Sur les deux disques, l'on retrouve un menu principal très joliment animé et esthétique, proposé au choix comme toutes ses pages, en français, allemand, anglais, espagnol ou italien.
DVD 1Le commentaire audio d'Enno PatalasDisponible en allemand ou anglais, avec le même choix de sous-titrage, ainsi que l'option "sans sous-titre" et celle nommée : "sans commentaire" ! On pense que si vous sélectionnez ce sous-menu, vous ne sélectionnerez précisément pas cette dernière option et sa présence est un peu étrange mais elle est savoureusement kafkaïenne et mérite d'être mentionnée pour cette raison (Ndlr : il s'agit en fait juste d'une option permettant de regarder le film sans commentaire, mais la remarque "kafkaïenne" de Francis Moury méritait d'être laissée conservée dans ce texte...). Quant au commentaire lui-même il est globalement riche et précis mais le sous-titrage français souffre parfois d'un certain laissez-aller : on a l'impression que c'est un allemand francophone ne maîtrisant pas toujours bien la syntaxe française qui l'a traduit. Bien sûr on sera plus intéressé par telle esquisse d'une théologie symbolique de
Metropolis (le Père, le Fils-Christ-Médiateur, la Vierge Marie mais on ne précise pas si Rotwang est le Diable ou le saint Esprit ?) qu'à un commentaire d'une scène nous expliquant que celui qui parle se trouve à gauche et que celui qui l'écoute se trouve à droite et qu'une telle structure est signifiante du film. Or les deux types de commentaire coexistent allégrement. Donc on pourra par instant avoir envie de revoir le film "sans commentaire". Par instant seulement, heureusement. Certaines remarques sont naturellement sujettes à discussion : Patalas affirme que les machines ne produisent rien, qu'elles se contentent de manger les ouvriers. C'est faux puisqu'elles produisent l'électricité qui alimente la cité. Et pourquoi dire qu'il n'y rien d'érotique dans la scène entre le fils de l'industriel et la jeune femme du "Jardin d'Eden" : la scène est évidemment érotique sous une apparence bon-enfant. Et ainsi de suite. Mais de nombreuses remarques sont très pertinentes et enrichissent la vision du film. L'exercice a surtout le mérite de contraindre le spectateur à forger son propre commentaire critique du commentaire qu'il écoute et de redoubler l'opération analytique. Un exemple très simple : la scène où la "vraie" Maria est terrorisée par Rotwang dans les catacombes, éclairée par la bougie qu'elle tient d'une main puis agressée visuellement par sa lampe-torche qui la rattrape où qu'elle tente de se cacher est non seulement d'une technique somptueuse pour l'époque mais aussi matricielle de bien des scènes classiques du cinéma fantastique anglais, italien, américain ou du film noir des années 1930 à nos jours. Brigitte Helm terrorisée et seule dans la nuit, dans une crypte, c'est déjà l'annonce des héroïnes en chemise de nuit au coeur des ténèbres, errantes et terrifiées dans de longs couloirs, dans des corridors, dans des escaliers. C'est déjà Barbara Steele, Barbara Shelley, et tant d'autres actrices fatales du cinéma des années 60 de Fisher, Margheriti, Corman, Freda, Bava, etc. Au fond, un commentaire que sa richesse mais aussi ses faiblesses rendent fondamentalement stimulant donc. Ce paradoxe n'est pas si fréquent et mérite d'être remarqué.

DVD 2Tous en 4/3 - le format du film de Lang a influencé celui des suppléments ? (rires) - et présentés sur d'élégants fonds carmins très lisibles.
Le cas Metropolis (43mns40, divisé en 12 § titrés)
Ce documentaire réalisé par Enno Patalas date de 2002 et est inégal. Les premiers chapitres résument bien trop vite l'histoire de l'expressionnisme allemand et les spécialistes auront la joie d'y contempler quelques documents importants qu'ils connaissent d'ailleurs en général déjà. Pour les autres, il ne s'agit malheureusement pas d'une initiation valable. Les sous-titres français de la version audio allemande que nous avions sélectionnée attribuent à Murnau la réalisation du classique expressionniste allemand
Le cabinet du docteur Caligari (1919) alors qu'il est de Robert Wiene (qui remplaça d'ailleurs Lang !) : une grave coquille à rectifier. Notons qu'un certain nombre de "qui" sont remplacés par des "et" ou le contraire : traduction un peu "mot à mot" et français parfois un peu "petit nègre". Mais à partir du moment où le documentaire aborde notre film, il nous révèle de nombreux détails et nombreux documents rares. "L'effet [optique] Eugen Schüfftan" - véritable nom (avant son américanisation en "Shuftan") de celui qui fut aussi plus tard le directeur de la photographie du génial
Les yeux sans visage (Fr. 1960) de Georges Franju - est ainsi parfaitement expliqué et illustré. Il apparaît que la partition musicale et ses indications furent un élément déterminant dans la reconstitution du film en raison des indications scéniques et scénaristiques qu'elle comportait. Et la méticulosité, la précision, le soin apporté aux explications nous ravissent.
La restauration (durée 8mns45)
Un documentaire absolument remarquable et passionnant pour le dvdphile car on y apprend très clairement comment restaurer au mieux un film à la fois numériquement et manuellement. Les démonstrations sont illustrées admirablement grâce à quelques écrans partagés de la même séquence (à gauche pas encore restaurée, à droite en train de l'être ou achevée de l'être) et on mesure in vivo l'ampleur du travail accompli. Des explications simples et lumineuses qui sont un modèle de pédagogie technologique.
Galerie Photos Genèse de l'oeuvre illustrée et commentée de textes très clairs : 29 photos, scènes disparues : 30 photos, esquisses architecturales : 15 photos, ébauches de costumes : 13 photos, affiches : 5 reproduites. Au total près de 95 documents dont certains avaient été publiés par la regrettée Lotte H. Eisner mais les autres sont inédits et tous sont passionnants. Un grand bravo aussi pour cette section passionnante !
Une galerie impressionnante de richesse Biographies et filmographies complètes ou sélectives Celles de Fritz Lang (filmographie complète), de Théa von Harbou (filmographie sélective), du producteur Eric Pommer (idem), des directeur de la photographie Karl Freund et Gunther Rittau (idem), des décorateurs Otto Hunte, Eric Kettelhut, du compositeur Gottfried Huppertz et de cinq acteurs du film : Brigitte Helm, Gustav Fröhlich, Rudolf Klein-Rogge, Alfred Abel, Heinrich George (filmographie complète ou sélective pour tous ceux-là ? On avoue qu'on n'a pas vérifié mais on penche à première vue pour "sélectives"). Très soigneux mais attention à quelques jugements comme ceux portés sur les trois derniers films de Fritz Lang considérés comme mauvais, ce qui est absolument aberrant. Très utile concernant l'évolution des carrières respectives du point de vue de l'histoire du cinéma nazi : la variété des destinées est frappante. Seul Fritz Lang bénéficie d'une filmographie assurément complète mais sa liste en français ne donne que les titres originaux et ne mentionne pas les titres d'exploitation des versions françaises d'époque, ce qui est dommage pour un zone 2 français destinés à des cinéphiles parfois novices, avides par principe d'une telle indication utile.
GénériqueTrès soigné sur plusieurs écrans mentionnant absolument toutes les informations techniques et historiques relatives au film et à sa distribution internationale : bel effort.
CréditsLes noms des personnes et organismes allemands et internationaux ayant collaboré au rassemblement, à la restauration, aux commentaires du matériel numérisé.
Malgré quelques petites erreurs de sous-titrage (corrigées ici), MK2 nous livre avec cette édition de
Metropolis un superbe collector bien complet autour de l'un des chef d'oeuvre incontournable de notre époque.
Tout simplement in-dis-pen-sable !