Né en novembre 1970, l'enfance de Ethan Hawke est surtout marquée par le divorce de ses parents et rythmée par de nombreux déménagements. Sa mère s'installe finalement près de New York. La vocation d'écrivain a été la première qu'a éprouvée le jeune homme (il a d'ailleurs publié plusieurs romans). Mais il a pris des cours de comédie et se décide finalement à devenir acteur. A 13 ans, il interprète déjà une pièce de Georges Bernard Shaw. Peu après, il apparaît au cinéma dans Explorers de Joe Dante en 1985 aux côtés de River Phoenix, son ami, dont il a avoué jalouser la carrière et la gloire fulgurante (ce qui a été une forme de motivation pour lui).
Ce n'est que quatre ans plus tard, qu'arrive le rôle de la révélation, dans le Cercle des poètes disparus de Peter Weir. Hawke a décrit ce moment comme le tournant de son existence. Il incarne ici un jeune homme introverti qui se laisse dévergonder par un prof de littérature fantasque. Le jeune homme se joint à une société secrète où chacun compose ses poèmes. Il apparaît d'abord paralysé de timidité. Il subit de plein fouet la tragédie que traverse l'un de ses condisciples, incarné par Robert Sean Leonard. D'abord un peu en retrait, il sera finalement l'un des plus fervents partisans du vent de liberté qu'a fait souffler Robin Williams sur l'université austère. C'est véritablement un récit d'apprentissage où l'on voit ce jeune homme s'ouvrir peu à peu.
Dès lors, les offres affluent. On voit le jeune acteur partager l'affiche avec Jack Lemmon dans Mon père, mélo familial en 1990. Dans une production Disney et l'adaptation du chef d'oeuvre de Jack London, Croc Blanc, il campe un jeune prospecteur qui va gagner la confiance d'un loup. Même si la violence du roman est quelque peu atténuée (il est notamment amputé de sa conclusion plus sombre), Hawke est assez convaincant. Par la suite, il connaît quelques écueils (Mystery Date en 1991), se cherchant encore. Il s'illustre off Broadway pendant le Festival de Shakespeare puis retrouve le chemin des plateaux de cinéma pour Waterland en 1992, redevenant un étudiant et recevant avec ses condisciple les récits d'enfance d'un professeur étrange incarné par Jeremy Irons.
Curiosité insatiable
Ethan Hawke se joint en 1993 à un récit dérangeant et tiré d'une histoire vraie dans les Survivants de Frank Marshall où un avion s'écrase dans la cordillère des Andes. Les rescapés doivent se nourrir des morts pour survivre. L'acteur ne cesse d'explorer tous les aspects de son art, écrit et réalise un court-métrage, se consacre sans relâche au théâtre.
Au cinéma, il est à l'affiche de Génération 90 de Ben Stiller en 1995, où il incarne l'un des deux jeunes gens amoureux de Winona Ryder (l'autre étant son opposé, campé par Stiller lui-même). Il est ici un jeune homme un peu cynique et désabusé, nourrissant des ambitions artistiques. Son personnage représente assez justement une jeunesse qui ne trouve pas sa place dans les modèles traditionnels. Ethan Hawke a gagné en densité. Il rencontre ensuite Richard Linklater pour Before sunrise en 1995. Il campe un touriste américain qui traverse l'Europe jusqu'à Venise. Il a alors une aventure intense et fugitive avec une étudiante française (Julie Delpy), dont il ignore tout. L'approche et le traitement sont audacieux. On les suit dans toute leur passion et leur spontanéité. Le couple est attachant et atypique. Linklater continuera de raconter leur histoire, après une longue ellipse dans Before sunset en 2005, avec le même raffinement dans les dialogues, la même richesse dans les sentiments qu'ils éprouvent. Mais à l'émerveillement des retrouvailles s'adjoint le regret que leur histoire n'ait pas duré, que son intensité n'ait été que fugace. Lui comme elle ne se sont jamais vraiment remis de cette brève liaison passionnée. Linklater a laissé les acteurs improviser leurs dialogues et ils se sont dévoilés de fort belle manière (Delpy a continué d'explorer cette forme dans son petit bijou de réalisation, 2 days in Paris).
En 1997, Hawke, après avoir écrit un roman, joue dans Bienvenue à Gattaca de Andrew Niccol. Il est un être génétiquement impur dans une société futuriste qui ne tolère pas l'imperfection. Il se sert du patrimoine génétique parfait de Jude Law pour demeurer insoupçonnable et garder sa chance de réaliser son rêve: partir dans l'espace. Le personnage est de nouveau assez intéressant: forçant sa nature pour être à la hauteur de standards auxquels il ne peut prétendre. Hawke exprime toute les contradictions de cet homme: sa souffrance perpétuelle, son inquiétude d'être découvert et sa détermination obsessionnelle. Il partage ensuite l'affiche avec Gwyneth Paltrow et Robert de Niro dans De Grandes espérances de Alfonso Cuaron, adaptation moderne de Dickens en 1998. Les retrouvailles avec Richard Linklater ne réitèrent pas la réussite de Before sunrise, le réalisateur livrant l'évocation du Gang des Newton, confiant à Hawke le rôle de Jess, l'un des quatre frères qui composent cette bande de braqueurs de banque.
En 2000, on le retrouve partageant l'affiche avec Max Von Sidow et Sam Shepard dans La neige tombait sur les cèdres de Scott Hicks. Il y est un jeune reporter, couvrant le procès d'un japonais accusé de meurtre. Cela se déroule sur fond de racisme, dans une petite île du pacifique, marquée par le souvenir de Pearl Harbor. Ce n'est pas la première fois que Hawke se consacre à la guerre et aux blessures qu'elle laisse. On l'a déjà vu jouer dans A midnight clear en 1992 (pas sorti en nos contrées), pour montrer des combats une vision qui ne soit pas biaisée ou héroïque mais que en pointe directement l'horreur. En 2000, l'acteur participe très activement à l'élaboration d'une production originale de Hamlet de Michael Almereyda, invitant ses amis comédiens à se joindre à la vision audacieuse, contemporaine (et raccourcie), du chef d'oeuvre shakespearien, dont l'action est déplacée à New York. Dans le rôle mythique du jeune homme tourmenté, Hawke est convaincant, plein d'une rage douloureuse et vengeresse. Sa jeunesse convient à merveille au rôle.
Liberté de jeu
Depuis le film qu'il a réalisé lui-même avec en son sein une soixantaine de personnages évoluant entre les murs légendaires et bohèmes du Chelsea Hotel, Ethan Hawke est un fervent adepte des films tourné en caméra numérique (permettant d'aller vite et de s'approcher de l'effervescence du théâtre). Il tourne ainsi de nouveau pour Richard Linklater et retrouve Robert Sean Leonard et Uma Thurman dans l'oppressant Tape en 2001.
L'acteur se retrouve ensuite dans la peau du jeune flic encore pur et idéaliste. Le ripou interprété par Denzel Washington tente de le former à ses troubles usages dans Training day de Antoine Fuqua en 2002. Le duo fonctionne à merveille entre l'homme d'expérience totalement corrompu et son jeune coéquipier dont on se demande sans cesse s'il cédera à l'influence funeste de son partenaire. Avec le succès de ce film, Ethan Hawke participe à des projets plus importants (même s'il a toujours cultivé une certaine méfiance envers les grosses productions hollywoodiennes). On le voit dans Taking lives: destins volés, un thriller avec Angelina Jolie en 2004. Elle est une profiler à la poursuite d'un étrange serial killer, qui s'approprie l'existence de ses victimes et emprunte leur identité. Hawke est un témoin sous pression, bientôt menacé par le tueur. Il a fait une apparition remarquée dans le rôle fiévreux d'un agent perturbé dans la seconde saison de Alias en 2003. Il participe également à un remake efficace du Assaut de John Carpenter, Assaut sur le central 13 de Jean-François Richet. Parallèlement à cela, il mène à bien des projets plus personnels comme l'adaptation de son roman The Hottest state.
Plus récemment, il a campé le flic tenace aux trousses du marchand d'armes Nicolas Cage dans Lord of war en 2006. Il retrouvait pour l'occasion son metteur en scène de Bienvenue à Gattaca, Andrew Niccol, dans un rôle de nouveau assez intéressant. Il est un idéaliste, à la poursuite du bandit flamboyant. dans un jeu de chat et de souris perdu d'avance. Car sa quête s'avère dérisoire, le criminel s'en sortira toujours. Et le vertueux justicier est condamné à la frustration. Enfin, Ethan Hawke tourne dans un chef d'oeuvre en 2007, 7h58 ce samedi-là de Sidney Lumet. Il est un homme divorcé et endetté jusqu'au cou, qui monte une combine avec son frère (Philip Seymour Hoffman, également dans une situation délicate). Ils décident de braquer la bijouterie de leurs parents. Mais le coup tourne mal. Le récit de l'arnaque initiale se meut en tragédie dostoievskienne sur la culpabilité. La sobriété formelle sublime met en évidence les tourments que traversent les personnages, interprétés par des acteurs d'exception.
Entre projets indépendants et cinéma plus grand public, la carrière de Ethan Hawke a été riche en oeuvres marquantes qui ont révélé sa sensibilité et surtout son insatiable passion pour tous les aspects de son métier. Il a atteint un bel équilibre, lui permettant d'évoluer dans des univers très différents. On le retrouve dans Little New York et ses destins menacés par la mafia. Il abordera prochainement l'épouvante avec Daybreakers et figurera dans le prochain film de Abel Ferrara, Chelsea on the rocks. On pouvait craindre que sa gloire précoce et sa gueule d'ange ne le cantonnent à des rôles assez stéréotypés. Ethan Hawke a, grâce à ses choix souvent judicieux, gagné le privilège d'être inclassable.