Le portrait de Gary Oldman

Il y a des comédiens comme ça qui sortent naturellement du lot. Même au sein d'un grand casting, il est tout simplement impossible de ne pas distinguer Gary Oldman, comme un soliste de génie au milieu d'un orchestre, ajoutant à l'ensemble ses fulgurances uniques et surprenantes, sa folie, sa fantaisie. Absolument rien ne lui résiste ou ne le submerge. Il est capable de porter totalement un film, d'épouser totalement une figure, fut-elle impressionnante ou imposante (comme il le fit en particulier pour Ludwig Van Beethoven) et de lui imprimer la « touche » Oldman, lui rendant la vie, et surtout la fièvre, un côté absolument déjanté (que ça soit en Sid Vicious, en Dracula ou en sénateur républicain) qui le caractérise souvent. A 50 ans (il est né le 21 mars 1958), le comédien continue de fasciner.

L'irrévérence et la chaleur profonde qu'il apporte à ses rôles ne se dément jamais, un côté monumental et « bigger than life » absolument inimitable. Son expressivité parvient à se distinguer au milieu de grosses productions (les derniers Harry Potter, ou auparavant Le Cinquième élément). Il fait souvent de son apparition un moment exceptionnel, à part, un véritable happening comme dans l'excellent les Anges de la nuit de Phil Joanou. Au milieu d'une distribution concentrée et impliquée (de Sean Penn à Ed Harris en passant par Robin Wright), il va dans l'extrême, dans la folie absolue, ce qui rend sa performance absolument inoubliable, éclatante. 

Ainsi c'est avec un infini respect que l'on approche Gary Oldman, proche de celui qu'on éprouve devant quelqu'un comme Daniel Day-Lewis: il est tout simplement un artiste unique, qui sera toujours trop rare, car il ose l'originalité. Il a inventé un ton, une manière de jouer, intense, excessive qui le détache totalement de ses contemporains: Il y a Gary Oldman et il y a les autres. Ainsi, il a fait de Gordon bien davantage qu'un personnage secondaire dans Batman Begins de Christopher Nolan, lui apportant son ironie et son côté discrètement allumé. Gordon était avant lui monolithique. Il l'enrichit de sa personnalité, de sa touche fantasque. Si on a hâte de le retrouver dans The Dark Knight, c'est pour retrouver cette sensibilité qui transcende ses rôles, face à un Heath Ledger qui était de la même envergure dans sa manière de s'approprier le Joker (Oldman lui-même salue la performance et regrette amèrement avec beaucoup d'entre nous sa disparition).

Son talent flamboyant ne doit pourtant rien au hasard. Comme beaucoup des grands acteurs aujourd'hui (Edward Norton, Cate Blanchett, Tilda Swinton ou -encore- Daniel Day-Lewis), il a une solide formation théâtrale. Mais avant cela, enfant solitaire et perturbé par la séparation de ses parents, il se réfugiait dans son monde et jouait des rôles pour lui-même. Il fut un enfant enflammé, se prenant de passion dévorante pour la musique, la boxe et enfin Chaplin. C'est un fait: la vie intérieure des solitaires est intense, il suffit d'une étincelle pour créer une explosion de créativité. Oldman fut de ses enfants là, un peu étrange, un peu à part, avec de fascinantes obsessions qui l'inspirèrent durablement. Dans beaucoup de ses rôles, on retrouve l'héritage de ces beaux emportements. Sa curiosité précoce allait former l'acteur qu'il allait devenir. Il n'est pas d'usage de raconter l'enfance d'un comédien pour évoquer la source de son talent. Mais il me semble qu'Oldman est un prodige et qu'il en a suivi la trajectoire. Il a ce quelque chose de peu orthodoxe qui transparait en permanence, presque en rupture avec, par exemple, les acteurs de la méthode qui privilégient avant tout le naturalisme.

 

Excès et Souffrances

Ce qu'exprime Oldman en tant qu'acteur ce sont ses sentiments de colère, de frustration et de rejet. Ainsi le voir incarner le sulfureux Sid Vicious dans l'une de ses premières apparitions au cinéma dans Sid et Nancy d'Alex Cox n'a rien de suprenant. Pour incarner le bassiste des Sex Pistols, qui finit par tuer sa copine, Oldman ne choisit pas totalement le mimétisme, toujours à craindre quand on incarne un personnage historique. Il incarne une blessure, une rébellion sans cause (punk en somme), un écorché vif dans un malaise furieux et perpétuel, en proie à une addiction à la drogue qui n'a rien de romantique. Oldman est brillant de sauvagerie, de souffrance, de dérision également. Il crève l'écran à chaque apparition, comme perdu dans son rôle. S'il avait été un boxeur, il mettrait tout simplement son spectateur K.O. Que ça soit dans les scènes de concert, concentré d'énergie et de violence ou dans le quotidien glauque de deux junkies perdus dans une chambre du Chelsea Hotel à  New York, le comédien vous prend littéralement par les tripes et ne les lâche plus. Chaque seconde est plus intense lorsqu'il est dans une scène. Régulièrement, il bouffe les films auxquels il participe, peu importe leur ampleur. Le talent fou et parfois inquiétant de Oldman fera qu'il s'attaquera à tout et que, bien des fois, il gagnera (même dans un second rôle ou malgré les faiblesses d'un scénario). On a l'impression qu'il risque quelque chose, qu'il joue sans filet, livre des bouts de lui-même. Alors bien-sûr, c'est du cinéma, c'est pour de faux. Mais en ce qui concerne les comédiens de cette trempe, l'illusion est d'une réalité troublante, avec toujours une grande part de leur vérité dans ce mensonge. Il y a de l'authenticité et une intégrité sans failles dans ce portrait de Sid Vicious. Il retranscrit les émotions d'une manière cathartique dont on sent qu'elle n'est pas sans danger. De ces miracles de jeu que l'on croise très rarement.

Avant cela, avec l'obstination et la flamme qui le caractérisent, il se consacra à devenir acteur. Il étudia donc, à peu près tout. Il vécut d'abord de petits boulots, bouffa de la vache enragée et décrocha enfin une bourse. Il se consacra à sa vocation avec une passion totale, apprenant tous les aspects de son art (jusqu'au mime). Oldman avait le feu sacré, un besoin vital de jouer, comme une question de vie ou de mort (encore un trait que l'on retrouve dans chacune de ses performances). Il n'est pas d'une seule tradition. On peut dire qu'il en a assimilés beaucoup. Il est proche de l'actor's studio lorsqu'il adopte les poses d'un personnage, suggère son mode de vie par la voix et l'accent. Mais il est également d'une tradition plus ancienne et purement théâtrale (celle de la commedia dell'arte) lorsqu'il s'agit de jouer sous un masque (celui du vieux Dracula) ou d'aller dans la caricature (dans le Cinquième élément). Nous sommes là devant un comédien total, un homme qui s'est trouvé une voie, un mode de vie, un exutoire et une communauté à l'inspiration et à la technique protéiformes. Il gagna sa reconnaissance et fit ses armes d'abord au théâtre (notamment au sein de la Royal Shakespeare Compagny, comme Tilda Swinton).

Après une apparition dans Rememberance en 1982, Oldman apparut donc au cinéma dans la peau de Sid Vicious en 1986. A son habitude, il se jeta dans le rôle, s'imposant un régime drastique (jusqu'à y risquer sa peau), interviewant les proches du musicien. L'acteur ne fait rien à moitié. Il porte littéralement le film et donne à son personnage une authenticité crue, dérangeante. Il est une véritable révélation. Il incarna ensuite le dramaturge Joe Orton (dont il avait joué quelques pièces qui le firent remarquer) dans Prick up your ears de Stephen Frears, avec cette même conviction totale. Oldman est une boule de souffrance et d'énergie, allant dans les extrêmes, jouant souvent avec le feu sans compromis.  Mais dans la peau de Joe Orton, c'est surtout sa subtilité qui est frappante, dans l'évocation de son destin trouble, et de sa mort, tué par son amant frustré (Alfred Molina, également excellent). On aurait tendance à cataloguer Oldman pour ses magnifiques accès de folie, mais sa vulnérabilité et son sens de l'ironie qui font également mouche. L'arrogance de Orton nourrit une tension qui va crescendo entre les deux écrivains, sur fond de dialogues ciselés et d'une belle mise en scène, cette histoire et son raffinement sont portés par des acteurs au jeu intense et nuancé.

Oldman enchaine les rôles marquants, chacune de ses apparitions est un choc. Dans le déroutant Track 29 de Nicolas Roeg, il prétend être le fils qu'une femme qui s'ennuie dans son mariage recherche. Mais avec lui revient un souvenir terrible: Il ressemble à s'y méprendre à un homme qui l'avait violé quand elle avait seize ans. Dans La Loi Criminelle de Martin Campbell en 1989, il est un avocat qui gagne un procès avant de s'apercevoir que son client est non seulement coupable, mais continue de commettre ses sinistres forfaits (première expérience américaine et première rencontre à l'écran avec Kevin Bacon). 

Arrive les Anges de la nuit de Phil Joanou en 1991 qu'il domine véritablement dans le rôle d'un homme incontrôlable, violent et déjanté, en un mot psychopathe. Il est en contraste total avec ses partenaires au registre très sobre: Sean Penn est concentré et soucieux en flic infiltré dans une famille irlandaise, Ed Harris en est le grand frère respecté et Robin Wright est la soeur, une héroïne typiquement tragique (victime de la fatalité qu'elle voulait éviter). La folie du grand Gary les surpasse. Il est un volcan fantasque et explosif. Dans la peau de cet allumé, on mesure son talent à l'aune des autres très grands qui lui font face. Chez les autres, on voit la technique, la maitrise, le sérieux. Chez Oldman, on ne voit que la folie du personnage, son caractère incontrôlable et imprévisible. On ne sait jamais de quelle manière il va sortir une réplique, quel geste il va avoir, rien ne semble étudié ou téléphoné. Il y a toujours ce sentiment de danger, d'exaltation quand il est à l'écran. Rarement un acteur en aura autant fait. Rarement il aura été si juste. Chaque prestation de Oldman devient un événement en soi au milieu de l'histoire, quelque chose qui vous fera sursauter.

Ses apparitions au début des années 90 sont toutes peu ou prou devenues incontournables. Il est un Lee Harvey Oswald plus vrai que nature (la ressemblance est en effet troublante), dans le JFK d'Oliver Stone. Il lui confère toute sa vulnérabilité et sa fièvre, son caractère ambivalent (dans ses rapports avec une étrange faune à Dallas ou sa relation avec sa femme). Que l'on adhère ou non à la théorie présentée par Stone, son film est majeur. Face à Kevin Costner, justicier lisse à la Elliott Ness, Oldman humanise l'assassin et sort immédiatement de l'image manichéenne et simpliste que l'on peut avoir de lui. Il est totalement investi dans son personnage. Il en change la perception, ce qui est un tour de force. On retrouve cela en 1994 dans le pourtant assez médiocre Ludwig Van B, variation paresseuse autour de Beethoven et de sa mystérieuse lettre à son « immortelle bien-aimée », fournissant au film le prétexte d'une enquête convenue aux conclusions relativement fantaisistes. Cette oeuvre aurait gagné un oubli légitime s'il n'y avait pas contribué. Or, il y a Gary Oldman: colérique, exigeant, irascible, impossible à vivre, tourmenté, avec ces moments de musique qu'il personnifie véritablement, traduisant sur son visage avec une rare justesse l'état dans lequel le plonge ces composition (des éclairs de calmes au milieu d'une tempête). Il est de nouveau impressionnant et sauve le film,  par son hystérie et son extravagance, suggérant la vraie souffrance qui semble l'habiter en permanence. Il a la sensibilité nécessaire pour aller dans la noirceur la plus absolue, celle, par exemple du terrible bourreau de Meurtres à Alcatraz en 1995, sadique total (mais pas caricatural), qui, à force de sévices, a transformé un fugitif capturé (Kevin Bacon) en animal sauvage et traumatisé.

Mais il reste dans beaucoup de mémoires comme le comte Dracula le plus sensible de l'histoire du cinéma dans la belle adaptation -libre, il est vrai- du roman éponyme de Bram Stocker par Francis Ford Coppola en 1993. Plutôt qu'un mythe d'épouvante et le vampire qui terrorisa sous les traits de Belà Lugosi ou Christopher Lee, Oldman compose  un personnage profondément souffrant, un amant romantique (au sens du XIXème siècle) et tourmenté, rappelant davantage le Heathcliff des Hauts de Hurlevent et son grand amour maudit, que le monstre Nosferatu. C'est ainsi que cette version se détache, par l'amour souffrant, la blessure profonde, la vulnérabilité que lui insuffle Gary Oldman plutôt que son inaltérable soif sanglante. On est pour une fois du côté du vampire maudit après la mort de son grand amour. Encore une fois, Oldman est immense. Il retrouvera ce registre romantique, mais en mode mineur, dans les Amants du Nouveau monde aux côtés de Demi Moore, où il est un homme de religion qui cède aux charmes indéniables de la dame.

 

Fantaisies et parodies sublimes

Mais la folie et les extravagances dans lesquelles Oldman est quasiment le seul à pouvoir s'aventurer ne pouvaient que se sentir à l'étroit dans le seul registre grave et solennel, la faculté à incarner les blessures pour laquelle il fut d'abord reconnu.  Ainsi il a hissé des rôles plus légers à des hauteurs délirantes rarement atteintes, même lorsqu'il n'était qu'un personnage secondaire comme dans True Romance de Tony Scott. Sa prestation dans le rôle de Drexl est anthologique donnant corps à l'un des personnages créés par Tarantino. Il est un dealer, qui se pique de parler comme un black, toutes dreadlocks dehors, parce qu'il trouve ça cool. Face à Christian Slater venu délivrer son grand amour des griffes de ce maquereau, il se livre à un véritable festival. Il ouvre le bal à une série de seconds rôles totalement déjantés (tenus par Dennis Hopper, Val Kilmer, Christopher Walken et Brad Pitt) au diapason de l'humour noir de Tarantino. Ce film a au fond la naïveté d'une histoire d'amour, et présente une vision parodique de la violence et des malfrats. Oldman est parfaitement à l'aise dans la caricature, jubile manifestement à jouer cet affreux pittoresque et dérisoire. Son talent pour changer d'apparence et adopter un accent est spectaculaire.

Il retrouve le même genre d'univers désaxé dans Romeo is Bleeding de Peter Medak en 1994. Même si la parodie est ici plus discrète, l'ironie est très présente dans la destinée de ce flic corrompu, rattrapé par le trou qu'il s'emploie à remplir de billets verts au fond de son jardin, grâce aux services qu'il rend à la mafia. Il vit alors un véritable cauchemar, mis en position délicate par une femme fatale coriace et très sado-maso campée par Lena Olin. Le pauvre Gary Oldman est ici sur le fil. L'ironie du film ne vient pas de son interprétation, on ressent vraiment la pression que subit ce personnage, engagé dans une voie sans issue. Mais c'est plutôt par le jeu avec la voix-off (celle qu'il entend par moments dans sa tête), que le film prend toute sa saveur et devient une parodie des Film Noir. Le résultat est réjouissant et mélancolique à la fois. La solitude profonde de Oldman, qui ouvre et conclue le film, sa désespérance cachée sous l'ironie est assez touchante.

C'est auprès de Luc Besson que l'acteur réussit deux belles caricatures. Tout d'abord dans Léon en 1994, il est un tueur sadique qui va décimer la famille de la jeune Natalie Portman. Tout est dans le regard fou de Oldman: cette manière de briser une pilule entre ses dents et de rejeter la tête en arrière dans un soupir, juste avant de se livrer à sa folie meurtrière. Tout dans sa performance est audacieux. Un autre que lui n'aurait pas pu assumer ce côté cartoonesque sans frôler le ridicule. Son personnage n'est pas dénué d'humour, on sent qu'il ne se prend pas au sérieux, mais ça le rend plus terrifiant encore, comme une sorte de croque-mitaine, le marchand de sable (sous acides) dont n'importe quel enfant aurait peur. Au récit naïf et touchant de Besson et la belle histoire d'amour entre le tueur à gages analphabète et la gamine délurée, il ajoute sa folie et son attitude démoniaque. Il se déchaine, en fait des caisses avec superbe.

Besson poussera le comédien plus encore vers le parodique dans le Cinquième élément. Autour d'un Bruce Willis dans son emploi de héros imperturbable habituel et d'un Chris Rock hystérique, il sera l'affreux de service à la mèche hitlérienne, qui veut détruire le monde et récupérer Milla Jovovich (l'élément parfait qui donne son titre au film). Gary Oldman s'en donne à coeur joie en tyran intergalactique, pathétique et ridicule, s'amusant à plein régime dans un film assumant son côté ouvertement jubilatoire. De cette collaboration naitra également le premier film de Gary Oldman en tant que réalisateur, très dur, cathartique et douloureux pour lui, le douloureux et intense Ne pas avaler en 1997, que Besson produira. Il y revient au Londres de sa jeunesse, et à ses problèmes familiaux (Ray Winstone y est un père qui bat sa femme dans une ambiance âpre, où pourtant l'amour a sa place dans des rapports humains complexes, glauques, exacerbés). Oldman assume et revendique l'aspect autobiographique de l'oeuvre et y exorcise clairement ses démons.

Après cela, sa carrière connait une baisse de régime. Il tourne par nécessité financière dans des blockbusters indignes qui profitent tout de même un peu de son génie, mais n'en demeurent pas moins extrêmement dispensables, comme c'est le cas d'Air Force One où il joue le grand méchant terroriste qui prend en otage le président des Etats-Unis dans son avion (mais bon c'est Harrison Ford donc...). Il enchaina avec le calamiteux Perdus dans l'espace. Il sauva un peu son rôle, lui conférant une ambigüité et un aspect survolté bienvenus. Cependant, on sent qu'Oldman ne récoltait alors plus plus des films à sa mesure.

On le retrouve enfin, méconnaissable dans Hannibal de Ridley Scott, suite flamboyante, esthétisante et très réussie du Silence des agneaux. Il y est l'handicapé fétichiste défiguré par le célèbre cannibale pour qui il a une fascination malsaine. Sous son masque répugnant, Oldman excelle à suggérer toute la dépravation de son personnage qui, de victime, se révèle encore plus sadique que son bourreau. On retrouve là le comédien à son meilleur. Avec Manipulations en 2001, il incarnait un homme politique conservateur et sectaire, qui s'opposait catégoriquement à la nomination de Joan Allen comme vice-présidente de Jeff Bridges au sommet du pouvoir américain. En affreux républicain machiste, dégarni et hypocrite, il est également convaincant... Ainsi qu'en nain dans Tiptoes en 2003. Après une série de films indépendants qui ne connurent pas de succès ou de sorties en bonne et due forme, on attendait un nouveau rôle marquant pour ce comédien d'exception.

C'est véritablement lorsqu'il est choisi pour incarner Sirius Black dans Harry Potter et le prisonnier d'Azkaban en 2004 que la carrière de Gary Oldman est relancée. Il n'a pas son pareil pour incarner des personnages équivoques, dont on ne sait quoi penser de prime abord. Ses meilleures compositions présentent un caractère double. Ainsi, on ne sait pas d'abord s'il est l'ami ou l'ennemi du jeune magicien, celui qui a livré ses parents à leur assassin, Voldemort. Le charisme trouble de l'acteur sert fort bien cette adaptation cinématographique du roman de J.K Rowling. Cet épisode quittait véritablement le monde de l'enfance. L'apparition du comédien à ce moment de la saga était particulièrement judicieuse puisqu'il introduit la complexité psychologique du monde des adultes, qui a perdu sa naïveté et qui découvre la souffrance. Il est celui qui accompagnera Harry dans ses premiers pas de jeune homme, une sorte de conscience apaisante, jusque dans le dernier volet en date Harry Potter et l'ordre du Phoenix.

 

Gary Oldman, avec The Dark Knight de Christopher Nolan revient à un monde plus noir, dans un film sur lequel il ne tarit pas d'éloges (et il est loin d'être le seul). Il donne de la profondeur à Gordon, avant tout un homme qui fait tout pour protéger sa famille, se tenir à l'écart de la corruption, humblement, sans avoir personne pour l'appuyer et la dénoncer avant l'arrivée du chevalier Noir. Il est l'un des derniers honnêtes hommes de Gotham City. Oldman l'enrichit d'une sorte de fébrilité et de sa vulnérabilité habituelle, mais toujours avec une légère pointe de fantaisie (dans Batman Begins lorsqu'il se retrouve au volant de la batmobile). Il le rend tout simplement humain, à l'opposé de son modèle en B.D, plongé dans la noirceur d'une ville corrompue et souvent totalement désabusé. Batman est un personnage schizophrénique par essence que Nolan sublime dans son dernier opus, menant ainsi une réflexion sur la dualité. Et Gordon, habituellement un personnage fonction, participe à cela, d'une manière quotidienne et plus prosaïque que les héros costumés: il est un homme pris entre sa vie de flic et sa vie de famille. 

Le fait qu'Oldman ait été choisi pour enrichir l'âme sombre de The Dark  Knight est révélateur. Il a connu dans sa carrière tous les tourments et toutes les fantaisies et les a personnifiés de manière souvent magistrale. Il est devenu l'un de ces acteurs fascinants que l'on redécouvre à chaque fois, enrichi par l'expérience de tous ses rôles et de tous les états d'âme qu'il a su traduire. Avec le temps et libéré de ses fièvres et de ses excès, peut-être aussi de quelques démons, Gary Oldman s'est imposé comme une référence indiscutable.

 


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