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Claudia Cardinale

Le portrait de Claudia Cardinale

Revenons sur l'immense carrière cinématographique de Claudia Cardinale, fascinante de bout en bout.


Des débuts prometteurs


Voilà un destin on ne peut plus atypique. Après avoir gagné un voyage à Venise (elle fut élue "plus belle italienne de Tunis"), Claudia Cardinale découvre le milieu du Septième Art lors de la Biennale, en 1955. En conséquence de quoi, elle tourne son premier film à peine trois ans plus tard, du haut de ses 17 Printemps, grâce à ses contacts. Elle apparaît alors sous les traits d'une servante dans un long métrage intitulé Goha et réalisé par Jacques Baratier. Ce n'est pas grand chose, mais les tournages s'enchaînent immédiatement à une vitesse phénoménale. Pas moins de trois en 1958. C'est d'ailleurs avec Le Pigeon, de Mario Monicelli qu'elle commence enfin à se faire remarquer. Les producteurs ne la lâchent plus (elle en épouse même un en 1966, Franco Cristaldi) et elle doit s'habituer aux succès, publics et critiques. Des oeuvres, telles que Meurtre à l'italienne, Hold-up à la milanaise, Les Dauphins ou bien encore Le Bel Antonio, font ainsi l'unanimité. En somme, une grande actrice est née, belle, talentueuse et désormais incontournable.

 


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Une reconnaissance internationale


Outre sa virtuosité, la véritable force de Claudia Cardinale, tout du moins à l'époque, repose sur ses nombreuses compétences linguistiques. Originaire de Tunis, la jeune comédienne manie tout aussi bien l'italien que l'anglais, en passant bien évidemment par le français. A noter que certains producteurs lui reprocheront un « petit » accent, si bien qu'elle sera parfois doublée, selon la langue officielle employée sur tel ou tel tournage). Cela n'a guère d'importance ni même d'incidence quant à la suite de son parcours. Bien au contraire. Ainsi, quand on s'intéresse à sa carrière au début des années 60, on ne parle plus de succès ou de réussites quelconques, mais de véritables classiques pour ne pas dire chefs-d'oeuvre. Claudia Cardinale peut effectivement remercier sa bonne étoile et se vanter d'avoir travaillé avec les plus grands : parmi eux, Abel Gance (Austerlitz), Luchino Visconti (Rocco et ses frères, Le Guépard), Henri Verneuil (Les lions sont lâchés), Philippe de Broca (Cartouche) ou Federico Fellini (Huit et demi). Et tout cela, en l'espace de trois ans seulement. Une réelle performance. Aucun acteur au monde n'avait jusqu'ici connu pareil "sort". Beaucoup auraient certainement fait le choix d'arrêter là, à l'instar d'une Brigitte Bardot par exemple. Claudia Cardinale, non. Elle se diversifie encore davantage. La Panthère Rose en est un parfait exemple. Sur ce film, elle accepte de jouer les faire-valoir, aux côtés de David Niven mais aussi et surtout de l'impayable Peter Sellers qui, à partir d'un simple second rôle, devient la véritable star d'une future saga, triomphante dans le Monde entier des années durant.

Alors, on peut s'attarder sur chacune de ses prestations, qu'elle en soit la vedette ou une simple « guest ». Il y aurait tellement à dire sur elle, sur le film voire même son historique ! Mais cherchons plutôt à parcourir l'ensemble de son oeuvre, et ce, pour tenter de lui rendre un hommage, aussi modeste soit-il, mais qui lui est définitivement dû. Certes, il serait injuste de ne pas citer Le Plus grand cirque du Monde (d'Henry Hathaway), Les Centurions (de Mark Robenson), Les Professionnels (de Richard Brooks) ou bien encore L'Audience (de Marco Ferreri). Hélas, les lignes nous sont comptées. Ainsi, on préfèrera s'attarder sur un film plus éblouissant encore, Il était une fois dans l'Ouest, réalisé par Sergio Leone. Une sombre histoire de vengeance, avec, comme toile de fond, la conquète de l'Ouest Américain. Pour la première fois de l'Histoire du Septième Art, Leone apporte une véracité au mythe, notamment de par une violence plus présente encore que ses prédécesseurs (les westerns de John Ford et consorts...). Sorti en 1969, ce long métrage permet enfin une confrontation originale entre Charles Bronson, Henry Fonda et Claudia Cardinale, seul personnage féminin. Triomphe incommensurable.


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Des lauriers mérités


Arrivée aux années 70, Claudia Cardinale n'a plus rien à prouver. Elle commence à ralentir les tournages. Désormais, la plupart sont avant tout l'occasion de s'amuser. Avec Les pétroleuses, elle s'oppose à Brigitte Bardot, devant la caméra de Christian-Jaque, pour un western décalé (on est très loin d'Il était une fois dans l'Ouest). On y suit les mésaventures des "Frenchie King", une bande de cinq soeurs hors-la-loi. Dans un tout autre genre, La Scoumoune permet à la comédienne de retrouver son grand complice Jean-Paul Belmondo, quelques années après l'immense succès de Cartouche. Leur retrouvailles ne connaitront malheureusement pas le même éclat. Quelques détours par l'Italie (Violence et passion de Luchino Visconti, Jésus de Nazareth de Franco Zeffirelli...), puis Claudia Cardinale revient en France, seul pays qui dès à présent lui décernera ses meilleurs rôles (si l'on excepte sa participation dans Le Cadeau, comédie extrèmement médiocre signée Michel Lang). Elle est ainsi Yolande-Gabrielle de Polastron, duchesse de Polignac, pour La Révolution Française selon Robert Enrico et Richard T. Heffron, Hélène dans Hiver 54, l'abbé Pierre, face à Lambert Wilson interprétant le personnage-titre, avant de se laisser diriger par deux femmes d'exception, Nadine Trintignant tout d'abord (L'été prochain), Diane Kurys ensuite (Un homme amoureux). La qualité scénaristique baisse mais la prestance de la comédienne reste.


L'art délicat du renouvellement


Hélas, comme bon nombre de ses semblables, Claudia Cardinale finit par mettre peu à peu sa carrière de côté. Tout du moins, cinématographique. Au milieu des années 90, la télévision la sollicite en effet davantage. Néanmoins, elle répond présente à l'appel de quelques "vieux" camarades qui, décidément, ne peuvent se passer de ses services. On pense à Henri Verneuil. Trente ans après Les lions sont lâchés, l'homme lui propose le rôle d'Araxi, dans Mayrig et 588, rue Paradis, la chronique bouleversante d'une famille arménienne exilée à Marseille. Face à la comédienne, d'une beauté et d'une émotion imparable, on croise des partenaires tout aussi prestigieux, de Richard Berry à Omar Sharif, en passant par Danièle Lebrun, Jacques Villeret, Patrick Timsit, Denis Podalydès ou bien encore Ticky Holgado. Un cinéma tendre et émouvant dont on se lasse aucunement. Bien loin du fiasco orchestré par Blake Edwards, jadis inspiré, mais qui, trente ans plus tard, continue d'exploiter le filon de sa célèbre panthère, et ce, jusqu'à la dernière goutte. Peter Sellers étant décédé, il lui octroie un fils (d'où sort-il, réponse dans le film), interprété par Roberto Benigni, encore inconnu sur le territoire français. Parallèlement, le réalisateur tente de réunir les rares survivants de la première heure, tels que Herbert Lom et bien évidemment Claudia Cardinale. Cet épisode de bien triste mémoire, intitulé Le fils de la Panthère Rose, marque la dernière tentative cinématographique de Blake Edwards, qui se consacre alors pour la énième fois au célèbre Jacques Clouseau, avant que Steve Martin ne reprenne le flambeau quelques années plus tard, en tant que scénariste, acteur et producteur. Ici, l'actrice tente de se réapproprier un rôle autrefois magique et particulièrement séduisant. Hélas, on doit se contenter de clins d'oeil dénués de toute inspiration. Dommage, la tentative apparaissait extrêmement louable.


Le fil de Mehdi Ben Attia


Dès lors, les participations de Claudia Cardinale au sein d'un film se dénombrent au compte-goutte. Elle accepte de jouer quelques instants sous la direction de Claude Lelouch, And now... Ladies and Gentlemen, puis s'engouffre dans des comédies bas-de-gammes, sortant généralement dans l'indifférence la plus totale (Le démon de midi, Cherche fiancé tous frais payés...). C'est donc avec un certain plaisir qu'on la retrouve cette année à l'affiche d'un film, certes inégal, mais néanmoins beaucoup plus au niveau de son incroyable talent. Ainsi, Le fil nous raconte les mésaventures d'un jeune tunisien, revenant vivre auprès de sa mère, veuve depuis peu, et à laquelle il cache son homosexualité. Jusqu'au jour où l'Amour vient frapper à sa porte... Claudia Cardinale revient donc par la grande porte et prouve, si besoin est, qu'elle demeure l'une des actrices les plus exceptionnelles de notre Histoire. L'une des dernières légendes vivantes qui continue encore et toujours d'éclairer les salles obscures...


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