Catherine Frot a durablement installé son charme mutin dans le paysage cinématographique français. Depuis quelques années, l'actrice est même devenue une valeur sûre sur laquelle un projet peut se monter. Son nom et son visage sont désormais totalement ancrés dans la tête des cinéphiles de tous horizons. A l'occasion de la sortie du film des frères Larrieu, Les derniers jours du monde, elle explore une autre facette de son jeu pour nous surprendre toujours plus. Le "Classe Pas Classe" qui lui est consacré vous permettra d'admirer son parcours...
Les Derniers jours du monde (2009), de Jean-Marie Larrieu : Classe
Une femme frustrée (Catherine Frot), prisonnière d'une étreinte passée, veut connaître l'amour réciproque au moins une fois dans sa vie. Une ex (Karin Viard), naguère engluée dans un quotidien domestique, succombe soudainement à l'envie de baiser en se retrouvant avec son ancien mari dans une chambre où le lit est défait. Un chanteur d'opéra (Sergi Lopez) dissimule son ambiguïté derrière des silences et des désirs d'adolescent dans un corps adulte. Chaque scène de sexe ressemble à un adieu et chaque salve, inspirée, triste ou décalée, donne à réfléchir ou peut-être à aimer.
Le Crime est notre affaire (2008), de Pascal Thomas : Classe
L'une des meilleures adaptations cinématographiques tirées de l'univers d'Agatha Christie, ici portée par un duo d'acteurs au summum de leur talent et un metteur en scène extrêmement méticuleux. Du grand cinéma français !
L'Empreinte de l'ange (2008), de Safy Nebbou : Moyennement classe
Malgré la présence envoûtante de Catherine Frot et la force de Sandrine Bonnaire, L'empreinte de l'ange manque de personnalité et d'envergure. Les bonnes idées sont bien présentes et l'histoire fascinante, mais à trop vouloir jouer la carte du suspense à double tranchant, Safy Nebbou perd le fil de son histoire. On retiendra néanmoins une séquence de ballet plutôt réussie mais sensiblement hors contexte et un final touchant et intelligent. Il est dommage néanmoins d'attendre les vingt dernières minutes du film pour que ce dernier obtienne tout notre intérêt !
Odette Toulemonde (2007), de Eric-Emmanuel Schmitt : Classe
Odette Toulemonde n'a objectivement rien pour être heureuse, tandis que Balthazar Balsan lui en revanche est comblé par la vie. Mais, heureusement, le bonheur ne se trouve pas forcément là où on l'attend. Et quand, ces deux personnages se rencontrent, tout ne se passe pas non plus forcément comme prévu. L'héroïne révèle au fil du métrage une consistance, un don pour les relations humaines et une perspicacité remarquables. Tout en utilisant les clichés, Schmitt évite la caricature de base et dédaigneuse consistant à présenter la ménagère de moins de 50 ans. Catherine Frot rentre parfaitement dans son personnage, dont la complexe simplicité n'est pourtant pas évidente à aborder.
La Tourneuse de pages (2006), de Denis Dercourt : Plutôt classe
Si La Tourneuse de Pages parvient à maintenir un certain suspens quant à la forme que va prendre la vengeance de la jeune fille, la tension n'est pas suffisamment maintenue jusqu'au bout pour que le dénouement de ce duel psychologique, plus subtil que certaines pistes le laissaient craindre, produise tout l'effet escompté.
Le Passager de l'été (2006), de Florence Moncorgé-Gabin :
Le Passager de l'été rappelle à plusieurs égards L'Equipier de Philippe Lioret. Notamment dans cette importance accordée à des évènements passés capables de changer le cours d'une vie. Il ne faut pas s'y tromper, sous ses airs de conte champêtre, c'est une tragédie intense que décrit le film de Florence Moncorgé-Gabin. Un drame rural porté à bout de bras par le talent de Catherine Frot.
Mon petit doigt m'a dit (2005), de Pascal Thomas : Un peu classe
Pourquoi Madame Rose Evangelista a-t-elle prématurément quitté la maison de retraite où Bélisaire et Prudence Beresford sont venus voir leur tante Ada ? Et pourquoi cette vieille dame un peu toquée faisait-elle allusion à un enfant emmuré dans une cheminée ? L'affaire se complique quand, voulant lui restituer un tableau qu'elle avait offert à leur parente, Bélisaire et Prudence s'aperçoivent qu'il est impossible de retrouver sa trace... Un film étrange, mi-réussi (la méchanceté des dialogues, la trame et les acteurs), mi-raté (le reste), méritant peut-être une seconde vision.
Boudu (2005), de Gérard Jugnot : Classe
Ce film ne possède pas véritablement les caractéristiques d'un... film. Il s'agit ici plus d'une pièce de théâtre, montée et jouée de la sorte, avec ses actes, scènes, comédiens, voire entractes (le film accuse quelques temps morts, pas forcément désagréables d'ailleurs). Sauf que Gérard Jugnot filme le tout et dispose de moyens techniques autrement plus conséquents que ceux d'un metteur en scène. Ou quand le cinéma devient théâtre, dans le sens le plus noble du terme. Splendid(e) me direz-vous ? Et bien, sans tomber dans un océan d'éloges dithyrambiques, force est de constater que la mayonnaise prend plutôt bien.
Les Soeurs fâchées (2004), de Alexandra Leclère : Pas classe
La confrontation tant attendue par les admirateurs de Catherine Frot et d'Isabelle Huppert se montre malheureusement peu digne de leurs espérances. Isabelle Huppert manquait-elle de confiance dans le projet d'Alexandra Leclère ? Ou est-ce la réalisatrice qui n'a pas fait preuve de l'assurance nécessaire pour réussir son premier grand rendez-vous ? A moins que le ton employé pour traiter le sujet sensible des conflits familiaux ne soit pas suffisamment affirmé ? Quoi qu'il en soit, et malgré la prestation des talentueux comédiens, on déplore un ennui certain tout au long du film. Encore aujourd'hui, l'humour acide, qui a fait le succès d'Un air de famille, s'avère certainement la meilleure manière d'appréhender le quotidien des troubles familiaux, et c'est précisément ce qui manque aux Soeurs fâchées - un film qui semble se chercher quelque part entre Comédie et Drame sans jamais se trouver.
Vipère au poing (2004), de Philippe de Broca : Assez classe
Catherine Frot peut enfin changer de registre et montrer que sa palette de jeu est bien plus large qu'on ne voulait bien l'imaginer et Jacques Villeret, toujours aussi tendre dans son interprétation, nous livre un bonhomme des plus touchants. Sans relancer la polémique cinéma/littérature, cette adaptation se révèle au final une belle réussite, bien rythmée, à la fois cruelle et tendre, et qui brille par ses comédiens.
Chouchou (2003), de Merzak Allouache : Pas classe
Gad Elmaleh adapte pour la première fois au cinéma l'un de ses personnages les plus célèbres issus de ses spectacles, quelques années avant le navrant Coco. Hélas, même lorsqu'il ne s'auto-dirige pas, Gad Elmaleh ne réussit jamais à retrouver la qualité de ses performances scéniques. Si l'on ajoute à cela un script et une mise en image aussi pauvres que basiques, on assiste impuissant à une énième « comédie » française parmi les plus médiocres de ce début du 21ème Siècle. Toutefois, et en admettant que l'on soit de bonne humeur, on retiendra quelques seconds rôles, relativement prestigieux, d'Alain Chabat à Claude Brasseur, en passant par l'inévitable Catherine Frot. Fidèle à elle-même, elle interprète ici une psychologue au caractère sympathique et enjoué. Ce n'est certainement pas sa meilleure participation (que l'on aurait d'ailleurs aimé plus approfondie), mais elle apporte un réel intérêt (pourtant très mince) au film. Si cela vous tente de découvrir une grande comédienne perdue dans un navet, Chouchou se révèle être l'une des rares casseroles à son actif.
7 Ans De Mariage (2003), de Didier Bourdon : Classe
En 2003, Didier Bourdon réalise ainsi un sacré tournant au sein de sa carrière. Son titre : 7 ans de mariage. Exit la farce lourde et la charge antisociale. Désormais, le couple représente sa principale ligne de mire, sujet qu'il abordera dans chacun de ses futurs longs, notamment dans le dernier-né, Bambou. La tendresse et la sensibilité sont donc de mise. Mariés depuis sept ans, Audrey et Alain s'enlisent dans la routine. Ils ont une petite fille, Camille, et travaillent tous les deux. La vie quotidienne a usé leur désir. Audrey est cassante, rigide, tandis qu'Alain se promène en cachette sur les sites porno. Pour tenter de sauver son couple, il consulte un ami sexologue. Celui-ci lui conseille de mettre en pratique ses fantasmes et de se livrer aux jeux érotiques dont il rêve avec sa femme. D'abord hésitant, Alain va entraîner Audrey dans un univers de luxure fait d'échangisme, de voyeurisme et de sex-shops. Malgré sa méfiance, celle-ci se laisse prendre au jeu. Alain, lui, est vite dépassé par les événements... L'oeuvre demeure certainement l'une des plus inattendues, des plus réfléchies et des plus construites de sa carrière. Il y partage l'affiche avec la remarquable Catherine Frot ainsi qu'avec Jacques Weber (aucune trace d'Inconnus dans le coin) et se concentre sur un sujet beaucoup plus «dur » qu'à l'accoutumée. Avec ce film, Didier Bourdon fait ses véritables premiers pas d'auteur mais aussi de réalisateur, en maniant avec beaucoup d'aisance l'alternance entre rire et larmes. Il le confie d'ailleurs lui-même : « il faut savoir grandir, c'est-à-dire ne plus faire les choses à deux ou à trois, mais tout seul. J'ai eu aussi un nouveau producteur, Charles Gassot. Tout était un peu neuf ; c'est pour ça que je considère ce film comme un premier film. J'y ai beaucoup travaillé ». Et cela ce voit, pour notre plus grand plaisir.
La Dilettante (1999), de Pascal Thomas : La Très grande classe
« J'ai décidé de m'installer définitivement dans le provisoire ». En une seule réplique, le personnage incarné par Catherine Frot résume avec une parfaite minutie un caractère aussi drôle que dramatique, en tous les cas terriblement atypique. Elle incarne en effet une femme d'un certain âge qui, après avoir vécu quinze ans en Suisse, débarque à Paris, chez son propre fils, bien décidée à rattraper le temps perdu. Sans aucun doute, l'un des meilleurs, si ce n'est le meilleur rôle interprété jusqu'à présent par Catherine Frot. Deux ans après Un air de famille, la comédienne remporte une fois de plus l'adhésion du grand public, mais aussi des critiques, par le biais d'un rôle enfin à la hauteur de sa démesure, et devient ainsi l'une des références absolues en termes de comédie. Sorti au beau milieu de l'été 1998 (avec un beau succès à la clef), le film prouva que même les Français avaient encore la possibilité de résister face aux Américains, lors d'une période généralement beaucoup plus faste aux grosses productions étrangères.
Paparazzi (1998), d'Alain Berbérian : Classe
Depuis La cité de la peur, Alain Berbérian est devenu une référence dans la mise en scène de comédies françaises. Certes, il n'atteindra jamais le niveau et le talent d'un Gérard Oury (ou bien, dans un autre style, d'un Claude Zidi), mais force est de lui reconnaître une énergie et un sens du rythme qui lui sont définitivement propres, même si parfois aléatoires. Il est ainsi capable de passer du meilleur (L'Enquête Corse) au pire (L'Île aux trésors). Avec Paparazzi, il signe une comédie plus « virulente » qu'à l'accoutumée, où de nombreuses stars, d'Arthur à Johnny Halliday, en passant par Isabelle Adjani et le « sosie » de Robin Williams, viennent régler leurs comptes avec quelques « journalistes » mal intentionnés. Le résultat s'avère être au final un divertissement assez efficace sans pour autant rivaliser avec une satire véritablement digne de ce nom. Beaucoup attendaient néanmoins un tel résultat. La déception fut donc grande pour une majorité. Aujourd'hui, avec le recul, Paparazzi mériterait une seconde chance, ne serait-ce que pour les deux têtes d'affiche, Vincent Lindon, impeccable de justesse, comme à son habitude, et Patrick Timsit, encore drôle, bien avant sa longue et pénible (surtout pour nous) descente aux Enfers (Le Prince du Pacifique, Par suite d'un arrêt de travail, L'emmerdeur...). Entre les deux, Catherine Frot nous fait sa petite apparition annuelle, amusante et touchante à la fois. Parmi ses partenaires féminines, citons également Nathalie Baye et Isabelle Gélinas. En somme, un casting de rêve pour un résultat plutôt classique mais hautement réussi.
Ca reste entre nous (1998), de Martin Lamotte : Pas très classe, mais...
Martin Lamotte, l'un de nos seconds rôles les plus populaires et les plus brillants de sa génération, par ailleurs excellent auteur, décida à la fin des années 90 de mettre en scène son premier long-métrage. Après une aussi longue et fructueuse carrière, à une époque où son nom appartenait désormais au passé (du moins, pour les plus jeunes), le projet s'annonçait donc d'ores et déjà casse-gueule. A l'opposé, Gérard Jugnot, Michel Blanc, Josiane Balasko et même Coluche, ses comparses depuis toujours, s'y sont pris beaucoup plus tôt. Mais ne dit-on pas « mieux vaut tard que jamais » ? Ça reste entre nous serait donc l'exception qui confirme la règle. Partant d'une idée originale et riche en promesses (un homme mène une double vie, au sein de deux foyers que tout oppose et pourtant voisins d'un même quartier), Lamotte réalisateur ne propose hélas au final qu'une comédie de boulevard on ne peut plus basique, aux rebondissements attendues et aux gags éculés. Il s'en dégage pourtant une nostalgie des années 70/80 assez communicative... Et quelle affiche ! Sam Karmann, Catherine Frot, Zabou Breitman, François Morel, Isabelle Nanty, Stéphane Freiss, Antoine Duléry, et bien évidemment Martin Lamotte. Ni bon, ni mauvais, juste un film du dimanche soir, à regarder (une fois, voire deux grand maximum) sans la moindre prise de tête.
Le Dîner de cons (1998), de Francis Veber : Très classe
Adaptation du triomphe théâtral de 1993 signé Francis Veber, Le dîner de cons fit les beaux jours des salles françaises, remportant un succès tant public que critique et récupérant dans la foulée le César du meilleur acteur, meilleur second rôle et meilleur scénario. La mécanique Veber est maîtrisée avec une distribution aux petits oignons et un réalisateur pointilleux, un comique de situations irrésistible, des dialogues cinglants... autant de qualités qui font de ce film un fleuron de la comédie française.
Un Air de famille (1996), de Cédric Klapisch : Très classe
Si le couple Jaoui-Bacri s'est attaché les services d'un Cédric Klapisch c'est aussi et sûrement pour magnifier le jeu des acteurs, ce qu'il fait à merveille. Jean-Pierre Bacri est formidable dans son registre maintenant bien campé d'aigri au coeur d'artichaut. Agnès Jaoui maîtrise assez finement son personnage d'oursonne mal léchée. La caméra laissant à chacun la possibilité de développer son jeu à l'exception de Catherine Frot qui vampirise littéralement la caméra lors de ses interventions pour notre plus grand plaisir. A l'arrivée vous vous trouvez devant une sorte de pamphlet jubilatoire qui nous égratigne tous par la férocité de son constat. Une belle leçon de naturalisme.
Vieille Canaille (1993), de Gérard Jourd'hui : Presque Classe
Après avoir tué sa femme, un paisible graveur (Michel Serrault), devenu modestement monnayeur, est prêt à récidiver. D'apparence « simplet », son meilleur ami (Pierre Richard) n'est autre que l'inspecteur tentant de résoudre l'énigme tournant autour du décès de son épouse, une affaire judiciaire encore non résolue à ce jour... Malgré un duo de comiques hors pairs, Vieille Canaille se classe davantage du côté des polars. Ambiance sombre, rapports ambigus entre les différents personnages, quelques meurtres et diverses magouilles... Mis en scène par Gérard Jourd'hui, grand spécialiste d'émissions télévisées, le film, qui souffre de nombreuses baisses de rythme, se laisse tout de même parfois revoir avec grand plaisir, notamment pour le jeu et la confrontation de ses deux interprètes principaux. La présence de Catherine Frot n'y change pas grand-chose, son rôle étant vraiment mineur. Il lui reste cependant le prestige d'avoir pu « croiser » au début de sa carrière de telles légendes.
Bienvenue A Bord (1990), de Jean-Louis Leconte : Moyennement Classe
Ecrivain raté vivant de petits métiers annexes, Martin, lors d'un embouteillage, est pris en « otage » par un étrange auto-stoppeur. Long et bavard. Voilà comment nous pourrions résumer ce film, qui, pourtant, ne manque pas d'intérêts. Il offre enfin un rôle de grande importance à Martin Lamotte, jusqu'ici habitué aux personnages de second plan, et forme avec Pierre Richard un duo assez efficace. Présenté sous la forme d'un presque huis-clos (la quasi totalité du film se déroule dans une voiture), Bienvenue à bord manque cruellement d'envergure et de rythme pour obtenir une totale adhésion de notre part. Là encore, seuls les acteurs réussissent à donner un quelconque intérêt à cette invraisemblable histoire, avant un final hélas trop banal. Catherine Frot vient saluer, ni plus ni moins, deux de ses connaissances.
Les Babas Cools (1981), de François Leterrier : Classe
Alors que sa soeur ainée (Dominique, de son petit nom) connaît une montée de carrière aussi courte que fulgurante (elle obtient un grand rôle secondaire aux côtés de Coluche dans La vengeance du Serpent à Plumes, une méga production dirigée par Gérard Oury), la petite Catherine fait ses débuts en parallèle dans des films certes sans grande prétention mais néanmoins très novateurs pour l'époque. Les babas cools (aussi connu sous le titre Quand tu seras débloqué, fais-moi signe) fait partie de ceux-ci, créé au beau milieu de la mouvance Splendid (autrement dit, un renouvellement total de la comédie en France, bien loin du cinéma de papa). On y retrouve ainsi Christian Clavier, Martin Lamotte, Marie-Anne Chazel et Anémone, sans oublier Philippe Léotard ou bien encore Philippe Bruneau. Le long-métrage suit le quotidien d'une communauté écologique et de ses nombreuses mésaventures, suite à l'arrivée surprise d'un parisien égaré. Catherine Frot y interprète une jeune femme enceinte sans grande importance mais dont la présence se révèle des plus plaisantes, notamment en raison du chemin parcouru depuis par la comédienne.