
Wild Side a peut-être soigné comme à son habitude l'interactivité de ce coffret 2 DVD, mais malheureusement, peu de suppléments ici parviennent à susciter plus qu'un intérêt anecdotique, un comble quand on considère le caractère unique de ce projet à six mains.

On débute sur le disque 1 par une courte featurette (6 minutes) qui se contente de nous expliquer mollement, grâce à un montage alterné entre extraits du film et moments du tournage, le principe de Triangle, à savoir un cadavre exquis successivement réalisé par trois des plus grands cinéastes hong-kongais. Un principe qu'on avait déjà compris en lisant la jaquette... Les quelques interventions face caméra des réalisateurs et des acteurs se limitent à paraphraser l'histoire du film. Quelques bandes-annonces de l'éditeur complètent cette maigre interactivité.

Un peu déçu, on se tourne vers le disque 2, qui propose une version plus longue de huit minutes du film, en réalité celles proposées au festival de Cannes avant sa sortie. Cette version longue se distingue surtout par le montage inaugural inédit qui explique rapidement les situations compliquées dans lesquelles se trouvent nos trois héros : en clair, ils sont fauchés et sont pris dans une spirale qui n'est pas prête de s'arrêter (l'un va vendre sa voiture, l'autre accepte de l'argent de sa jeune fille). Concise, claire, cette première scène explicite un peu trop les enjeux du film tel qu'il va se dérouler ensuite. Le reste des moments inédits sert surtout à mettre en valeur le personnage du flic ripou, et le triangle amoureux auquel il est lié. Rien qui ne justifie toutefois la présence d'un second film entier, quand on connaît les possibilités offertes par le seamless branching.
On pense que les choses sérieuses commencent avec le making-of (19 minutes) intitulé " Exquis cadavre de Hong-Kong ", titre prometteur. Las, en guise de plongée analytique dans l'oeuvre des cinéastes, il ne s'agit ni plus ni moins que d'une retranscription de la conférence de presse donnée à Cannes pour toute l'équipe, gonflée avec de multiples images du tournage, qui donnent toutefois une image contrastée de l'ambiance qui devait régner sur le plateau. Mises côte à côte, les séquences où chacun des trois réalisateurs dirige le casting révèlent discrètement leur méthode de travail, ce qui peut s'avérer réjouissant. Moins heureuses toutefois, ces pénibles séquences d'interviews cannoises, où les intervenants semblent s'ennuyer même quand ils parlent.

Dernier bonus relevant un tant soit peu le niveau, les scènes coupées (16 minutes) se composent principalement de versions allongées de séquences retenues dans le montage final, parfois de quelques plans seulement. On retiendra tout de même la très intense séquence où Simon Yam doit étouffer sa femme en pleine crise d'hystérie pour qu'elle puisse se calmer. Réalisée par Ringo Lam, cette scène déviante détonne dans l'ambiance ouatée du film (le jeu des lumières et du confinement dans le placard de la chambre conjuguale font qu'on se croirait en plein film d'horreur).
Bilan mitigé au final pour cette édition collector attendue : un commentaire audio conjoint des trois metteurs en scène, face au travail de leurs pairs, aurait été plus qu'appréciable, tout comme un documentaire rétrospectif sur leur styles visuels, qui ont fait d'eux les cinéastes de la péninsule les plus reconnus dans le monde, avec bien sûr John Woo.