaissance tardive qu'a obtenu le film grâce à des artistes fans tels que Martin Scorsese. Passionnante comme toutes celles de la collection, cette présentation peut être vue avant le film car elle ne contient que peu de spoilers.
Bandes-annonces
Bandes-annonces de six titres de la collection, les trois de cette seconde vague (Le Voyeur, Je sais où je vais et A Canterbury Tale) et trois de la précédente (Les Chaussons Rouges, Le Narcisse Noir et Le 49e Parallèle).
DISQUE 2
Souvenirs de Michael, par Thelma Schoonmaker-Powell (11mns53)
Chapitre 7 de l'entretien de Bertrand Tavernier avec Thelma Schoonmaker-Powell, épouse de Michael Powell à partir de 1984. Thelma Schoonmaker-Powell revient sur l'imprévisibilité du cinéma de Michael Powell, un aspect qui lui a valu en son temps tant de problèmes avec les critiques, et sur la recherche perpétuelle d'idées et d'expérimentations nouvelles de la part du cinéaste qu'elle décrit comme foncièrement optimiste, romantique et excentrique. Thelma Schoonmaker-Powell s'exprime aussi sur la renaissance actuelle des films de Powell et sur le désir constant du réalisateur de faire du cinéma, un désir qui ne s'est jamais éteint. Un entretien une fois de plus aussi touchant que passionnant.
Les audaces d'un aventurier, par Bertrand Tavernier
Un nouveau chapitre des Audaces d'un aventurier au cours duquel Bertrand Tavernier complète la présentation du Voyeur évoquée précédemment. Le cinéaste revient sur la séparation de Powell avec Pressburger, sur sa rencontre avec Léo Marks et sur l'impact de ces deux événements sur le cinéma de Powell. Bertrand Tavernier entre ensuite davantage dans les thématiques du film en s'attardant plus en détail sur le regard porté par Powell sur le personnage principal du film. Lorsqu'il évoque les réactions des critiques de l'époque, Tavernier fait le parallèle avec l'accueil rencontré par Le Corbeau de Henri-Georges Clouzot et par La Flamme qui ne s'éteint pas de Vittorio Cottafavi, à ceci près que Michael Powell n'a plus jamais pu tourner en Angletterre après Le Voyeur.
Une psychose toute britannique (50mns41)
Assurément la pièce la plus riche de ces suppléments, ce documentaire s'appuie sur les témoignages et points de vue d'historiens et de critiques de films (des critiques actuels et des critiques de l'époque), de comédiens du film (Carl Boehm, Anna Massey, Pamela Green) et de personnes proches de Michael Powell et de Léo Marks.
Le documentaire s'attarde tout d'abord sur la genèse du Voyeur avant de revenir sur l'accueil catastrophique qui lui a été réservé en Angleterre à sa sortie, en tentant d'en analyser les raisons. Une grande partie du document retrace ensuite l'histoire du l'homme à qui l'on doit le scénario du Voyeur : Leo Marks. A partir d'interviews de Marks lui-même mais aussi de personnes l'ayant côtoyé, sont abordées différentes facettes du personnage : son enfance bien sûr, mais aussi le rôle qu'il a joué pendant la guerre en tant que cryptographe. Après s'être penché sur les rapprochements que l'on fera inévitablement entre la vie de Marks et celle de son personnage Mark Lewis, le documentaire revient sur la vision personnelle apportée par le cinéaste Michael Powell, lequel semble s'être fortement identifié à Lewis. Outre les interventions des comédiens du film et notamment de Carl Boehm, on retiendra celle de Columba Powell, fils de Michael Powell (pour ainsi dire son portrait craché). Columba Powell revient sur le tournage des séquences de flash-back et nous livre ses impressions a posteriori.
Un documentaire instructif et d'une grande richesse, en plus de se révéler émouvant à plus d'une reprise.
Mon film culte, par Gaspar Noé
Interviewé par Bertrand Tavernier, Gaspar Noé confie tout d'abord avoir appris le nom de sa propre maladie grâce au Voyeur : la scoptophilie. Le cinéaste apporte ensuite sa propre analyse du film, expliquant notamment les raisons pour lesquelles il le qualifie de "film masculin". Comme Noé le souligne, on imagine aisément que le public féminin de l'époque a dû être choqué par le film, n'étant pas préparé à de telles images. En contrepartie, les dames qui visionneront cette interview seront peut-être amusées d'entendre Gaspar Noé révéler sa vision du personnage de la mère aveugle dans le film, personnage qu'il qualifie d'effrayant et qu'il perçoit comme maléfique - une différence de perception féminine et masculine tout aussi intéressante que celle concernant le tueur. Après avoir commenté les raisons pour lesquelles la violence se substituait souvent au sexe dans les films, Noé s'attarde sur la difficulté de faire peur au cinéma et sur le comportement du cinéphile en quête perpétuelle d'images repoussant les limites de ce qu'il a vu précédemment. Enfin, le cinéaste s'exprime sur la filmographie de Michael Powell dont la carrière ne comporte selon lui que très peu de fautes de goût. Un entretient intéressant au cours duquel Gaspar Noé se montre très passionné.
L'affiche du Voyeur, par Gaspar Noé
Gaspar Noé revient. Cette fois, il s'exprime sur sa soif de "posséder" certains films en collectant tous les visuels et affiches imaginables s'y rapportant. Un discours dans lequel nombre de cinéphiles - ou scoptophiles - devraient d'une manière ou d'une autre se reconnaître.
Livret de 48 pages
A l'instar des DVD de la première vague des films de Michael Powell sortie par L'Institut Lumière, cette édition offre un magnifique livret illustré de 48 pages. Celui-ci propose le récit par Michael Powell de sa rencontre avec Léo Marks, de la genèse du Voyeur, de la réception de celui-ci en Angleterre et de son retour en grâce vingt-huit ans plus tard. Ce récit est suivi d'extraits de critiques françaises, de 1960 à 1992, d'un extrait du post-scriptum adressé à Thelma Schoonmaker-Powell et des filmographies des comédiens du film.
Critique image, son et interactivité / captures : Elodie Leroy