Pour illustrer un uppercut de cette ampleur, il ne fallait pas des modules de rien. Avec sobriété et rigueur, les bonus se divisent en suppléments tantôt didactiques (pour cerner les enjeux et l'horreur du contexte) et tantôt artistiques (pour comprendre comment un réalisateur réussit à obtenir de telles fulgurances que ce soit dans la réal ou la direction d'acteur). En offrant des suppléments adéquats et synchrones avec le film, l'éditeur Potempkine ne s'est pas moqué du monde ni même du premier film dont il s'occupe. Coup d'essai, coup de maître.
Bonus Archives Les pertes humaines en Biélorussie
Faisons court pour éviter le pathos: ce bref documentaire d'environ cinq minutes (extrêmement douloureux) commence par des images muettes de souffrance. De cadavres d'enfants et d'adultes. D'un village incendiée par des troupes allemandes. Il s'agit de prises de vue faites à Sossino par T. Krylova et B. Schneidérov dont le but est de rendre compte de l'atrocité des événements. Afin de rappeler à quel point la fiction (Requiem pour un massacre) est proche de la réalité (le portrait du jeune rescapé est similaire de celui que le réal fait du protagoniste).
L'offensive des partisans en Biélorussie
Comme le titre l'indique, des images d'époque rappellent les origines du conflit de manière extrêmement didactique. C'est un habile complément au film lui-même qui privilégie une dimension sensorielle, humaine et traumatisante.
Bonus entretiens
Interview du réalisateur Elem Klimov, de l'acteur Aleksei Kravchenko et du directeur artistique Viktor Petrov
Il y a tout d'abord un entretien récent avec le cinéaste Elem Klimov qui revient sur son chef-d'oeuvre avec autant de précision que d'humilité. Dans un premier temps, il détaille l'origine du titre "Come and see" (le film devait originellement s'intituler "Tuez Hitler!"), trouvé au moment où ils eurent l'autorisation de revenir sur ce sujet, qui provient de l'Evangile et en feuilletant l'Apocalypse, les révélations de Saint Jean et il est tombé sur l'Agneau qui ouvre le premier sceau et la voix de tonnerre assénant "Va et regarde" comme un leitmotiv, à quatre reprises. Le film est né du sentiment de culpabilité du réalisateur qui regrettait de ne pas avoir fait "son" film sur la guerre. Enfant natif de Stalingrad, il a connu les bombardements, la traversée de la Volga, l'exode vers l'Oural avec sa famille. Il se souvient d'un Stalingrad en flamme. De réservoirs bombardés laissant échapper du pétrole, déversés dans un fleuve brûlant. Sa mère veillait sur lui; son père, lui, combattait à Stalingrad. Il découvre l'enfer s'ouvrir sous ses pieds. Ces visions hallucinées l'ont poursuivi toute son existence. La seconde raison pour laquelle il a réalisé Requiem pour un massacre vient de l'impression persistante d'assister incessamment sous peu à une troisième guerre mondiale (le film est tourné au moment le plus critique de la Guerre Froide). Les gens autour de lui craignaient une catastrophe universelle.
La dernière vient d'une insatisfaction laissée par son précédent film, L'agonie, admiré par les critiques de l'époque mais descendu en flèche par le réalisateur lui-même qui explique dans l'interview, de manière très critique, les raisons d'une telle détestation. Ces trois éléments (la guerre, le sentiment d'une apocalypse imminente, l'envie de surpasser) l'ont poussé à s'orienter vers Récit de Khatyne, une nouvelle de Ales Adamovitch qu'il ne connaissait pas. Il la lit d'une traite, découvre une description saisissante des années d'occupation et du génocide biélorusse et décide de partir de cette substance pour créer un récit d'une même force. Il trouve un acteur de quinze ans pour endosser le rôle principal. Le résultat est une telle épreuve que le cinéaste n'a plus jamais pu réaliser un autre film.
L'acteur revient souriant sur l'expérience en revenant sur les passages les plus intenses, en évoquant sa relation privilégiée avec le réalisateur et la manière dont il s'est fait repéré (en faisant pleurer toute l'équipe du film). Le décorateur explique les parti-pris du cinéaste qui voulait à tout prix que le résultat sonne comme un documentaire, justifiant ainsi le choix d'une image achromatique et à peine teintée.
En adéquation aux deux commentaires précédents qui reviennent plus sur les conditions de tournage, le décorateur ajoute l'importance sacrée du chef-op et de ses prises de risque en trimballant la Steady Cam sur ses épaules d'un bout à l'autre du film. Mais les difficultés rencontrées ne pouvaient entacher l'envie de réaliser un film salutaire et utile. Pouvaient-ils prévoir à l'époque qu'ils réaliseraient tous ensemble l'un des plus grands films de guerre de l'histoire du cinéma?