L'édition simple la plus complète jamais vueAvant d'entrer dans l'analyse des bonus d'un DVD épatant, signalons que la note maximale n'a pas été retenue ici uniquement parce qu'il existe une version collector (tirée à 70 000 exemplaires) encore plus complète (un 3ème disque). Sans son existence, cette édition simple (qui enfonce la plupart des éditions collector) aurait largement méritée son 10.
Les amateurs du cinéma de Gans sont des gens chanceux car l'homme, grand amateur de DVD (après l'avoir été avec les LD) devant l'éternel, est de ceux qui soigne la sortie vidéo de leurs films. Donc, après un
Crying Freeman formidable et archi-complet, voici que débarque le
Pacte des loups dans une édition DVD digne du succès phénoménal du film (plus de 5 millions de spectateurs en France) et parfaitement en phase avec la passion évidente du réalisateur pour le support.
Première constatation lorsqu'on se procure cette double édition où chaque DVD a le droit à son propre emplacement (détail à souligner ces temps-ci si on se réfère au très controversé
T2 et ses disques empilés les uns sur les autres), l'affiche arbore l'écriteau " version longue inédite ". Effectivement, pour sa sortie vente (le DVD locatif en revanche possède le métrage sorti en salles d'où un petit côté collector pour les fans), Christophe Gans a pu remonter son film tel qu'il le voulait au départ. Il explique notamment dans son commentaire qu'en raison de l'importance du budget du film qui avait d'ailleurs augmenté suite à un tournage à rallonge, il avait du rendre la pareil à ses producteurs en acceptant de couper son film pour arriver à une durée où la programmation de quatre séances par jour serait possible (au lieu de trois si le film était sorti dans sa durée initiale de 145 mn).
Les scènes réintégrées sont toutes regroupées au milieu du film et concernent exclusivement l'intrigue amoureuse qui se noue entre Fronsac (Samuel Le Bihan) et Marianne de Morangias (Emilie Dequenne). Ces séquences apportent désormais une meilleure cohérence à l'histoire et comprend notamment beaucoup mieux pourquoi Fronsac décide de revenir dans le pays de Gévaudan.
Le début des hostilités se trouve à la 65' 28 du DVD (dommage qu'il n'y ait pas de chapitre prévu pour l'occasion) avec la première scène qui montre Fronsac débité avouant à Sylvia (Monica Bellucci) que la bête n'est pas morte et qu'il est complice de l'imposture orchestré par Beauterne. Vient tout de suite après une séquence en caméra subjective où Jean-François de Morangias (Vincent Cassel) va dérober incognito (on reconnaît sa voix lorsqu'il s'adresse à une prostituée) les esquisses de Fronsac dans la chambre de Sylvia. Suit dans la foulée une troisième scène montrant la rupture entre Fronsac et Marianne sous les yeux de Jean-François, cette dernier ayant remis les dessins dérobés à sa soeur. Dans cette séquence (2' 32), on devinait déjà l'attirance du frère pour la soeur dans sa volonté de faire disparaître un prétendant (sa façon de tomber pour faire croire à sa soeur que Fronsac abuse de sa force, dévoile parfaitement son côté manipulateur). Ces trois scènes durent au total 4' 04. Le film reprend alors son cours familier jusqu'à la 74' 47 (juste après la mort de la deuxième bergère) où l'on retrouve Marianne en train de prier dans l'église. Elle est rejointe par Sylvia qui lui apprend que Fronsac n'aime qu'elle et qu'il va bientôt partir dans des contrées éloignées. La fin de la séquence et le départ fantasmagorique de Monica Bellucci s'avère du plus bel effet esthétique. Tout de suite après, on retrouve Fronsac sur le point d'appareiller vers l'Afrique. Le jeune marquis, Thomas d'Apcher (Jérémie Rénier) débarque pour tenter de convaincre le chevalier de revenir dans le Gévaudan, la bête continuant à faire des ravages. Fronsac lui explique que le roi lui a interdit d'y retourner. Le marquis lui transmet alors une lettre écrite par Marianne. A sa lecture, Fronsac est enthousiasmé et avertit le marquis et Mani qu'ils repartent à la chasse. Après ces deux nouvelles scènes (d'une durée totale de 3' 20), le film retrouve définitivement son métrage cinéma.
En quelques minutes (et même si cela allonge un film déjà bien trop long), Gans réussit avec ces quelques scènes à (re)donner une cohérence à son récit en affinant de manière spectaculaire les rapports entre ses personnages.
Les menus du disque sont volontairement sobres (pas de 3D grandiloquente) mais possède toutefois des mouvements (notamment les transitions entre les menus) saisissants faits à base de travellings arrières (pour introduire les deux menus d'accueil) et latéraux (les accès aux autres menus). C'est ainsi que le disque s'ouvre sur un travelling arrière nous faisant sortir d'une forêt lugubre pour arriver sur les visages des deux héros (Fronsac et Mani) recouverts de leur fameux pardessus, le tout sous le bruit du tonnerre et de la pluie en 5.1.
Les seuls suppléments disponibles sur le premier disque, s'avèrent être les deux
commentaires audio. Deux possibilités de découvrir l'envers du décor de manière radicalement différente. D'un côté, on retrouve Christophe Gans qu'on sait parfaitement à son aise dans cet exercice si on a eu la chance d'écouter son commentaire sur le DVD de
Crying Freeman et de l'autre, les deux comédiens principaux du
Pacte, Samuel Le Bihan et Vincent Cassel.
Si vous voulez en connaître vraiment plus sur le processus de fabrication du film et sur ce qu'a voulu faire Gans, son commentaire constitue une véritable aubaine. La cinéphilie du bonhomme n'est un secret pour personne et l'écoute de ses propos ne fait que le confirmer. Dès qu'il peut, le réalisateur cite ainsi ses références (comme la premier meurtre véritable hommage aux
Dents de la mer mais sur terre et en plein jour comme le souligne avec une certaine malice Gans). Ce qui est vraiment passionnant chez Gans, c'est sa faculté à passer de l'explication de texte (ce qui se passe à l'écran et ses significations) à la façon dont il a réalisé ses plans tout en se rappelant certaines anecdotes du tournage. S'il manque un peu de fantaisie dans son commentaire, ses propos n'en demeurent pas moins pertinents pour qui veut comprendre comment un tel film a vu le jour. Au passage, Gans avoue que seules les 40 premières minutes du film le satisfont pleinement et qu'il s'est sans doute un peu trop laissé aller dans un délire visuel lors de la deuxième partie (même s'il reconnaît fort justement qu'il s'agit là de la moitié qui a le plus intéressé les fans du cinéma de genre).
Le commentaire des deux comédiens est un peu l'opposé de celui de Gans. Si ce dernier enchaîne les infos de plus belle, les deux lascars ont parfois du mal à tenir des propos intéressants (des silences gênés par moments), comme le souligne d'ailleurs fort justement Cassel (Je suis sûr qu'à côté, dans l'autre pièce, Christophe est en train de parler plus que nous deux réunis). Pour autant, l'écoute de ce commentaire est tout à fait plaisant car totalement potache. Cassel, comme il l'avait déjà démontré sur le DVD des
Rivières pourpres fait preuve d'un humour pince sans rire souvent très amusant et d'une franchise rafraîchissante. Si le commentaire de Gans tournait surtout autour de la fabrication technique du film, celui-ci fait la part belle aux anecdotes du tournage comme lorsqu'on apprend qu'une doublure a été utilisée pour remplacer Cassel lors de la scène du sermon à l'église, juste avant que le berger fasse irruption pour prévenir de la nouvelle attaque de la bête. La personne qui doublait l'acteur lui ressemblait tellement que les figurants ont fait preuve d'un certain mécontentement et désappointement sur le fait que Cassel ne voulait pas bouger de sa place et n'allait pas au contact des gens. Multipliant ainsi les souvenirs et avec une complicité évidente, les deux comédiens rendent leur commentaire vraiment agréable. Un moment à ne pas rater (c'est d'ailleurs selon Le Bihan la raison principale qui a poussé les responsables du DVD à les réunir) : le commentaire de la première scène d'amour entre Monica Bellucci et Samuel Le Bihan (pour mémoire, Cassel étant le compagnon dans la vie de l'actrice).

Le deuxième disque (aux menus donc graphiquement similaires basés sur des travelling latéraux avec scrolling différentiels très réussis) se décompose en six sections.
La première est un très long et passionnant making of intitulé
Les entrailles de la bête (78' 10) qui s'articule principalement autour des propos de Christophe Gans. Chapitré de manière intelligente et didactique (sept accès), il propose un vue d'ensemble du projet contrairement à celui qui figure sur le troisième DVD de l'édition collector qui lui s'évertue à suivre le tournage.
Toutes les étapes du processus de fabrication du
Pacte sont abordées de la naissance du projet qui fut proposer à Gans par le responsable de Canal Plus écriture, un certain François Cognard (soit le pote et ancien collègue de Gans lorsqu'il dirigeait Starfix), en passant par le choix du casting (Gans a choisi une distribution qui personnifie la modernité du cinéma français tout en prenant des comédiens qui pérennisent son idée du cinéma français pour les rôles moins importants), l'importance accordé à l'esthétisme du film (la parole est alors donnée au directeur de la photo, Dan Laustsen, qui avait éclairé auparavant
Mimic. Ce dernier évoque les difficultés techniques rencontrées sur le tournage), la place primordiale des combats et leur style forcement référentiel aux films de sabre chers au cinéma asiatique (Gans explique notamment qu'il a voulu, comme à Hong Kong, que les combats prolongent et complètent le récit et ne soient pas juste un arrêt dans l'histoire afin de donner aux spectateurs des séquences spectaculaires). Il s'agit d'une des parties les plus intéressantes du making of avec de nombreuses images des répétitions des combats avec explications de Philip Kwok (responsable des chorégraphies) et impressions des acteurs sur la difficulté du challenge (surtout Le Bihan qui a beaucoup donné de sa personne). Vient ensuite une partie consacrée à la bête qui permet de découvrir comment elle fut créée (moitié en images de synthèse quand on la voit en entier à l'écran et moitié en animatronic lorsqu'une seule partie est visible. Détail amusant : lorsqu'on voit l'oeil de la bête, notamment sur la fin, il ne s'agit pas d'un vrai animal mais bien d'une animation signée par le Jim Henson's Creature Shop). Dans le même genre d'idée, la partie sur les effets numériques nous apprend que beaucoup de scènes apparemment anodines sont en fait truquées numériquement (pour exemple, la séquence où Fronsac et Marianne discutent sur le toit enneigé a nécessité l'ajout de neige par ordinateur).
A ne pas rater pour les anti- Gans notamment, un épilogue qui remet les choses en place de manière aussi spectaculaire que surprenante. On y entend un Gans, très humble, qui replace son cinéma à un niveau plus modeste (je suis peut être qu'un cinéaste sympathique sont les derniers mots du making of). Chacun des intervenants (notamment le scénariste, Stéphane Cabel) reconnaissant les limites du film mais estimant que la richesse et la fougue du récit emportent le morceau. Une confession qui semble réellement sincère et qui clôture de manière étonnante un making of exceptionnel.
Les
scènes coupées constituent un morceau de choix. Présenté et explicité en long et en large par Gans (il les introduit puis après revient en détails notamment sur les raisons des coupes), elles sont au nombre de 5 avec en plus un montage de plans supprimés et sont présentées dans leur format respecté (encodage 4/3 seulement et qualité vidéo correcte sans plus) avec une bande son en 2.0.
- Le combat (10' 52) : La séquence inédite la plus spectaculaire. Il s'agit d'une version très longue du combat inaugural impliquant cette fois-ci non seulement Mani mais aussi Fronsac. En effet, après que Mani ait mis la pâtée aux brigands, c'est au tour du chevalier de descendre de cheval pour les affronter. Puis, comme pour montrer le lien fort qui les unit, les deux hommes combattent ensemble une dernière fois leurs adversaires qui au vu des coups et mandales reçus auraient bien fait de s'abstenir de pourchasser le vieux et sa fille. 3' 56 de pure baston. Après être revenu sur la difficulté de mettre en scène cette séquence (images du tournage à l'appui) qui était très importante car elle donnait le ton esthétique du film, Gans explique que la présentation des personnages n'était prévue comme ça dans le script. Il évoque une scène d'ouverture à Paris où les deux héros étaient détroussés et poursuivaient leur voleur sur le Pont Neuf puis sur un bateau, puis dans les catacombes de Paris pour finir par le rattraper dans la cour des miracles. Bref, un séquence visuelle hallucinante qui aurait fait exploser le budget du film. Outre l'aspect surréaliste du combat, la raison des coupes se justifie selon Gans par le fait que la scène présentait Fronsac comme un homme d'action alors qu'il se battra par la suite qu'une fois Mani tué.
- Le corbeau (4' 08) : Séquence de 1' 28 qui mettait en avant le rapport étroit qui unit Mani avec les animaux et les forces de la nature en général. Elle a été supprimée notamment car elle avait perdu sa cohérence avec le récit. Gans explique que pour des raisons d'impact, le meurtre de la deuxième bergère (dans le trou) a été décalée au milieu du film. Originalement, il suivait de très près le premier meurtre. Or dans cette séquence, on retrouve nos héros dans le fosse en train de chercher le corps qui a disparu. Et pour cause, il s'agit du corps dont les soldats se servent comme appât lors de la première rencontre de Fronsac avec les dégâts humains causés par la bête. Bref, le cadavre dans l'eau, bourré de poison au début du film, est bien celui de la bergère qui se fait tuer bien plus tard dans la fosse. Mais comme le dit Gans, personne n'a pu le remarquer. Cette séquence de recherche du cadavre ne pouvant plus avoir lieu après le meurtre dans la version définitive du film, sa suppression devenait obligatoire.
- Fronsac et Sardis (2' 40) : Cette scène (57 sec) se situe juste après le sermon dans l'église de Sardis dans la continuité de la demande de rendez-vous faite par Fronsac à Marianne. Le père Sardis, surprenant la conversation des deux tourtereaux, met en garde Fronsac sur les avances qu'il est en train de faire à la jeune comtesse. Même s'il ne le dit pas ouvertement, on comprend que la scène a été coupée car elle donnait trop vite des éléments suspicieux sur Sardis, le dévoilant comme un être régissant tout autour de lui.
- L'étang gelé (6' 28) : Admirable scène poétique et onirique (1' 55) qui montre les deux amoureux se retrouver sur un lac gelé. Fronsac, étant congédié par Beauterne de la chasse à la bête, attend sa dulcinée sur l'étang. Marianne surgit en patinant de la brume. Ils échangent ensuite des regards tendres et passionnés (filmé de manière épatante en gros plan et en champ / contre champ). Gans reconnaît qu'il aimait particulièrement cette scène qu'il a tourné en hommage au
Portrait de Jennie (avec Jennifer Jones et Joseph Cotten), un de ses films cultes. Il a du la couper pour des raisons de rythme à un moment où l'histoire commençait à s'emballer. Images du tournage de la séquence présentes.
- La maison Tessier (10') : Il s'agit en fait de deux séquences qui sont liées entre elles. La première (1' 12) montre Beauterne demander à Fronsac, juste après qu'il ait fini la taxidermie du loup, où il peut trouver des filles. La suivant (2' 44) démarre par une séquence réintégrée dans la version longue présente sur cette édition (la partie où Fronsac avoue à Sylvia que la bête n'est pas morte). Cette scène se prolonge ensuite puisque Sylvia, comme pour remonter le moral de son amant, l'entraîne dans une pièce où, une fois les rideaux levés, il peut observer les différentes chambres de cette maison du plaisir. Fronsac découvre notamment Beauterne en pleine séance masochiste (accroché nu à une poutre, il se fait fouetter par une prostituée). Gans explique que la première scène a été supprimée parce qu'il n'était pas content de sa mise en scène et de sa façon de montrer la bête. La raison principale reste toutefois qu'elle était directement liée avec la scène suivante que Gans a coupé au montage car le décor de la salle de " tortures sexuelles " ne lui convenait pas. Il semble cependant regretter les coupes à cause du personnage de Monica Bellucci qui ici démontrait qu'elle était au courant de tout depuis le début et qu'elle était bien une magnifique manipulatrice.
- Le clip des plans coupés (5' 48) : montage chronologique de plans non retenus (rythmé musicalement) fort plaisant mais qui effectivement propose des images et situations peu pertinentes pour le récit (à deux ou trois plans près).
La section
bandes annonces est à l'image de cette édition, soignée. Deux teasers (dont le premier assez méconnu car très vite remplacé lors de la promo par le deuxième) et la bande annonce. Si tous les trois sont encodés en 5.1 et en 16/9, seule la BA offre le format respecté en cinémascope (les deux autres se rapprochant plus du 1.85).
Les
Filmographies possèdent une charte graphique très convaincante avec le visage des acteurs et du réalisateur dessiné sur des esquisses accrochées par une pince à un fil (faisant ainsi directement référence à une scène du film). Sont concernés ici Samuel Le Bihan, Vincent Cassel, Emilie Dequenne, Monica Bellucci, Jérémie Rénier, Mark Dacascos et donc Christophe Gans.
La légende (17' 50) constitue l'occasion d'un cours d'histoire salutaire sur les véritables méfaits de la bête du Gévaudan et du mystère qui entoure son identité. Pour nous éclairer sur le sujet, Michel Louis, naturaliste ayant fait des recherches méticuleuses sur la bête. Si certains éléments du film s'avèrent proches de la réalité, l'homme confirme que le reste (principalement la deuxième partie comme le rappelle la voix of dans le film) n'est que pure spéculation de la part de Gans. Donc, pour savoir la vérité, précipitez-vous sur cette interview certes une peu longue mais o combien pertinente.
Contrairement au troisième disque (avec son script annoté), la section DVD-Rom de cette édition n'est pas très intéressante avec un lien vers le site du film ainsi que l'accès aux dossiers de presse français et anglais.
Les fans du film ou les collectionneurs dans l'âme se dirigeront sans aucun doute vers l'édition collector (s'ils arrivent à se la procurer, ce qui est loin d'être évident vu le nombre finalement assez restreint, 70 000 ex). Les autres auront largement de quoi s'enthousiasmer avec l'une des plus belles éditions de l'année, une édition qui réussit l'exploit de captiver et ce même si on n'a pas été emballé par le film. Fort !
Critique technique par Laurent Pécha