Pourquoi on t'aime Jennifer Jason Leigh ? Réponse en dix points.
Parce qu'on t'a connue dans un film de Verhoeven
Te découvrir dans La chair et le sang de Paul Verhoeven n'est pas une mince victoire. On imagine le Hollandais violent précis et exigeant ; toi, tu fais passer ses sentiments ambivalents et ambigus par ton simple jeu, lors de la terrible scène de viol, notamment. Tu dévoiles ici déjà des abîmes de complexité au fur et à mesure que ton personnage, qui semble avoir été écrit pour toi, côtoie les bandits. C'est ici que se niche finalement la plus brillante idée du film, dans le portrait de cette demoiselle attentiste et ambiguë. Avec ses regards en coin et son innocence perverse, elle incarne ici le péché originel et stimule durablement l'imaginaire.
Parce que Rutger Hauer
La Chair et Le sang a scellé votre histoire d'amour et vous étiez beaux sous la caméra de Paul Verhoeven dans des scènes d'amour hautement sensuelles et au riche potentiel érotique. Le film s'achevait sur la victoire de Jennifer et l'échec de Rutger. Dans Hitcher, Rutger est un psychopathe redoutable. Il te retrouve et t'écartèle avec une méchanceté insoutenable. Votre passion SM n'est pas prête de s'achever. Je reste intimement convaincu qu'on vous retrouvera. Dans un délice filmique futur, peut-être, mais on vous retrouvera. Après une longue traversée du désert (sur laquelle on préfère ne pas revenir), il est de retour cette année dans deux films marquants : Sin City, de Robert Rodriguez et Frank Miller (apparition brève mais marquante) et surtout Batman Begins de Christopher Nolan. Aujourd'hui, il tourne avec Takashi Miike. Sous l'égide de Paul Verhoeven, cinéaste sulfureux et intelligent, vous avez formé (in)consciemment un couple anti-Hollywoodien au possible, génialement excentrique, foncièrement pervers et incroyablement beau. Car, oui, vous êtes beaux.
Parce que tes personnages, forts et extrêmes, te ressemblent...
Depuis ce film - qui nous l'a fait connaître -, on sait que l'actrice possède une faculté à retranscrire le mal-être, le désarroi psy, la détresse... Tu ne cherches pas à plaire ; tu n'arbores pas les sourires niais comme pléthore de tes collègues et choisis des rôles si possibles hors des normes. Dans JF Partagerait appartement, de Barbet Schroeder, tu n'hésites pas à incarner une colocataire timbrée qui tente de zigouiller la vie de son autre coloc (Bridget Fonda) et plonge tête la première dans les arcanes de la folie. Dans Short Cuts, de Robert Altman, tu te montres adepte du téléphone rose en changeant les couches de ton môme. Dans Dolores Claiborne, de Taylor Hackford, tu traduis au plus juste l'incapacité à être comme tout le monde et à faire fi des souvenirs qui ruinent le cerveau et le bien-être. Dans In the cut, le sublime film de Jane Campion injustement boudé qui prend son temps pour sonder les maux intérieurs d'une femme qui redécouvre le désir et le sexe, tu es cette sœur marginale qui finira dans des circonstances qui défient la décence... Infime partie d'une filmographie jonchée de prestations tout aussi singulièrement brillantes.
Pour ta folie
Tu ne plais pas à tout le monde et ceux qui ne voient pas ta beauté sont aveugles. Tu es l'incarnation de l'actrice parfaite. L'éclectisme de tes choix artistiques confirme que tu as soif de folie et d'originalité. Last Exit à Brooklyn, Short Cuts, The Machinist, Le grand saut, JF partagerait appartement, eXistenZ...Tu ne te soucis pas du qu'en-dira-t-on, tu ennuies les bénis-oui-oui et tu fais ce que t'as envie de faire. Bien t'en prends.
Parce que tu transcendes même la musique
On n'est pas prêt d'oublier ta performance de 8 minutes sur la chanson de Van Morrison dans Georgia de Ulu Grosbard. Grâce à toi, la scène prend de l'ampleur et tu t'imposes comme l'incarnation de la douce mélancolie.
Parce que tu ne ressembles qu'à toi-même
Les actrices se prennent trop pour des top models et n'osent plus s'investir à fond dans le métier. Tu les éteins les unes après les autres par la froideur de ton jeu et la non peur de te mettre en danger. Ce que tu fais dans JF partagerait appartement, thriller fréquentable de Barbet Schroeder qui vaut essentiellement pour toi, est simplement prodigieux.
Parce que tu es simplement bouleversante dans Dolores Claiborne
D'aucuns osent critiquer cette adaptation d'un roman de Stephen King ; elle est simplement excellente. Les qualités ? Atmosphère ouatée, entrelacs de flash-back très habile et surtout émotion, émotion intense, que tu dégages dans le rôle de cette fille avocate brouillée avec sa mère (Kathy Bates, tout aussi remarquable). Tu tires la tronche parce que la litanie des jours qui se suivent sans fin t'a amoindri et tu échanges des adieux déchirants avec ta mère parce que tu t'es réconciliée avec elle. La seule chose qu'on a envie de faire, c'est venir te consoler.
Pour ton premier long-métrage
The Anniversary Party qui, malgré ses clichés, relevait d'un festival Jennifer Jason Leigh. L'autre bonne idée a été de t'être accouplé avec Alan Cummings, autre barge Hollywoodien qui n'a peur des rôles barrés. Mon amie Sandrine Marques ici http a dit de toi : "sexy, à sa manière non ostentatoire, parfois laide ou inquiétante, Leigh accule ses partenaires. Au risque de la fadeur, ils lui donnent la réplique. Pas facile de s'insinuer dans l'univers complexe de l'actrice ou encore de soutenir son regard pétrifiant. Plus que d'advenir au plan, le plan advient par elle, radieux. Jennifer Jason Leigh est assurément l'un des plus beaux accidents du cinéma américain." Sandrine a tout compris.
Parce que tu reviens en force cette année
Je ne sais pas comment tu as fait mais tu as été cette année à l'affiche de trois films et pas des moindres : chaleureuse dans The Machinist où ton personnage donne du réconfort aux meurtrissures inconsolables de Christian Bale qui cherche à comprendre le pourquoi de son mal-être ; inquiétante dans Palindromes, où tu joues une gamine de 12 ans qui veut être enceinte et embrasse sa maman sur la bouche. Todd Solondz dit d'ailleurs à ton sujet qu'il avait terriblement envie de travailler avec toi et qu'il savait que tu serais capable de donner le meilleur de toi-même en campant ce rôle ardu. Il avait raison. Puis, pleine de compassion dans The Jacket, où, enlaidie mais bizarrement toujours aussi sexy, tu incarnes un ange lumineux sur le parcours ténébreux du protagoniste incarné par Adrian Brody.
Parce que Greenberg
Tu es revenue avec Noah Baumbach pour signer l'un des plus beaux films indépendants de ces dernières années, le sublime Greenberg.