Après une première vague en décembre 2001 (3 éditions différentes), voici que débarque une nouvelle édition de
Pearl Harbor. Et cette fois, c'est juré, c'est la dernière. Pour preuve, son intitulé : Pearl Harbor Anthologie. Pour ceux qui apprécient le film, voici en détails les raisons qui vont vous pousser à repasser en caisse.
Tout d'abord, il s'agit d'une
version director's cut du film. Si le métrage n'est finalement pas beaucoup plus long que le précédent montage (à peine plus de deux minutes, soit 177 minutes), c'est aussi parce que Michael Bay a substitué des séquences. Ainsi durant les scènes qui précédent le raid sur Tokyo, on découvre principalement deux séquences mettant en avant le personnage truculent de Doolittle (excellent Alec Baldwin). Le reste du temps, les ajouts proviennent de plans violents et même bien gore lors de l'attaque de Pearl Harbor. Comme il l'explique dans son commentaire audio, Michael Bay a du livrer au studio un film classé PG-13 (au vu du budget pharaonique du film, c'était la moindre des choses pour espérer une rentabilité) et donc la plupart des images choquantes a du passer à la trappe. Désormais, elles sont réintégrées dans cette version. En revanche, elles n'apportent quasiment rien et elles s'avèrent déstabilisantes car absolument pas en osmose avec le récit. Alors que par exemple, Spielberg avait su parfaitement intégrer cette violence graphique dans son
Soldat Ryan, les plans gore de Michael Bay semblent être uniquement là pour rappeler que la guerre c'est horrible mais de façon quelque peu laborieuse (un plan d'une seconde par là puis quelques minutes se passent et hop un autre plan choc pour ne pas qu'on oublie la monstruosité de la situation). Pour les amateurs d'effets spectaculaires, vous aurez donc le droit entre autre à un gros plan sur une tête décapité, un corps qui explose en deux, des rafales de balles qui déchiquètent des soldats, un officier qui tente de remettre ses tripes en place ou encore un gros plan sur un pied et une main gisant sur le sol de l'infirmerie. Bref, vous l'aurez compris, peu de chance pour ceux qui n'ont pas aimé le film en salle de l'apprécier dans cette nouvelle et ultime version. A noter que ce montage est ici présenté sur deux disques (pour des raisons de place, la piste DTS française étant gourmande) et que la coupure (prévue par Bay lui même, histoire de donner à son film un cachet grande fresque hollywoodienne) se situe à la 124mn 36, soit juste après l'attaque et le discours de Roosevelt demandant au congrès américain de déclarer l'état de guerre.

Les menus des quatre DVD possèdent une iconographie similaire et fort jolie. Sur des couleurs sépias, on est surpris (agréablement) de constater que les différents menus sont tous basés sur des décors d'intérieur, une chambre avec son rideau pris par le vent, le comptoir d'un bar,... (à aucun moment, il n'y a de référence explicite à l'attaque si ce n'est le son de sirènes d'alarme). Un mot également sur l'habillage particulièrement soigné et original de cette version Anthologie : Son étui "cuir vieilli", risque fort bien d'affoler les collectionneurs.
DVD 1Le premier des quatre DVD propose comme unique supplément des
commentaires audio (Vost). Pas moins de trois pistes sont disponibles (ce qui fait tout de même la bagatelle de 708 minutes de visionnage si vous regardez le film puis écouter les commentaires en intégralité). Au vu du nombre de blancs (certes jamais très longs) et de propos parfois peu pertinents, on aurait aussi bien pu avoir un seul commentaire regroupant les interventions les plus brillantes des différentes personnes. Tant pis, au lieu d'avoir un commentaire formidable et incontournable, on se retrouve avec trois pistes digne d'intérêt mais avec sur la longueur des moments faibles.
Les premiers intervenants sont Michael Bay assisté d'une historienne du cinéma et accessoirement l'ancienne prof du réalisateur (Jeanine Basinger). C'est dire que cette dernière n'arrête pas de féliciter son poulain comme lorsqu'elle le congratule d'avoir su montrer pour l'une des rares fois à l'écran des infirmières sous le feu des balles (!). Heureusement, la teneur des propos de Michael Bay s'avère surprenant et digne d'être écouté. Tout simplement parce que contre toute attente, le réalisateur s'évertue à parler du film et de son rapport avec l'Histoire et finalement assez peu de l'aspect technique du tournage (laissant ça fort justement aux multiples making od présents sur les autres DVD). Les événements du 11 septembre sont souvent évoqués (comme d'ailleurs sur les autres pistes), le commentaire ayant été enregistré 250 heures après les attentats (dixit Bay au début du film).
Sur la deuxième piste, on retrouve un enregistrement séparé de Jerry Bruckheimer, Alec Baldwin et le duo Ben Affleck-Josh Hartnett. Bruckheimer remplit jusqu'au bout parfaitement son rôle de producteur en s'évertuant à expliciter les multiples procédures, autorisations et autres efforts logistiques pour mettre en branle un tel monumental projet. Concernant Alec Baldwin, il faut scruter ses rares interventions même si il apporte quelques remarques amusantes comme lorsqu'il compare l'éclairage rougeâtre dans le porte avion à celui de
A la poursuite d'Octobre Rouge. Quant aux deux héros du film, ils commentent relativement bien ce qui se passe à l'écran et sont même surpris de constater l'apparition de scènes et surtout plans qui ne figuraient pas dans la première version (voire leur dégoût sur le gros plan du pied et de la main lors du passage à l'infirmerie).
Le dernier commentaire est avant tout réservé aux férus de technique, ceux qui apprécient le moindre détail sur la création d'un film. La parole est effectivement donnée au directeur de la photo, au chef décorateur, au chef costumier, au directeur artistique et au compositeur Hans Zimmer. Pas inintéressant mais étant donné l'aspect pointu des propos et parfois les silences, il sera judicieux de changer de piste pour relancer l'intérêt. Car, et c'est une excellente nouvelle, le DVD offre la possibilité de changer de piste et de sous-titre à la volée. Ce qui permet en plus aux anglophones d'écouter une piste et de sélectionner les sous-titres d'une autre (le gain de temps étant alors inestimable).
DVD 2En dehors de proposer bien évidemment la suite du film (et donc des commentaires audio), ce second disque permet de commencer à décortiquer les secrets de fabrication de
Pearl Harbor. On y retrouve en effet le bonus déjà présent sur les éditions précédentes (la collector et la commémorative) à savoir
Une odyssée cinématographique : le making of de Pearl Harbor (47mn 28, Vost). Ce making of alterne des moments intéressants (les images montrant le tournage de l'attaque, principale axe du reportage) avec des interventions souvent risibles car faites sans aucune subtilité des acteurs et surtout des vétérans ayant vécu le bombardement. Quand on arrive à passer outre ce patriotisme exacerbé et cette volonté de justifier sans cesse l'existence du film pour des raisons d'intérêt national, le document possède des attraits comme de voir l'infrastructure et la préparation monstrueuse que nécessite un tel tournage (mais ces éléments seront encore mieux détaillés dans le disque 3). Parmi les moments marquants d'un making of mal construit (la voix off se répète continuellement, il n'y a aucune réelle progression et cela sent surtout la promo,...) celui où le premier assistant réalisateur explique à l'équipe et aux acteurs avec son microphone la succession des explosions et les endroits où elles vont avoir lieu ou encore la façon dont a été appréhendé le cadrage des séquences pour tenir compte des futures incrustations par ordinateur pour transformer un raid aérien de neuf avions en une armada de plus de 250 zéros.

Deuxième bonus de ce disque : la
bande-annonce cinéma (2mn 26) du film malheureusement présentée en VF Dolby Surround, au format respecté scope mais avec un encodage 4/3.
En
bonus caché (une petite étoile se cache à droite de l'icône bande-annonce), on trouve un mémorable bêtisier (Vost) de 9mn 37 (en fait plutôt 7mn car la fin du document est un montage d'extraits du film) qui si on fait abstraction de la teneur dramatique du récit, s'avère franchement hilarant notamment une parodie de
Armageddon faite par Ben Affleck et Josh Hartnett dans le rôle de Liv Tyler.
Un gros bémol à adresser à l'éditeur : Alors qu'on aurait aimé que l'insertion du DVD permette de démarrer automatiquement la suite du film, il faut se farcir au contraire les menus relativement lent à s'afficher pour sélectionner l'icône du film et pouvoir enfin regarder la suite du film. Pour ceux qui connaissent, le temps d'attente devient même supérieur à la bonne vieille époque du LD (sans même tenir compte du lecteur de LD double plateau).
DVD 3LE FILMJournal de la production (Vost, 63mn 17) : Encore plus complet que le making of du disque 2 (d'ailleurs la plupart des images de ce document sont repris ici), cette section permet d'assister au tournage des principales scènes d'action du film (essentiellement l'attaque de Pearl Harbor) avec souvent la possibilité de sélectionner en option le commentaire audio de Michael Bay (Vost). Si on avait été impressionné par le précédent making of, on est ici véritablement bluffé par cette série de reportages condensés qui nous plonge littéralement au coeur de l'action, en spectateur ultra privilégié, forcement admiratif du travail COLOSSAL pour arriver à organiser un tel tournage. Bref, une section qui réussit le tour de force a être plus intéressante à regarder que le film lui même. Au programme : Attaque aérienne (7mn 55), Destruction des navires (6mn 20), Simulateur de naufrage (7mn 11), Dorie Miller (tournage de la scène où Cuba Gooding Jr. utilise l'énorme mitraillette, 6mn 47), Explosion à retardement (7mn 24), Attaque au sol (7mn 43), Infirmières en danger (4mn 01), Cascade explosive (5mn 13), La riposte (6mn 46 consacré au raid sur Tokyo) et La fin de l'Arizona (3mn 57 sur l'épave du navire que Michael Bay, à l'instar de son grand " ami " James Cameron pour le Titanic, est allé filmé histoire d'insérer les plans nostalgiques que l'on voit à la fin du film).
Montage super 8 (4mn 38 tout en musique) : Pendant le tournage, Mark Palansky, conseiller de Michael Bay, fut chargé de filmer en super 8 ce qui servirait ultérieurement comme source d'images d'actualités de la marine (?). Ce document nous propose de découvrir l'intégralité de ce qui a été filmé. Bref, c'est Pearl Harbor en noir et blanc vieilli un peu comme si quelqu'un avait filmé les différents moments de l'attaque. C'est fou d'ailleurs comme certaines séquences paraissent plus fortes que dans le film.
Faith Hill Music Video : une édition Anthologie ne pourrait décemment pas s'appeler ainsi sans la présence de l'incontournable clip vidéo. Le titre de la chanson : " There You'll Be ". Chose rare et bien appréciable : le mixage est en DD 5.1.
L'HISTOIRE
Après avoir découvert l'envers du décor du tournage, il est grand temps de vérifier la conformité des faits relatés avec ce qui s'est vraiment passé. Si bien sûr, on n'a toujours aucun document du point de vue japonais (d'ailleurs l'exécrable reportage, La réponse japonaise présent sur les éditions collector précédentes, a disparu et on ne peut que s'en féliciter), cette section nous permet de découvrir en détails le véritable déroulement du raid sur Tokyo et ses néfastes conséquences pour une partie des pilotes embarqués dans cette périlleuse mission.
Une heure à Tokyo (Vost, 45mn 52) est un reportage produit pour la chaîne américaine, History Channel qui retrace donc le bombardement de Tokyo effectué en 1942 par Doolittle et ses 79 hommes. Si bien sûr, le document est souvent très patriotique, la teneur des propos et des événements tragiques évoqués (notamment le sort des huit membres de l'expédition capturés par les japonais) arrive à faire passer la pilule.
Mémoire collective : Souvenirs d'une infirmière de Pearl Harbor (5mn 43, Vost) : Il s'agit d'une lecture du témoignage du lieutenant Ruth Erickson, infirmière de la marine en poste à Pearl Harbor le 7 décembre. Cette lecture est accompagnée d'un montage de photographies d'époque.
CHRONOLOGIE INTERACTIVE
Le choc des cultures : De Perry à Pearl Harbor constitue un bonus aussi original qu'instructif. Utilisant à merveille les possibilités techniques du support, il nous propose de naviguer sur une échelle chronologique (animation et graphisme superbes) qui démarre de 1846 pour aller jusqu'au 7 décembre 1941 avec de nombreux arrêts où l'on peut sélectionner des documents vidéo nous relatant les relations historiques entre les Etats-Unis et le Japon. Se faisant, on découvre fasciné tous les éléments, les prémices qui ont finalement amené à l'affrontement des deux nations. Ce document épatant dispose d'un index judicieux aux titres évocateurs : La découverte (1846-1870), L'impérialisme (1871-1905), La fin de l'ancien ordre (1906-1919), Jazz, avions et New Deal (1920-1933), et La danse de la mort (1934-1941). Pour ceux qui n'aiment pas trop manipuler la télécommande et qui sont pressés de visionner le bonus en question, l'éditeur a pensé à tout avec la possibilité de voir le document d'une seule traite. Durée de cet incontournable supplément : 68mn 52 (VF ou VO).
DVD 4
EFFETS VISUELS
Séquence de l'attaque - version interactive (Vost, 27mn 44) : Préparez-vous à utiliser votre télécommande. Pour l'image, on a le droit à quatre angles : le film, le tournage, le story-board & animatiques et enfin une mosaïque reprenant les trois angles précédents. Pour le son, c'est encore mieux puisqu'il y a 7 possibilités : la piste du film en DD 5.1, celle du tournage, la musique isolée, les bruitages isolés, le commentaire du superviseur des effets visuels Eric Brevig, celui du dessinateur de story-board Robbie Consing et enfin celui des survivants de Pearl Harbor. Attention aux manipulations car si les commentaires sont bien sous-titrés, lorsque vous changez de piste à la volée, vous devez également sélectionner le bon sous-titrage. En tout cas, un bonus superbement aboutie qui ravira les DVDphages qui veulent en savoir toujours plus sur la conception d'un film.
Analyse de la destruction (21mn 26, Vost) : Explications des effets visuels par Michael Bay et Eric Brevig, réalisateur de seconde équipe et superviseur des effets spéciaux. Document extrêmement plaisant à regarder, l'écran étant souvent divisé en deux permettant de voir les deux intervenants commentés les images. Les informations techniques fournies sont de plus toujours particulièrement claires et détaillées et souvent accompagnées d'une pointe d'humour non négligeable.
Animatique de l'attaque (5mn 46, Vo) : Avant même que le script soit écrit, Michael Bay et une équipe d'artistes ont prévisualisé la séquence de l'attaque au moyen d'animatique (images en 3D créées par ordinateur) ainsi que celle du raid sur Tokyo. C'est grâce à ce document qu'ils ont su convaincre l'armée américaine de participer à l'élaboration du film. Dommage en revanche que le commentaire de Michael Bay et ses collaborateurs ne soit pas sous-titré.
ALBUM
Une section d'une richesse imposante. 6 rubriques elles mêmes divisées en de nombreuses sous-rubriques. Résultat, il faut des dizaines de minutes pour parcourir et admirer des centaines de clichés et autres dessins et croquis qui permettent de faire le tour du processus de production du film (même si de nombreuses sous-rubriques s'avèrent trop succinctes). A noter que chaque " image " est présentée dans une taille conséquente permettant de bien en apprécier les détails.
Direction artistique : La base aérienne (13 dessins), L'hôpital (7), La Maison Blanche (5), le Japon (4), Les navires (11), Le club new-yorkais (3) et La conception des costumes (4).
Promotion : Bannières (9) , Affichages abribus (7) , La sortie japonaise (11 avec cette fois l'ajout de flammes bien rougeâtres sur les affiches), Photos d'exploitation (17) et Affiches américaines (6).
Historique : 41 photos d'époque (ça ne s'invente pas !). Story-board : La quasi intégralité du story-board de l'attaque de Pearl Harbor. Soit plus d'une centaine de dessins.
ILM : Seulement 5 photos du personnel d'ILM en plein travail. Effets spéciaux de maquillage de Stan Winston : Ames sensibles s'abstenir. 25 photos du travail du maître sur les différents corps mutilés qui ont servi pour la version director's cut présente sur cette édition.
CAMP D'ENTRAINEMENT
Comme désormais tout film de guerre qui se respecte doit justifier que ses acteurs principaux ont souffert pour apprendre à se comporter en véritables soldats, cette section propose les images de leur entraînement. D'un côté la version hard (15mn 53, Vost) pour jeunes bleus qui se font constamment mal menés par leur sergent en chef : Josh Hartnett, Ben Affleck (qui sur plusieurs plans montre à quel point il est " ravi " d'être là) et Ewen Brenner et de l'autre la version cool (6mn 08, Vost) pour officiers où entre deux manoeuvres Alec Baldwin amuse la galerie.
Dernier bonus caché (à droite de l'icône bonus 1er partie, toujours une étoile rouge) : les (longs) crédits du DVD.
Moralité mais bon nombre l'ont déjà compris à leurs dépends : Dans l'univers du DVD, il faut souvent faire l'effort d'attendre la " bonne " édition. Pas de doute à avoir ici, la " bonne " édition de Pearl Harbor, c'est bien celle-ci. Le nom " anthologie " est plus que mérité.