Han Suk-Gyu

Le portrait de Han Suk-Gyu


Han Suk-Gyu dans THE SCARLET LETTER

Les débuts : une ascension fulgurante

Né en 1964, Han Suk-Gyu commence sa carrière au début des années 1990 en tant qu'acteur de doublage. Après s'être fait connaître dans la série télévisée Moon Over Seoul aux côtés de Choi Min-Sik (Old Boy) en 1994, il tourne un an plus tard dans Dr Bong, de Lee Kwang Hoon (qui réalisera plus tard The Legend of the Evil Lake). A l'époque, le marché domestique est encore très largement dominé par les productions américaines, mais Dr Bong s'impose comme l'un des films coréens les plus populaires de l'année. C'est en 1996 que deux films se hissent dans le top 10 de l'année, redonnant espoir aux productions locales. Parmi elles, The Gingko Bed, avec Han Suk-Gyu et réalisé par un certain Kang Je-Gyu qui nous livrera plus tard Shiri et Frères de Sang. Vu à travers les yeux des spectateurs d'aujourd'hui, The Gingko Bed n'est pas un chef d'œuvre, surtout comparé à ce que le cinéma coréen nous a offert depuis. Mais ce film novateur pour son époque mérite tout de même qu'on s'attarde sur son cas.


THE GINGKO BED / Han Suk-Gyu, Shin Hyun-Jun et Jin Hee-Kyun dans THE GINGKO BED

The Gingko Bed raconte l'histoire d'amour entre un musicien (Han Suk-Gyu) et une princesse (Jin Hee-Kyun), séparés par un général cruel et possessif (Shin Hyun-Jun) amoureux de la demoiselle. Mille ans plus tard, à notre époque, un artiste peintre fait l'acquisition d'un mystérieux lit fabriqué avec le bois de deux gingkos. Ce lit fait ressurgir le fantôme de la princesse qui lui annonce qu'il est la réincarnation du musicien qu'elle aimait dans le passé. Mais le général revient lui aussi pour les empêcher de se réunir… The Gingko Bed connaît un gros succès lors de sa sortie puisqu'il comptabilise plus de 450 000 entrées rien qu'à Séoul et se classe en 8e position au box-office de l'année, devançant nombre de grosses productions américaines. Avec ce film romantique sur fond de voyage dans le temps, Kang Je-Gyu s'assure un public en jouant la carte du mélodrame. Ce genre était en effet comme une seconde nature pour le cinéma coréen durant les décennies précédentes – une donnée toujours perceptible à l'heure actuelle. Mais Kang Je-Gyu prend aussi un risque en s'attaquant au genre du fantastique, qui n'était pas encore ancré dans le cinéma local, et son film marche ainsi directement sur les plates-bandes américaines. The Gingko Bed est aussi l'occasion de voir les débuts des effets spéciaux du cinéma coréen, et si le résultat n'est pas au niveau des productions américaines de l'époque, il parvient tout de même à communiquer une certaine poésie. The Gingko Bed est un film imparfait, parfois maladroit, mais les scènes montrant la vie antérieure des personnages sont poétiques et l'entremêlement des deux histoires, passée et présente, est plutôt bien construit, d'autant plus que la composition musicale est superbe. The Gingko Bed représente une étape importante dans la nouvelle vague du cinéma coréen, en plus de marquer la première collaboration entre Kang Je-Gyu et Han Suk-Gyu.



La consécration

1997 est une année prolifique pour Han Suk-Gyu. Il retrouve Choi Min-Sik dans No.3, comédie policière décalée réalisée par Song Neung-Han et dans laquelle apparaît aussi Song Kang-Ho (JSA, Sympathy for Mr. Vengeance) dans le rôle d'un gangster. Lauréat du prix du scénario et du prix du meilleur réalisateur débutant aux Blue Dragon Film Awards (prestigieux prix attribués chaque année, en concurrence avec ceux décernés par le Daejong Film Festival), No.3 acquiert rapidement une réputation de film culte. Han Suk-Gyu ne s'arrête pas là cette année puisqu'on le retrouve aussi dans Green Fish, qui marque l'arrivée sur le devant de la scène du réalisateur Lee Chang-Dong (Peppermint Candy, Oasis). Green Fish obtient aux mêmes Blue Dragon Film Awards de nombreux prix dont celui du meilleur film, du meilleur réalisateur et du meilleur acteur dans un premier rôle pour Han Suk-Gyu – un prix amplement mérité pour le comédien. Green Fish raconte l'histoire d'un jeune homme qui revient dans sa ville natale après son service militaire et qui, devant les difficultés à trouver un emploi et la nécessité d'aider sa famille, plonge dans le milieu du crime organisé. Premier long métrage de Lee Chang Dong, Green Fish est une œuvre pessimiste et touchante, une véritable descente aux enfers dans une société coréenne cynique. Décidément très présent, le comédien tourne aussi la même année dans The Contact, un film de Jang Yun-Hyun qui raconte une romance sur Internet. The Contact se classe 6e au box-office de l'année, dépassant des productions américaines telles que Men in Black et Air Force One.


Han Suk-Gyu et Shim Hye-Jin dans GREEN FISH

Han Suk-Gyu interprète l'année d'après ce qui reste l'un de ses rôles les plus marquants dans le magnifique Christmas in August, de Hur Jin-Ho. Projeté à Cannes en mai 1998 en section parallèle, ce premier long métrage raconte l'histoire d'un photographe atteint d'une maladie incurable qui rencontre une contractuelle (Shim Eun-Ha). Au lieu de montrer directement la souffrance physique et les détails cliniques de la maladie, Hur choisit de se concentrer sur la vie quotidienne de son personnage et la manière dont celle-ci va changer au fur et à mesure de la progression de la maladie. Il dresse un portrait bouleversant et plus vrai que nature de cet homme qui n'en a plus pour très longtemps à vivre, et l'interprétation de Han Suk-Gyu en est un atout majeur puisque le comédien parvient à donner vie à son personnage avec une intensité rare. Christmas in August marque aussi la première rencontre de Han avec la comédienne Shim Eun-Ha, avec qui il partagera par la suite la vedette dans La 6e Victime.


Han Suk-Gyu et Shim Eun-Ha dans CHRISTMAS IN AUGUST

Alors que les films coréens commencent timidement à faire commercialement concurrence aux productions américaines au box-office local, le pas est définitivement franchi en 1999. Cette année-là, Kang Je-Gyu revient avec le film qui changera radicalement la face de l'industrie : Shiri. Plus grand succès de tous les temps en Corée lors de sa sortie, Shiri se classe de très loin premier au box-office de l'année avec près de 2 500 000 entrées rien qu'à Séoul (le double de La Momie, qui se classe second), dépassant le score de Titanic l'année précédente (qui enregistrait presque 2 millions d'entrées). C'est Han Suk-Gyu qui interprète le rôle principal face à la comédienne Kim Yoon-Jin, vue récemment dans la série américaine Lost. Et puisque le monde était alors décidément petit dans le cinéma coréen, Shiri permet aussi à Han de rencontrer à nouveau les comédiens Choi Min-Sik et Song Kang Ho dans des seconds rôles. Film d'action efficace, Shiri mêle une intrigue d'espionnage au mélodrame (le dénominateur commun des films coréens) et représente non seulement une étape commerciale pour le cinéma coréen mais aussi une avancée formelle significative. Rivalisant avec les productions occidentales quant à la maîtrise de sa mise en scène, Shiri place la barre très haut tant artistiquement que techniquement pour une industrie encore en pleine réémergence et devient rapidement un sujet d'étude dans les écoles de cinéma ainsi qu'un modèle pour les réalisateurs débutants. Shiri achève aussi d'installer Han Suk-Gyu, dont le nom au générique rime avec succès, comme l'un des acteurs majeurs de la renaissance de ce cinéma.


Han Suk-Gyu et Choi Min-Shik dans SHIRI

La même année, Han Suk-Gyu tient le premier rôle dans La 6e Victime (sorti en France en juin 2002), travaillant pour la seconde fois avec le réalisateur Jang Yun-Hyun après The Contact et retrouvant l'actrice Shim Eun-Ha, sa partenaire dans Christmas in August. Dans ce thriller noir, un tueur en série dépose des morceaux de ses victimes dans des sacs poubelle aux quatre coins de la ville. Distillant une atmosphère pesante soutenue par une très belle bande originale (dans laquelle on retrouve Enya et Placebo), La 6e Victime surfe habilement sur la vague initiée par Seven sans pour autant plagier l'œuvre de David Fincher. L'alchimie entre Han Suk-Gyu et Shim Eun-Ha s'avère encore une fois parfaite, l'actrice étant d'ailleurs sans doute sa meilleure partenaire. C'était malheureusement la dernière fois qu'ils devaient tourner ensemble.



Avec Shiri et La 6e Victime, Han Suk-Gyu apparaît au premier plan dans deux films classés au top 10 du box-office domestique 1999 (toutes provenances confondues), lui permettant de confirmer son statut d'acteur numéro un dans le cœur du public coréen. Pourtant et contre toute attente, il se retire momentanément de l'industrie pendant plusieurs années au cours desquelles il ne se montrera que brièvement dans quelques publicités et productions télévisées.


LA 6e VICTIME aka TELL ME SOMETHING

Le retour

Après presque quatre ans d'absence, Han Suk-Gyu fait son grand retour avec le très attendu Double Agent (aka Comrade). Ce thriller d'espionnage de Kim Hyung-Jung est le troisième film coréen à évoquer explicitement le conflit entre les deux Corée après Shiri de Kang Je-Gyu et JSA de Park Chan-Wook. Ne lésinant pas sur les scènes de torture, Double Agent montre une vision peu glamour du milieu de l'espionnage et bénéficie d'un scénario solide et d'une ambiance noire efficacement entretenue. Dans le rôle d'un agent nord coréen infiltré en Corée du Sud, Han Suk-Gyu parvient sans mal à transmettre les dilemmes intérieurs de son personnage pris entre son sens du devoir et la tentation de partir pour mener une nouvelle vie. Malgré sa qualité, Double Agent ne réussit pas à se propulser jusqu'aux premières places du box-office de l'année, occupées par des productions telles que Silmido et Memories of Murder. Le comédien qui symbolisait quelques années auparavant la reprise du cinéma du Pays du Matin Calme aurait-il perdu de son aura?


DOUBLE AGENT

Han Suk-Gyu poursuit sa carrière en 2004 avec The Scarlet Letter, drame de Daniel Byun Hyuk dans lequel le comédien interprète un policier qui enquête sur la mort du gérant d'un studio de photographie. Il doit interroger la femme de la victime sur ses relations extraconjugales, alors que lui-même trompe son épouse avec une amie de celle-ci. S'il ne cartonne pas au box-office, The Scarlet Letter est l'occasion pour Han Suk-Gyu d'être à nouveau nominé au Blue Dragon Film Awards pour le prix du meilleur acteur (qui sera finalement remporté par Jang Dong-Gun pour Frères de Sang), tandis que sa partenaire, la regrettée Lee Eun-Joo (Frères de Sang), sera elle aussi nominée pour le prix de la meilleure actrice.


THE PRESIDENT'S LAST BANG

En cette année 2005, Han Suk-Gyu a enchaîné deux films. C'est surtout avec The President's Last Bang, de Im Sang-Soo, qu'il revient en force puisque l'œuvre fait beaucoup parler d'elle suite au scandale médiatique provoqué par le sujet dont elle traite. Le réalisateur de Une Femme Coréenne aborde en effet l'assassinat du Président Park Chun-Hee le 26 octobre 1979 et offense la famille du défunt en présentant celui-ci comme un dictateur aux moeurs légères. Amputé par la Censure de ses premières et dernières minutes (des images d'archives), le film sort néanmoins sur les écrans et intéresse les distributeurs étrangers puisqu'il s'exporte en Occident, notamment en France où il sort le 5 octobre 2005. Cette oeuvre noire met en scène un véritable bain de sang en adoptant un ton surréaliste parfois comique. Le casting est brillant – il compte Han Suk-Gyu mais aussi Baek Yoon-Shik de Save The Green Planet – et la mise en scène de Im Sang-Soo est aussi maîtrisée que dans ses oeuvres précédentes.
Dans la toute récente comédie Mr Houserkeeper, Han partage la vedette avec Shin Eun-Kyung, star de My Wife is a Gangster (Jo Jin-Gyu) et change radicalement de registre puisque ses derniers films (avant et après l'interruption de sa carrière) le mettaient davantage en scène dans des univers sombres ou dans des rôles dramatiques. Il joue ici un homme au foyer qui se déguise en femme afin de participer à un Quiz Show télévisé destiné aux femmes au foyer...


MR HOUSERKEEPER

Han Suk-Gyu fait partie des acteurs incontournables qui ont émergé au moment du renouveau du cinéma coréen et qui ont accompagné les débuts de réalisateurs tels que Lee Chang-Dong et Kang Je-Gyu, dont les noms ont largement dépassé les frontières de la Corée depuis. Face à une production américaine écrasante, la popularité du héros de Shiri s'est révélée un atout majeur dans la reconquête du box-office domestique par les films coréens. Si Han Suk-Gyu confiait dans une récente interview qu'il préférait tourner dans des films accessibles à un large public plutôt que dans des films indépendants, force est de constater qu'il est loin de négliger l'importance d'un bon scénario et d'une bonne mise en scène, ce que prouvaient Shiri, Christmas in August et La 6e Victime il y a quelques années, et ce que prouvent encore ses récents Double Agent et The President's Last Bang. Des choix toujours judicieux et variés pour un acteur capable d'endosser le costume de monsieur tout le monde comme celui de l'agent au regard impénétrable, et qui participe à faire rayonner le cinéma coréen à travers le monde.





FILMOGRAPHIE

Mr Houserkeeper (2005), de Yu Seon-Dong

The President's Last Bang (2005), de Im Sang-Soo

The Scarlet Letter (2004), de Daniel Byun Hyuk

Double Agent (2003), de Kim Hyung-Jung

La 6e Victime (1999), de Jang Yun-Hyun

Shiri (1999), de Kang Je-Gyu

Christmas in August (1998), de Hur Jin-Ho

The Contact (1997), de Jang Yun-Hyun

No. 3 (1997), de Song Neung-Han

Green Fish (1997), de Lee Chang-Dong

The Gingko Bed (1996), de Kang Je-Gyu

Dr Bong (1995), de Lee Kwang-Hoon

Moon Over Séoul (1994), série TV


Source pour les chiffres : Darcy's Korean Film Page

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