Si on excepte deux bandes-annonces (une censurée, l'autre non) sur le premier disque, les bonus du dvd se retrouvent essentiellement sur le second dvd qui, effectivement, tiennent leurs promesses. Avec en fond sonore la bande-son du film, les modules proposent de poursuivre l'aventure Shortbus. Ils sont fractionnés en quatre parties précises:
Scènes coupées
Elles sont disposées sur une carte géographique où par une simple pression, on peut accéder à des scènes coupées explicites telles que "Le mec de Marlboro a des nibards" ou "Tu devrais moche gamine, si on n'a pas amusé de toi". Ces scènes sont accompagnées de commentaire-audio (souvent drôles) où le réalisateur revient avec ses comédiens.
Making of
Mettre sur pied un film culte ne s'exécute pas en deux temps trois mouvements. John Cameron Mitchell a travaillé sur le projet Shortbus immédiatement après avoir achevé la tournée promotionnelle de Hedwig and the angry inch, son premier long métrage. L'expérience a été si intense qu'il n'avait plus envie de se mettre en scène mais de parler de lui et des autres à travers une chronique polyphonique où des personnages, liés ou défaits, éprouvent la difficulté d'aimer de nouveau dans un New York meurtri. En arrivant en Europe, John Cameron Mitchell s'est rendu compte que beaucoup de films traditionnels parlaient d'une sexualité explicite en assimilant le plaisir à la culpabilité. En réalisant Shortbus, il a essayé de détruire cette image en utilisant la sexualité comme la musique dans Hedwig and the Angry Inch. Tout est parti d'une petite annonce glissée sur le web où les participants devaient être majeurs et envoyés une vidéo d'eux en train de faire l'amour. A partir de là, ils ont crée l'histoire ensemble. Les méthodes ne sont pas si éloignées d'une émission de télé-réalité mais l'aboutissement est infiniment plus stimulant. Avec John Cameron Mitchell, le réalisateur, présent à toutes les étapes, la directrice de casting Susan Shopmaker s'est occupée du recrutement en regardant scrupuleusement toutes les vidéos envoyées. Le making-of propose de découvrir les vidéos des futurs acteurs qui montrent une certaine faculté à disserter sur la sexualité sans complexe. Certains ont fabriqué de fausses publicités ou imité Gwyneth Paltrow recevant un Oscar avec une perruque là où d'autres se sont contentés de raconter leurs premières relations sexuelles. Sur 500 candidatures, 40 acteurs ont été rappelés pour passer des auditions consistant à regarder ces vidéos. Lors du visionnage, le cas de Jonathan Caouette est évoquée: cet artiste autodidacte a passé sa vie à se filmer depuis l'âge de 10 ans. Il en a tiré Tarnation, un film fabuleux co-produit par Mitchell qui pourrait bien être celui d'une vie. Après cette audition, Cameron Mitchell a composé un tableau d'affectivité pour réunir les gens qui s'attirent le plus. Chaque intervenant devait dire ce qu'il pensait de la vidéo de l'autre. En fonction des réactions, il les réunissait et parfois la réunion de deux personnages en faisait sauter un. Certains acteurs professionnels ont également participé au casting en connaissance de cause (l'aura culte de John Cameron Mitchell depuis Hedwig and the angry inch), mais ils ont tous été écartés parce qu'ils craignaient pour leur image - selon eux, le fait de tourner des scènes pornos risquait de compromettre leur carrière. C'est pourquoi il s'est focalisé sur des amateurs pas guindés ni coincés. La seule célébrité étant Sook-Yin, la jolie asiatique qui est connue au Canada pour être une animation radio très populaire. L'annonce de sa participation au film s'est faite à travers les médias provoquant une controverse inattendue dans la station radio où elle officiait. Soutenue par des personnalités comme Gus Van Sant, Yoko Ono, Francis Ford Coppola, Julianne Moore et Moby, elle a rejoint l'équipe de Shortbus sans la moindre hésitation.
Après cinq jours d'improvisation, neuf acteurs ont été choisis. Nous sommes en mai 2003. Avant de venir travailler à l'atelier, ils doivent tous faire un test de dépistage. Les premières angoisses des acteurs sont les risques de potentielles maladies et, surtout, savoir avec qui ils vont baiser. Mais la joie d'être réuni pour concrétiser un projet robuste (parler de la sexualité des New-Yorkais d'aujourd'hui) a pris le pas sur l'anxiété. Afin de mettre tout le monde à l'aise, Cameron Mitchell organise de fausses conférences de presse pour présenter les rôles et demande à zapper les questions primesautières pour attaquer la nature même du sujet avec des implications factuelles. C'est à partir de cet atelier qu'il rédige un premier scénario en s'appuyant sur les personnalités respectives des acteurs. Ça explique pourquoi les acteurs sont si convaincants: ils ne jouent pas parce qu'ils sont les personnages. La mélancolie de l'un, le côté blasé de l'autre. Attentif et précis, Cameron a repéré les traits de caractère et, en apportant un regard tendre et bienveillant, les a amplifié pour qu'il y ait une mutation psychologique. Ils se retrouvent un peu moins d'un an après pour tout superviser lors d'un dernier atelier. Les acteurs se connaissant mieux, ils ont pu créer une sphère d'intimité. Au même moment, deux acteurs abandonnent le projet. Ce qui aurait pu créer des tensions ne fait que ressouder les liens, sans doute parce que les acteurs ont senti l'honnêteté du réalisateur. Petit à petit, le monde de Shortbus se crée et les acteurs découvrent l'excitation de se donner corps et âme dans un film. On suit le parcours du film jusqu'au festival de Cannes où la présentation en sélection (mais hors compétition) a été chaleureusement accueillie par le public et la presse. Etalé sur environ 30 minutes, le résultat est drôle, mélancolique, très touchant, universel... et fait du bien partout.
Comment filmer le sexe
Ce supplément s'intéresse aux scènes orgiaques dans le Shortbus où ceux qui n'ont pas eu leur dose d'érotisme à l'écran dans le film ont l'occasion de voir tous les sexes et tous les détails (dont la présence du réalisateur dans la foule qui avait besoin d'appartenir à son film mais qui avoue au final ne rien avoir ressenti en partouzant avec les comédiens).
Le Shortbus en live
Concert sur la plage du Martinez au festival de Cannes où tous les comédiens viennent couronner le succès de Shortbus. Ils ont électrisé la croisette en entonnant notamment dans un doux état de mélancolie le thème principal In the end. Ceux qui étaient présents à cette soirée (nous en étions) s'en souviennent encore. Un délice, pour ceux qui aiment cette drôle de bande.