Daniel Day-Lewis est un de ces comédiens d'exception qui font oeuvre, dont chaque apparition est un choc. Il ne ressemble qu'à lui-même, sort totalement des critères ordinaires. Là où la sobriété est la règle, il privillégie l'expressivité, se jette dans chaque rôle avec une intensité unique, presque à corps perdu, dans une inspiration totale et créative. Sa filmographie n'est pas pléthorique. Mais on peut dire qu'il est tout simplement fulgurant, un génie véritable. Daniel Day Lewis est autre chose. Il est hors catégorie. Ainsi lorsqu'on l'a vu recevoir dimanche le second oscar de sa carrière pour sa composition (oui on est tenté d'emprunter le vocabulaire qui s'applique aux grands peintres) dans There will be blood, cela n'avait rien de surprenant. D'ailleurs la récompense paraît étriquée. Il n'est pas seulement le meilleur acteur de cette année. A chaque fois qu'il sort de sa retraite, il est tout simplement éblouissant. On attend ses prestations comme on attendait les films de Kubrick. Peu d'artistes peuvent se targuer d'inspirer pareille impatience.
Écoles de la chair
Day-Lewis est un esthète. Il commence comme tout le monde par apparaître dans des rôles secondaires à l'affiche de Gandhi ou du Bounty par exemple (ce remake dispensable avec Mel Gibson et Anthony Hopkins). Mais très vite il se démarque vers l'indépendance de My Beautiful Laundrette de Stephen Frears en 1986. Il y campe un jeune homme homosexuel amoureux d'un jeune pakistanais. On est plongés dans l'atmosphère déprimante et en crise de l'angleterre thatcherienne, dans le contexte particulier d'un véritable clan. L'atmosphère est sombre et désenchantée, pointant le racisme, l'intolérance, la pauvreté. Day Lewis est déjà d'une vérité absolue, lui qui admet volontiers se plonger dans un rôle et avoir parfois de la peine à en sortir. Il cherche toujours l'identité totale, l'empathie et l'harmonie profonde avec son personnage, aux limites de se perdre.
Il s'impose peu à peu (notamment dans Chambre avec vue de James Ivory, très teinté de Henry James) jusqu'au magnifique L'insoutenable légèreté de l'être de Philip Kaufman. Il y incarne Tomas, un chirurgien qui profite de la liberté de moeurs qui bouleversait la Tchecoslovaquie de 68 pour s'y épanouir. Il est un libertin qui collectionne les conquêtes, avec une légèreté qu'il érige en art de vivre. Alors que son pays connait un sursaut de liberté, il s'adonne à l'amour avec une vraie jubilation, entre les bras de sa maitresse Sabina (Lena Olin) qui le comprend si bien ou dans l'amour exubérant et enthousiaste de sa jeune femme Tereza (Juliette Binoche). Pourtant, lorsqu'il perd tout, lorqu'on l'accuse, il ne faiblit pas et reste fidèle à lui-même, érigeant sa légèreté en intransigeance. Il est incorruptible et demeurera un voluptueux céleste, même dans la déchéance sociale. C'est la force et l'engagement inttendu de ce film et de ce personnage singulier. Le charme et la beauté de Day Lewis irradient, renforcent le caractère aristocratique, la tenue et l'étrange intégrité de cet homme qui ne vendra pour rien au monde sa liberté, l'honnêteté de ses étreintes, sa spontanéité. Sa richesse est là dans sa décision tétue à ne pas renoncer à cette indépendance qui le constitue, en dépit de tout et jusqu'au bout. Il ne lâche absolument rien.
The ballad of Jack and Rose de Rebecca Miller, épouse de Daniel à la ville et fille d'Arthur Miller, est une oeuvre extrêmement attachante. Passée un peu inaperçue après Gangs of New York, elle est pourtant totalement envoutante. Jack est un homme qui n'a pas renoncé à ses idéaux et qui vit seul avec sa fille dans une ancienne communauté dont il fut l'initiateur à la fin des années 60. Ils vivent tous deux en symbiose jusqu'à ce que Jack invite sa petite amie (Catherine Keener). Rose réagit violemment à l'arrivée des intrus. Il est malade du coeur et va bientôt mourir, il tente une dernière expérience. Avec lui disparaitra son bel idéal. Son terrain et son refuge incorruptible, jusque là libre des offenses et de la laideur du monde, sera racheté pour qu'on y construise de belles maisons standards et bourgeoises. C'est inexorable. Il est d'un monde qui avait encore ses illusions. Il a élevé sa fille à l'écart, dans une relation fusionnelle, ambigüe, presque incestueuse. Le film est le beau récit de sa révérence, le début du destin de sa fille aussi, un peu dérangée, qui finira par perpétuer son héritage. Cette histoire est poétique, touchée par la grâce, vibrant au rythme des chansons de Dylan, dans ce beau coin de paradis perdu où un univers s'éteint. Day Lewis est fragile, maigre, un souffle peut le faire disparaître. Pourtant dans le chant du cygne de ses illusions, dans ses dernières étreintes, ce rapport intime et toujours aux limites du charnel avec sa fille, il y a un grand souffle et un grand rôle. L'oeuvre de Rebecca Miller est un petit joyau à découvrir.
Tourments irlandais
C'est en 1989 que Day Lewis connait sa première consécration en recevant l'Oscar pour sa belle performance dans My Left Foot de Jim Sheridan, réalisateur que l'acteur retrouvera plusieurs fois par la suite. Il y incarne Christy Brown, un homme totalement paralysé et spasmodique (raidi dans une posture). Il passe toute son enfance au sein d'une famille défavorisée en Irlande. Seule sa mère pressent qu'il n'est pas idiot. Il parvient à utiliser son pied gauche pour d'abord écrire à la craie blanche sur le sol et communiquer. C'est ainsi qu'il gagne la reconnaissance des siens. Il parvient enfin à parler, d'abord extrêmement difficilement, éructant. Le film est le récit de son émancipation mais aussi de son acceptation totale, de la considération que sa force de caractère, son opiniâtreté tétue ont parvenu à conquérir. Car il est une forte tête, un égocentrique, prétentieux à ses heures, bagarreur. Il n'a absolument rien d'un saint, et connait même des épisodes de dépression alcoolique. Ainsi Day Lewis impose petit à petit le fort caractère de son personnage, ce que son apparence masque d'abord. A aucun moment on ne le plaint. Parfois il est odieux ou, plus rarement, désemparé et tapageur. Mais il est avant tout un homme qui vit et souffre, peut-être un peu plus fort que les autres. Brown est un combattant magnifique comme Day Lewis en incarnera souvent (dans The Boxer ou Gangs of New York), un homme rude et fort. L'acteur pour ressentir ce que son modèle éprouvait, refusait de se lever entre les prises. Transcendant ses frustrations, Christy affirme son talent de peintre et enfin sa séduction, son humour cruel et cynique, plein d'autodérision pour désamorcer tout élan de pitié ou d'apitoiement. Au delà de l'apparence et de la transformation de l'acteur, il y a cette personnalité là, celle que l'on retient du film, au delà de toute difformité et de tout handicap.
Au nom du père est déchirant, fait ressentir toute la tragédie de l'Irlande par la force d'un destin. Gerry Conlon vit à Belfast. Il est un petit délinquant, un chevelu un peu allumé et inconscient qui se fait arrêter et accuser d'être affilié à l'IRA. On accuse également son père, Giuseppe, un homme intègre et droit avec qui il a des rapports conflictuels, d'être un terroriste. Tous deux sont jugés et emprisonnés alors qu'ils sont innocents. D'abord Day Lewis est insouciant, irresponsable, même en prison. Il reste la petite frappe qu'il était au dehors. Mais à force de partager la cellule et le désarroi de son père (qui ne l'accable jamais du sort qui leur est fait), il se rapproche du vieil homme et devient adulte, responsable. Il décide enfin de dénoncer l'injustice dont ils ont tous deux été victimes lorsque Giuseppe s'affaiblit. Il veut revenir sur les aveux qu'ont l'a forcé à signer et qui ont causé sa perte (et celle de ses amis et de son père). L'aventure humaine, l'évolution de ce personnage est bouleversante. On y retrouve l'humanité profonde de Sheridan (après My Left foot et avant The boxer). On n'est pas dans un film militant, mais au coeur d'une injustice dramatique, qui va révéler quelqu'un: pousser un fils à reconnaître et aimer son père. Tel est le sujet bouleversant de ce film. En face d'un Day Lewis à vif, au début jeune chien puis un homme révolté et presque brisé, il y a Pete Postelthwaite, bouleversant de justesse et de douleur. Day Lewis est totalement imprégné du rôle, se jette dans cette histoire vraie de toutes ses forces, pour rendre justice au vrai Conlon, s'en faire l'interprète fidèle en se servant des longues conversations qu'il a eues avec lui. On accède à la vérité profonde de cet homme. On éprouve ce qu'il a traversé, véritablement. C'est un film qui ne laisse pas indemne, par l'ampleur de l'injustice dont il est le théâtre (il donne à voir la violence qui a longtemps déchiré l'Irlande) et l'intensité des relations entre un fils et son père (confrontation entre deux grands acteurs).
The Boxer était une nouvelle collaboration avec Jim Sheridan. Au terme de quatorze ans de prison, Danny Flynn revient dans son quartier pour y ouvrir une salle de sport et reprendre sa carrière pugillistique. Il était dans ses jeunes années proche de l'IRA et avait gardé le silence sur les vrais responsables de l'attentat dont on l'accusait. A sa sortie, il ne veut plus en entendre parler et se consacrer à la boxe. Mais il commet l'erreur de braquer ceux qu'il a couverts en organisant des combats « non sectaires » (réunissant protestants et catholiques) et en acceptant l'équipement offert par la police anglaise. Son passé le rattrape d'autant plus qu'il veut reconquérir son amour de jeunesse (Emily Watson), mariée à un prisonnier politique. Ce film pointe avant tout le status quo, un quartier sous l'emprise d'une haine séculaire qui ne semble pas vouloir sortir de son chaos. Le désordre est devenu un mode de fonctionnement. On ne peut pas pactiser avec « l'ennemi » héréditaire, vivre ensemble, s'accomplir. La violence se nourrit d'elle-même. Et ce héros qui s'en fout et veut simplement reprendre sa vie de boxeur, à l'écart de tout cela, devient presque un traitre, un subversif. Il a beau fuir, mépriser tout cela, les vieilles rancoeurs le rattrapent et se déchainent contre celui qui ne veut plus alimenter le cercle vicieux. Day Lewis apparaît taciturne, concentré sur son entrainement et sa boxe, déterminé à vivre sa vie hors des idéaux fumeux qui lui ont volé sa jeunesse. Il mène ce combat jusqu'au bout, jusqu'à ce que l'histoire et les mentalités sortent de cette impasse absurde. On sent que ce sujet et ce pays sont chers à l'acteur et au réalisateur. Dans les trois films qu'ils ont faits ensemble, ils ont exposé cette culture, avec des personnages attachants (dans My Left Foot) et cette guerre civile qui déchira ce pays pendant longtemps. Ils en pointent l'injustice, la haine nourrie de part et d'autre (celle des Anglais dans Au nom du père et des Irlandais dans The Boxer). Avec ce film, on avait le sentiment que la boucle était bouclée.
Mythes américains
On pouvait craindre avec Le Dernier des Mohicans une adaptation simplette du roman de Fenimore Cooper (écrivain toujours prompt à faire des indiens des créatures pittoresques qui disent « ugh »). C'était sans compter l'exigence de son metteur en scène Michael Mann et l'investissement de son acteur principal. Cette histoire est celle du temps où l'Amérique était encore en gestation: avec des forces qui s'opposaient pour imposer leur suprématie sur les Indiens, ici Anglais contre Français. Il y a une véritable âpreté dans ce film, les combats sont violents. On est plongés au coeur de la forêt, dans la brume, l'obscurité, le mystère que peut dégager parfois un décor naturel. La nature prend ici un caractère presque spectral, tout comme l'est le personnage de Daniel Day Lewis. On se souvient de l'acteur qui court dans un beau ralenti, avec une grâce presque surnaturelle, comme s'il était l'émanation de ces paysages. On se souvient des arbres immenses, des grandes chutes d'eau, de la nuit qui sert de refuge ou qui effraie. Cela devient une sorte de légende animiste où les gesticulations des hommes paraissent assez vaines. Seul compte celui qui a su survivre en ces contrées, le magnifique Day Lewis, opposée au terrifiant Wes Studi. Le combat est bien davantage celui de deux forces antagonistes et primitives, le romantisme de Day Lewis contre la violence de Studi. On peut émettre quelque réserves sur la romance du film avec Madeleine Stowe, un peu trop convenue, archétypale. Mais on songe souvent aux grands romans d'aventures de nos enfances auxquelles cette oeuvre rend hommage avec brio. Certaines séquences sont si belles que l'on songe à la poésie d'un Terrence Malick, celle d'une Amérique originelle, première, encore naturelle comme celle du Nouveau Monde.
Il reste dans la haute tenue lorsqu'on le retrouve dans Le Temps de L'innocence de Martin Scorsese, où il participe également à la peinture d'un monde volatilisé. A la fin du XIXème siècle Archer fait partie de la haute société New Yorkaise, codifiée, proustienne, raffinée et extrêmement conservatrice. Il est promis à une blanche colombe, la jeune May, poupée de porcelaine incarnée par Winona Ryder avec qui il formera un beau couple, alliance de deux grandes familles. Seulement arrive une cousine émancipée et excentrique, appréciée pour son aura discrètement scandaleuse (autant que tacitement tenue à l'écart), la magnifique comtesse Olenska (Michelle Pfeiffer, irrésistible). Archer se prend d'une passion tourmentée et fiévreuse pour elle, mais il est un homme droit, un vrai gentleman. Pour elle, il est presque à la limite de manquer à ses devoirs, emporté par la fascination qu'il éprouve. Mais il est homme d'honneur et demeurera auprès de May, même consumé par l'amour d'une autre. La reconstitution de ce monde raffiné est minutieuse, viscontienne, précieuse. Day Lewis a une prestance impressionnante et suggère en permanence avec retenue et intensité (oxymore délicat à incarner), les forces contraires qui fondent son personnage: écartelé entre les obligations qu'il a envers la société et celles qu'il a envers lui-même. Le comédien est parfait, entre passion et devoir, sans jamais vraiment avoir la force de trancher. Il est dans le charisme et la distinction, à la hauteur de la mise en scène de Scorsese.
Impossible de ne pas mettre ce film en regard d'une autre fresque du même réalisateur, Gangs of New York, que l'acteur écrase de sa présence. L'autre aspect d'une ville en gestation nous est dévoilé, mais cette fois du côté des immigrants, du quartier défavorisé des Five Points. Leonardo DiCaprio y est le jeune fils du « Prêtre », chef des dead rabbits, des irlandais qui se battaient contre les « natifs » américains, menés par Bill le boucher, immense Daniel Day Lewis. Ce dernier tue son rival. Des années plus tard son fils jure de trouver sa vengeance en retrouvant le quartier tumultueux de son enfance où Bill règne en maitre. Tout un brasier de la ville en devenir s'anime sous la caméra du grand Scorsese. Les décors sont reconstitués à Cinecitta, en dur. On est clairement dans une épopée violente qui rappelle Les misérables de Victor Hugo par la violence de la populace qu'il met en scène, lorsque des forces brutes s'opposaient ouvertement, à la naissance d'une nation (on songe à Griffiths). Le projet est pharaonique, écrasant; une oeuvre que Scorsese a portée pendant longtemps. Le résultat est d'importance (même s'il est parfois encore méprisé).
Au milieu de cette reconstitution historique d'envergure, DiCaprio est le narrateur, dans une fonction qu'il ne parvient pas à transcender totalement pour donner de l'épaisseur à son personnage. En face, il y a un acteur dans toute l'envergure de sa folie géniale, oscillant entre excentricité constante et véritables pulsions psychopathes qui font de Bill le Boucher un monstre de cinéma, une grande figure. Day Lewis accomplit l'exploit d'écraser le film de sa présence, dans une prestation, hallucinée, intense, fantaisiste et profonde. Bill vit dans la nostalgie des anciennes luttes, dans sa mythologie personnelle (comme lors de cette scène à couper le souffle où il se tient à côté du lit où DiCaprio et Cameron Diaz ont fait l'amour, où il est à la fois émouvant et terrifiant). Il est l'incarnation des premiers temps de cette ville, de ses forces primitives et barbares condamnées à disparaître, le dernier de son espèce, le dernier souffle d'un monde ancien. Day Lewis enfle sa voix, amplifie son jeu, devient la violence presque folklorique de cet homme qui se définit lui-même comme « New York ». Il contient ce que la ville a été, les forces qui s'y sont affrontées, ce qui sera oubliée lorsqu'enfin elle s'élèvera définitivement (à l'image des pierres tombales ensevelies sous les mauvaises herbes et le passage du temps à la fin du film).
Dans There will be blood, il apparaît tout aussi monumental, tout en nuances et en faux semblants pour épouser l'ambiguité de son personnage. Sous la caméra virtuose de Paul Thomas Anderson, il apparaît dans une oeuvre totale, majeure, noble comme du Malick. Une légende américaine revit sous nos yeux, celle du pétrole. Mais c'est encore par les personnages, ce qu'ils ne se disent pas, où chacun de leurs gestes qui devient signifiant, que ce film est immense. Après leur attente comblée, leur fortune faite grâce à l'or noir jailli du sol, tout va se corrompre. Plus rien ne sera sacré. Les liens les plus essentiels vont se désunir. La réalité sombre de la nature humaine deviendra le coeur du film. Et la forme est à la hauteur du fond, majestueuse. Le personnage de Plainview est à la hauteur du génie et de l'épaisseur acquise par Day Lewis, véritablement habité, avec cette finesse qui a toujours fait sa grandeur. Celui-ci commence par être un homme bon, ayant recueilli un jeune homme comme son fils. Puis il devient imperceptiblement sombre comme un démon, rongé par la convoitise et la soif de pouvoir engendrée par le pétrole. Il prête son génie à un vrai chef d'oeuvre, beau comme La Porte du paradis... L'un de ces films au souffle inespéré, miraculeux, une coincidence parfaite entre la maitrise d'un acteur et celle d'un cinéaste, tous deux en pleine possession de leur art. On songe à la rencontre virtuose de Kubrick et Nicholson dans Shining. Cette oeuvre est un véritable morceau de mythologie, un aboutissement, un éblouissement à chaque scène. Pourtant il est âpre, dur, désenchanté, dénué de maniérisme, mais riche de cette intransigeance, il évoque des émotions étourdissantes. Day Lewis y a bien sûr une grande part mais pas seulement. Il ne bouffe pas le film par sa performance parfaite, il est simplement à la hauteur de l'enjeu, celui de servir l'une des oeuvres les plus incontournables, les plus belles, les plus classiques, les plus définitives de ces dernières années.
Daniel Day Lewis a souvent évoqué la possibilité d'arrêter sa carrière d'acteur. A chaque fois qu'il a brisé sa retraite, c'était pour se plonger totalement dans un film, le servir et le sublimer. Il se jette dans chaque rôle, comme personne, il s'y consacre comme un peintre à sa toile, exclusivement, passionnément. Et il nous laisse vibrants de son intensité, de son intégrité, de sa sincérité, comme en état de choc. Il ne se compromettra pas d, ne l'a jamais fait. Chacune de ces prestations est comme un privillège dont on doit saisir l'inestimable valeur.