Dominique Blanc

Le portrait de Dominique Blanc

Rien n'est plus fascinant qu'un comédien qui a parfait son jeu pendant longtemps, au théâtre ou dans des seconds rôles extrêmement marquants pour devenir absolument maître de son art, à l'aise dans tous les registres. Considérée par beaucoup comme l'une des plus grandes actrices françaises, Dominique Blanc est de cette tradition là, ce noble artisanat. 

Révélée par Patrice Chéreau et Régis Wargnier, la comédienne a fait des choix exigeants et parfois risqués (elle accepte volontiers de prêter sa finesse à des premières oeuvres). Egérie d'un cinéma d'auteur (La trilogie de Lucas Belvaux) mais ne dédaignant pas la légèreté (dans C'est le bouquet! de Jeanne Labrune), elle portraiture une brillante jalousie dans L'Autre de Patrick Mario-Bernard et Pierre Trivic, qui lui a valu d'être récompensée au Festival de Venise. Une distinction de plus dans une carrière sans fautes.

Familles de cinéma

On pourrait commencer le récit de sa vie comme dans les Affranchis de Scorsese. Elle a rêvé toujours d'être une actrice... Originaire de Lyon, Dominique Blanc monte à Paris pour vivre sa passion et suivre sa vocation. Elle commence par intégrer le Cours Florent. D'une beauté singulière dont elle a dit qu'il lui a fallu attendre longtemps pour l'imposer, elle est pourtant repérée en 1981 par Patrice Chéreau qui la prend sous son aile. Il la fait débuter dans Ibsen, Tchekhov.

C'est véritablement Régis Wargnier qui lui offre sa chance au cinéma, en lui confiant le rôle d'une jeune femme alcoolique dans La Femme de ma vie en 1986. Elle était déjà apparue notamment sous la caméra de Godard en 1982 dans Passion (pour une première expérience dont elle garde un très mauvais souvenir). Mais c'est grâce à Wargnier qu'elle est nommée pour son premier César, celui du meilleur espoir féminin. Dès lors, elle est reconnue des grands, de Sautet, de Chabrol, qui lui confient de beaux seconds rôles. Elle s'impose peu à peu dans des films comme Plaisir d'amour de Nelly Kaplan en 1990. Wargnier fera régulièrement appel à elle comme dans Je suis le seigneur du château en 1988 et sa fresque Indochine en 1992 (aux côtés de Catherine Deneuve) où elle incarne une trouble chanteuse de cabaret.

Elle tient un rôle important en 1989 dans Milou en mai de Louis Malle. C'est sans doute la première fois que Dominique Blanc est remarquée du grand public, dans la peau d'une touchante lesbienne dans la belle communauté qui se réunit et s'émancipe autour de Michel Piccoli. Elle retrouvera régulièrement ce dernier dans ses réalisations comme Train de nuit, Alors Voilà, la Plage Noire. La sensibilité et la drôlerie qu'elle apporte à ce personnage font d'elle l'une des belles voix de cette chorale (avec Miou-Miou et Bruno Carette). Elle apporte sa touche à cette ode aux belles années 60 et à la libération des moeurs. C'est en Henriette de Nevers, amie mutine de La Reine Margot de Patrice Chéreau qu'elle se distingue encore, en suivante d'une Isabelle Adjani sensuelle et tourmentée. Elle retrouvera son mentor de théâtre en 1998 pour le beau film choral, Ceux qui m'aiment prendront le train. Autour de Jean Louis Trintignant, tous les interprètes de ce grand ensemble composent des personnages fascinants et à vif (dont Vincent Perez en travesti, elle jouera d'ailleurs dans son film Peau d'ange). 

En 1996, elle joue dans la sympathique comédie C'est pour la bonne cause! où des parents se voient directement confronté à leurs généreuses valeurs lorsque leur fils se porte volontaire pour accueillir chez eux un enfant africain. Elle jouera également avec jubilation son propre rôle dans Les Acteurs de Bertrand Blier en 2000.

Elle campe la soeur d'Arthur Rimbaud dans Rimbaud-Verlaine (ou « Totale éclipse ») en 1997, où elle veut superviser les oeuvres de son frère défunt (brillamment incarné par Leonardo DiCaprio). Dominique Blanc jouit d'une grande reconnaissance qui lui permet de jouer dans des productions qui dépassent les frontières hexagonales comme dans La Fille d'un soldat ne pleure jamais de James Ivory en 1999.

Actrice précieuse, égérie des auteurs

Commence alors une page intéressante dans sa carrière. Dominique Blanc porte littéralement le premier film de Roch Stephanik, Stand-by en 2000. Elle épouse la perdition d'Hélène, une femme quittée par son compagnon dans un aéroport où elle ira jusqu'à se prostituer. L'intensité de Dominique Blanc est troublante. Elle recevra avec émotion le César de la meilleure actrice, défendant ce film et son jeune metteur en scène avec une belle sincérité.

Ainsi elle se consacre à un cinéma ambitieux, notamment dans Le Lait de la Tendresse humaine de Dominique Cabrera ou le Pornographe de Bertrand Bonello avec Jean Pierre Léaud. En 2002, elle retrouve Chéreau au théâtre pour une Phèdre intense et fiévreuse. Avec tout mon amour se déroule la même année dans une Algérie troublée et tente de comprendre les raisons du suicide d'une jeune femme (Jeanne Balibar). 

L'actrice aborde tous les registres avec une égale justesse, toujours parfaitement dans le ton, remarquable, même lorsqu'elle n'est pas l'héroïne. Et ses films sont des petits joyaux, vus par des happy few, que l'estampille « art et essai » ne rebute pas. Blanc y délivre des prestations lumineuses, donnant à voir des intériorités troublées ou détruites comme dans l'ambitieux triptyque de Lucas Belvaux (qui se compose d'une comédie Un couple épatant, un policier Cavale et un drame Après la vie). Dans le dernier volet, elle tient le rôle d'une morphinomane, femme d'un flic qui lui apporte la drogue dont elle ne peut se passer. Elle y est, à son habitude, bouleversante. Avec surprise, on la redécouvre espiègle dans C'est le bouquet!, parlant de sexe ouvertement, à la manière tranchée d'une working girl et d'une femme de pouvoir.

Jouer l'Histoire

Dominique Blanc a campé en 1995 une brillante Madame de Maintenon, épouse secrète et dévote de Louis XIV dans L'Allée du roi, téléfilm en deux parties de Nina Companeez. Elle joue parfois dans des productions télévisées, notamment dans Le Cri en 2005 qui évoquait le destin d'un ouvrier dans la métallurgie. Souvent l'actrice a abordé l'histoire, lui rendant sa dimension humaine (comme c'était déjà le cas dans la Reine Margot). Elle participe au récit du destin tragique de Max Jacob dans Monsieur Max en 2006. Elle contribue à redonner vie au Capitaine Achab dans une variation autour du Moby Dick de Melville, réalisée par Philippe Ramos en 2008

Elle a cette prestance unique, ce physique intemporel qui lui permet d'aborder tous les contextes. Elle s'essaie à toutes les époques. On la cantonne, un peu à tort, à son aura de tragédienne. Mais elle est par exemple apparue dans une reprise de Sacha Guitry par Jean Michel Ribes, Faisons un rêve. Dominique Blanc est plus iconoclaste qu'il n'y paraît avec son visage à la Bette Davis et une gouaille qu'elle peut pousser, à la manière d'Arletty.

Quotidiens bouleversés

Dans Sauf le respect que je vous dois, elle est en 2006 l'épouse d'Olivier Gourmet en pleine crise lorsqu'il voit que son avenir au sein de son entreprise est bouleversé. Dans les Amitiés maléfiques de Emmanuel Bourdieu, elle incarne la mère de l'un des jeunes gens tourmentés et influençables au moment de leur maîtrise et à l'aube de leur avenir (on retrouve là quelque chose de la complexité de Desplechin). 

Souvent depuis Stand-by, elle a dépeint avec force des destins bouleversés, précipités du quotidien vers autre chose, poussés à bout et hors d'eux-mêmes. C'est d'ailleurs ce qu'elle reprend dans l'Autre et son héroïne, rongée par la jalousie, ce sentiment monstrueux qui peut anéantir. Même dans Par suite d'un arrêt de travail, pourtant une comédie, on ressent de nouveau cette pression cette remise en question des habitudes. Ce que les personnages tenaient pour acquis vole en éclats. Ces êtres à la dérive, dans l'incertitude, sont récurrents dans les choix de l'actrice depuis longtemps. Elle est l'interprète idéale de ces grands bouleversements.



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