A noter que le film est proposé dans sa version courte, ce qui pourra en décevoir certains. On pourra objecter qu'il s'est toujours agi du montage de référence.
Commentaire audioComme souvent chez Warner, il n'est hélas pas sous-titré. Il faut donc comprendre la langue de Shakespeare pour y glaner quelques informations. Le cameraman Garrett Brown inventeur de la steadicam (qui officia également sur
Rocky) et l'historien John Baxter partagent leur points de vue. Le premier évoque sa technique, les engins qu'il a inventés pour filmer, la volonté du réalisateur de tout maîtriser, la manière de tenir la caméra parfois pendant 40 prises. Le second replace le film dans la vie et l'oeuvre de Kubrick, ce qu'il représente pour lui (les problèmes avec la figure du père, les grosses divergences entre le film très psychologique et freudien et le roman original qui s'en tenait à l'hôtel hanté). Le nombre hallucinant de prises que Kubrick exigeait est également évoqué (147 prises pour un gros plan lors du dialogue entre le cuisinier qui connaît le " Shining " et Danny). Il fallait pour les acteurs " s'abandonner à Stanley " qui voulait explorer toutes les possibilités et le encourager à aller loin, à exagérer leur jeu (ce qu'il a fait avec Nicholson), à dépasser de très loin le temps de tournage prévu (la fatigue se lisant sur le visage des acteurs). Un fait important est souligné: le film est fait dans la réalité, sans effets spéciaux spectaculaires. On ne tombe jamais dans le piège de paraphraser l'image mais on prend connaissance de la manière dont l'oeuvre s'est faite et dans l'intimité de ce qu'elle représente (pour Kubrick, les acteurs, les spectateurs) à travers ces deux intervenants très complémentaires.
Les coulisses de Shining (30mn)Divisé en plusieurs parties, consacrés à l'Overlook, à la conception du décor, puis on en vient au tournage en lui-même, aux acteurs et enfin à la nature du mal qui est décrite dans le film. Beaucoup d'informations sont déjà connues par les anglophones qui ont pu écouter le commentaire audio, mais c'est un plaisir de les voir illustrées (et sous-titrées). On y évoque donc de nouveau la conception de l'hôtel, l'approche psychologique de Kubrick, la raison pour laquelle il faisait de nombreuses prises pour obtenir exactement l'émotion qu'il voulait. On a une idée de sa façon de travailler, à la fois extrêmement technique et précise en même temps qu'une sorte d'exploration cinématographique, pousser à bout le jeu des acteurs pour voir ce qu'il y a au delà. La méticulosité et la précision de Kubrick prennent alors tout leur sens, il est en perpétuelle recherche.
La vision de Kubrick (17mn)On y évoque la précision de la composition de l'image, l'attention aux détails, le décor paisible en contradiction avec l'horreur de l'histoire. La terreur vient des personnages, de leur vie intérieure, en opposition totale avec leur environnement jusqu'à l'irréalité de la neige et du brouillard. La steadicam influence fortement le point de vue du spectateur. Kubrick a une sensibilité de grand photographe alliée à l'habileté d'un joueur d'échec. Ici, c'est cette patte que les intervenants (Friedkin, Pollack, Spielberg, Lucas entre autres) mettent en avant (les zooms, les objectifs larges pour rendre l'environnements des personnages, le sens du mouvement). Sa grammaire de cinéma est ici mise en avant de manière accessible et efficace.
La production de Shining - reportage TV de 1980 (33mn)Le documentaire est assez connu. Il est présenté ici, comme dans l'édition précédente avec un commentaire de sa réalisatrice, la fille du réalisateur Vivian Kubrick. Il est un très bon making of qui permet de voir Kubrick au travail (son exigence, sa concentration), la décontraction de Nicholson, l'épuisement de Shelley Duvall (des moments de tension entre elle et le réalisateur, comme on en a rarement vus. Il est d'ordinaire convenu que tout se passe idéalement). Le commentaire non sous-titré de la réalisatrice est disponible et livre un regard tendre et bourré d'anecdotes sur le tournage, elle était alors très jeune et on la sent extrêmement impliquée et concentrée sur ce projet. Tout ça donne un aperçu de l'ambiance qui régnait sur le plateau, même si son calibrage pour la télévision se fait encore ressentir, on aurait aimé en voir davantage.
Wendy Carlos, compositeur (7mn30)Elle évoque sa collaboration avec Kubrick avec une introduction assez ambivalente. Elle fait écouter ensuite des morceaux qui ont été laissés de côté dans le montage final de
Shining et celui d'
Orange mécanique. Le module est intéressant car la musique est primordiale dans les films de Kubrick, on ressent également une certaine amertume qu'ont parfois les collaborateurs du metteur en scène quand leurs projets n'étaient finalement pas retenus.