Une édition particulièrement riche en intérêt, essentiellement en raison d'un commentaire audio passionnant.

Commentaire audio de Richard Fleischer et de Leigh Taylor-Young : ni sous-titré ni doublé. On l'a écouté en v.o. donc... mais le procédé est tout de même scandaleux : Warner aurait dû se donner la peine de le sous-titrer dans chacune des langues dans laquelle le film est doublé ou sous-titré. Car il est, hélas pour les non-anglophones, souvent passionnant. On y apprend que le montage des photographies du générique ne fut pas réalisé par Fleischer mais avait pour but d'évoquer dynamiquement l'histoire industrielle, économique, sociale des origines des USA jusqu'à la période où le film est censé se passer. Fleischer se garde bien de préciser qu'elle est, certes, remarquablement montée mais pas très originale : Cornel Wilde avait déjà fait quelque chose de semblable dans le générique de No Blade of Grass [Terre brûlée] (GB 1970) en moins ample mais en tout aussi percutant. La scène où Charlton Heston et Robinson mangent un repas " normal " de l'ancien temps fut rajoutée par Fleischer avec l'autorisation du producteur Walter Seltzer. Elle ne figurait pas dans le script. Fleischer était particulièrement satisfait d'avoir montré un futur où les races cohabitaient harmonieusement et il regrette qu'aucune critique ne l'ait mentionné lors de la sortie du film. Il constate qu'à une époque où le problème racial était crucial aux USA, le public ne broncha pas devant cet aspect " progressiste " du film. Leigh Taylor-Young, qui a travaillé 8 ans à la section " écologie " des Nations Unies, se souvient que 1972 fut l'année de la première conférence mondiale sur l'environnement à Stockholm et que le film est prophétique concernant le réchauffement global de la terre. Fleischer revendique tout du long cet aspect prophétique. Il est fier d'avoir fait le film. Ni lui, ni son ex-actrice, ni la " featurette " ci-dessous ne mentionnent les films anglais ou américains au sujet proche du sien tournés de 1970 à 1973. Ils les oublient superbement. Leight Taylor-Young est sensible à la vision rétrograde des femmes dans le scénario et souligne qu'elle a joué son rôle comme celui d'une " personne cherchant à survivre constamment ". Soin accordé au moindre détail : elle et les autres femmes " meubles de luxe " sont les seuls personnages à ne pas être en sueur parce qu'elles vivent dans un " environnement contrôlé " (= air climatisé). Fleischer demanda à Heston d'incarner un homme relaxé, détendu dans sa gestuelle et cela tout au long du film. Leigh Taylor-Young ajoute que cette notion de détente pour le personnage de Thorn joué par Heston renvoie à la problématique même du film : des êtres humains placés dans une situation inhumaine. Tous deux considèrent la scène du lit entre le policier et la jeune " meuble " comme l'une des meilleures du film car le dialogue y contredit l'action continuellement. Heston sut mettre à l'aise constamment Leigh Taylor-Young (scène de la douche) mais il l'intimidait néanmoins constamment aussi. Fleischer dit son estime pour l'acteur noir qui interprète le rôle du prêtre : il fallait beaucoup de talent pour faire passer la folie et l'angoisse qu'il réussit à transmettre dans la première scène où Heston enquête à l'église. Il explique qu'il tourna la scène d'émeute avec une très longue focale afin de renforcer l'impression d'écrasement des 400 ou 500 figurants qu'on avait mis à sa disposition. Que la scène en question fut l'une des plus complexes qu'il ait eu à tourner dans le film en raison des risques induits par les camions géants. Qu'il utilisa d'assez nombreux cascadeurs. C'est lui qui a inventé les camions : ils n'étaient pas dans le roman ni dans le scénario original. Il en est fier. Que le " Soylent Green " était tout bonnement des... tablettes en bois, repeintes en vert ! La bagarre entre Heston et Connors : pratiquement pas de doublures employées au cours de la scène. Fleischer a eu l'idée de la séquence de la mort de Robinson dans la cafétéria de la MGM où ils prenaient leurs repas. Robinson mettait un point d'honneur à faire la queue devant le comptoir avec les figurants en dépit de son état agonisant. D'où l'idée de le faire arriver devant un comptoir où l'on vient pour mourir " à la carte ". Fleischer précise que les larmes de Heston comme celles de Robinson au cours de la séquence du " cinéma individuel " sont de vraies larmes : ni l'un ni l'autre ne voyaient ou n'entendaient quoique ce soit mais ils ressentaient toute la charge émotionnelle de la scène et ils l'ont magnifiquement transmise. Nombreuses remarques sur l'héroïsme et, d'une façon générale, portrait psychologique très fin de Robinson pendant le tournage. On en arrive aux camions-poubelles : Fleischer répond à Leigh Taylor-Young qui évoque l'idée d'une impersonnalisation de la mort dans le film que cette idée que les morts ne sont plus honorés mais réduits à l'état de déchets est bien celle qu'il a voulu faire passer en employant des camions dotés d'une telle esthétique. Il précise que le " secret " en lui-même a été une modification essentielle faite au roman et qu'il l'a non seulement acceptée mais appuyée. Le romancier ne la commenta pas lorsqu'il vint sur le plateau. La scène de l'usine fut tournée dans une véritable usine désaffectée des environs de L.A., promise à la démolition. Quelques semaines avant le tournage de la séquence, certaines sections en furent rénovées et remises en état de fonctionnement. Le suspense et l'action de cette séquence sont originaux par rapport à la source littéraire, ajoute Fleischer. À ses yeux, cette fin était tout bonnement " logique ", " la seule possible ". Il pense d'ailleurs que son film n'est pas un film de science-fiction à proprement parler mais une hypothèse strictement réaliste d'un futur proche. Que son rôle s'est borné à la rendre " présentable " au grand public avec " réalisme ". Qu'il voulait forcer les gens à penser : " c'est peut-être ce qui nous attend si nous ne prenons pas de mesures pour nous prémunir contre une telle éventualité ". Leigh Taylor-Young constate que le film était très pessimiste mais considère le personnage d'Heston comme une note " optimiste " dans ce noir futur. Les images finales du générique ont pour fonction selon Fleischer de montrer " ce que nous avons aujourd'hui mais que nous pourrions perdre ". Il est heureux du succès critique et public qu'a toujours eu son film. Remerciements mutuels.
Un regard sur le monde de Soleil Vert : " featurette " (petit reportage sur le tournage) d'époque aux formats variés. Durée : 4'50'' Elle est en v.o.s.t.f. et intéressante. On y voit Fleischer diriger la séquence d'émeute et il est passionnant de voir la différence entre le " brut " chaotique du tournage et la perfection de la scène filmée et montée. On y voit aussi l'anniversaire d'Edward G. Robinson. Le commentateur pose trois étapes préalables à Soylent Green dans l'histoire du cinéma américain de science-fiction : les Flash Gordon, le sublime Fordidden Planet [Planète interdite] (USA 1956) de Fred McLeod Wilcox et le 2001 : A Space Odyssey [2001 : l'odyssée de l'espace] (USA 1968) de Stanley Kubrick. Inutile de dire que le rapport est amusant mais assez peu pertinent (le premier film est même l'anti-thèse absolue du Fleischer puisqu'il s'agit d'un " space-opéra " et le second se déroule dans un autre monde que le nôtre même si... !) d'autant que Fleischer lui-même récuse, dans son commentaire, le classement de son film dans la catégorie " science-fiction ". Et qu'il fait l'impasse sur les films aux sujets " écologiquement " proches tournés dans les années 1970 comme les étonnants L.A. 2017 (USA 1970) de Steven Spielberg, No Blade of Grass [Terre brûlée] (GB 1970) de Cornel Wilde déjà cité supra, Zero Population Growth (GB-Danemark 1971) de Michael Campus, THX 1138 (USA 1971) de George Lucas, Silent Running (USA 1972) de Douglas Trumbull. La voix-off du commentateur pose d'autre part Thomas Robert Malthus (1766-1834) comme inspirateur conceptuel du roman et du film, dans la mesure où cet économiste anglais avait établi un rapport célèbre entre l'inadéquation des ressources terrestres et l'expansion démographique humaine dans son Essai sur le principe de population (1798).
Hommage à Edward G. Robinson : Durée : 3'20''. Il contient 30'' identiques à ce qu'on voit dans la " featurette " précédente et est un bien sympathique document sur sa soirée d'anniversaire : il mourut quelques semaines après le tournage. Son dernier rôle lui collait donc à la peau à la perfection et il y est de fait bouleversant. C'était son 101ème. En v.o.s.t.f.
Bande Annonce originale : le terme " originale " est à double sens : c'est le film-annonce américain sans sous-titres, ni doublage. 16/9 durée : 3'20''. Elle est bien trop longue mais est intelligemment centrée sur le thème du secret - mortel - à découvrir. Son slogan : - " What is the secret of Soylent Green ? ".