La bomba latina, c'est elle. Elle joue, elle chante, elle danse, Jennifer Lopez, J-Lo pour les fans, possède plusieurs cordes à son arc. Ses détracteurs diront quant à eux que la belle se disperse beaucoup trop pour revendiquer une quelconque crédibilité sur grand écran. Les autres se rappelleront de certaines réussites marquantes telles que Hors d'atteinte ou U-Turn. Notre classe/pas classe se charge non pas de mettre tout le monde d'accord, mais plutôt d'alimenter le débat...
UNE VIE INACHEVEE : Classe
Toujours focalisé sur l'humain, soucieux de mettre à jour avec son objectif ses faiblesses et ses doutes, affairé à laisser parler les coeurs, Lasse Hallström donne la parole aux non-dits dans un film adroit et touchant sur la rédemption et le pardon. Une jeune femme décide de fuir la violence de son mari et se réfugie avec son fils chez son ancien beau-père. Une vie inachevée, c'est avant tout l'histoire de gens esseulés, éprouvés par l'existence, qui cherchent mutuellement à se porter secours, parfois vainement mais toujours avec la même volonté farouche de traverser les épreuves. Une vie inachevée évite habilement d'être simplement un nouvel opus sur l'Amérique profonde et sa culture d'aphasie. Malgré son estampillage Festival de Sundance assumé, malgré l'affiche, malgré les acteurs, malgré les plaines vertes retranscrites en grand angle, le film n'est pas qu'une énième descente antropologico-culturelle dans cette Amérique maintes fois dépeinte. Une oeuvre qui connaît ses limites, qui évite le piège du pathos et les lourdeurs scénaristiques qu'un tel sujet aurait pu produire. Pas de pitié biblique grossière, pas de grâce chevaleresque aveugle, juste des humains qui le temps d'une pellicule apprennent à pardonner.
THE CELL : Pas classe
Une psy plonge dans l'esprit d'un serial killer tombé dans le coma, afin de pouvoir retrouver la dernière personne qu'il a séquestrée, encore vivante. The Cell remet au goût du jour le très classique problème de la poule et de l'oeuf.... Qui a précédé quoi ? Le concept d'exploration du subconscient d'un sérial-killer ou l'envie de mettre en scène des visions baroques et expressionnistes issues des classiques de la peinture torturée, Jérôme Boch et Francis Bacon en tête ? Le handicap majeur de The Cell est effectivement ce recours systématique à une imagerie grandiose et ultra-graphique qui n'est jamais justifiée par un sujet qu'il finit par desservir. Si le concept a bien précédé l'attachement du réalisateur de pubs et de clips Tarsem Singh au projet, alors il faut bien reconnaître que son traitement est d'une grande pauvreté, au point qu'on se demande en quoi le résultat final diffère de l'intention initiale du scénariste. On a du mal à croire qu'un sujet aussi vaste et ambitieux que la matérialisation d'un univers intérieur et surtout son interaction avec des intrus puisse ne se résumer qu'à ce très vain cortège d'images uniquement choisies en vertu de leurs qualités esthétiques, le spectateur se creusant souvent le ciboulot pour comprendre en quoi elles peuvent bien servir le propos du film. Pour tout dire, c'est davantage les obsessions du ''designer'' que nous explorons ici plutôt que celles d'un terrible tueur en série. Pour la visualisation vraiment crédible des angoisses intimes, on conseillera plutôt aux possesseurs de PC de jouer au terrifiant Sanitarium qui manie à merveille l'onirisme et la psychologie, dépaysement assuré ! S'il possède malgré tout d'indéniables qualités visuelles et quelques adroites trouvailles dramaturgiques, The Cell souffre trop de sa naïveté et d'une volonté évidente d'épater la galerie pour être autre chose qu'un triste gâchis. Plus proche de Labyrinth que du Ubik de Philip K. Dick, ce n'est qu'un film de technicien, soigné mais sans âme.

HORS D'ATTEINTE : Très classe
Gentleman cambrioleur, Jack Foley moisit derrière les barreaux du pénitencier d'Etat de Glades en Louisiane. Cet homme qui a plus de cent casses sans armes a son actif ne rêve que de liberté et réussit a se faire la belle. Son copain Byddy Bragg l'attend de l'autre cote. Mais il y a également une visiteuse inattendue, le marshal Karen Sisco, une fort jolie femme venue délivrer une assignation. Elle tente de s'interposer et se retrouve prise en otage, enfermée dans un coffre de voiture en compagnie de Jack. Serre contre elle, Jack rêve d'une autre rencontre. Bonne époque pour le beau gosse d'Urgences et J-Lo from the Block : ce couple classe et improbable est l'ombre et la lumière de ce polar d'une élégance infinie. On décèle l'influence ostensible de Quentin Tarantino à travers Elmore Leonard (Jackie Brown est adapté de Punch Créole, un roman de Leonard). C'est sans doute le meilleur Soderbergh.
JENNIFER LOPEZ : LET'S GET LOUD : Pas vraiment classe
Les parents de Jennifer Lopez sont porto ricains et ce n'est pas un hasard si la comédienne-chanteuse a choisi le Roberto Clemente Stadium pour son premier concert le 20 septembre 2001. Accompagnée d'un groupe de dix musiciens, quatre choristes et onze danseurs, la star présente un spectacle de qualité qui plaira à ses fans sans pour autant les épater. Son jeu de scène est parfois pauvre, et la comparaison avec une artiste comme Madonna lui est fatale. Le chorégraphe n'est autre que son ex-mari Cris Judd. Cependant, sur le plan purement musical, le résultat se montre véritablement satisfaisant : J-Lo n'est pas chanteuse par caprice, il est évident qu'elle est à l'aise dans ce domaine.
Alors débutante, certes, mais aussi prometteuse.
LES OUBLIEES DE JUAREZ : Pas classe
Il ne fait pas bon être une femme à Ciudad Juarez, petite ville Mexicaine. On ne compte plus les cadavres mutilés ou non retrouvés en train de pourrir dans le désert, mais que la police locale ne fait que recenser comme statistiques. Entre corruption généralisée et craintes de représailles des cartels de la drogue, l'enquête n'avance pas. Sauf dans Les oubliées de Juarez, le film de Gregory Nava où une journaliste américaine se rend dans la bourgade pour un article sur le sujet. Comme dans un édifiant téléfilm, elle découvre ce dont l'on se doute déjà avec un grand effarement. Nava signe un film évidemment sain pour expliquer à tout ceux qui la ne connaîtraient pas l'insupportable situation de Ciudad Juarez, zone de non-droit où l'on à massacre des femmes par centaines au long des années. Mais d'une inefficacité totale quand il change de sujet pour expliquer façon cours pour classe de CP, les malversations des entreprises américaines dans ce coin du Mexique. Difficile de vouloir faire à la fois du social et un thriller. Nava ne choisit pas et sombre dans un polar certes moins édifiant que son contexte, mais qui finit par tomber des yeux quand il a recours à une émotion un rien putassière quand elle met en scène un misérabilisme assez malhonnête. Le vrai film sur Ciudad Juarez reste donc à faire.
PERE ET FILLE : Classe
Kevin Smith, le réalisateur trublion de Hollywood, délaisse ses « monstres » friands de vulgarité, les « sex-addicts » tels que Jay-Jay et Silent Bob pour se tourner à nouveau vers le registre de la comédie romantique saupoudré d'un brin de drame, précédemment abordé avec le très beau et toujours inédit en DVD zone 2 Chasing Amy, aka Méprise multiple. Et il n'y a pas à dire, dès que le réalisateur décide de faire preuve de maturité et de laisser sortir l'homme caché derrière l'enfant terrible, son discours sait se montrer subtil, drôle et touchant tout en gardant la « Smith Touch » en matière de dialogues. Car c'est bel et bien ému que l'on sort de la projection. Emu par l'histoire en elle-même, pourtant sans grande originalité, touché par des acteurs, Liv Tyler en tête, d'une redoutable générosité et par un Kevin Smith plongeant, comme rarement il ne l'avait osé, dans un romantisme merveilleusement mis en image. Cependant, une chose est certaine : Smith ne révolutionne pas le genre en utilisant une trame aujourd'hui largement éculée et un final sans grande surprise, pour ne pas dire prévisible. Mais au diable l'originalité ! Au gré de ces 100 minutes de romance et de relation père/fille, c'est sous le charme que nous tombons : des dialogues signés Kevin Smith, toujours aussi acerbes et percutants, une réalisation qui ne s'éternise jamais sur la mièvrerie que pourrait facilement engendrer certaines situations et vous obtiendrez une comédie romantique de premier choix, pour ne pas dire la comédie romantique de l'année.
PLUS JAMAIS : Pas classe
Slim, une jeune serveuse, voit sa vie conte de fée tourner au cauchemard lorsqu'elle se rend compte que son mari la trompe. Il pète alors littéralement un câble et devient un danger pour elle et sa fille. La fuite s'impose... Film dénonçant la violence domestique, Plus jamais arpente les voies déjà bien rodées du thriller. Michael Apted s'en sort plutôt bien dans la première partie du film...du moins : une course poursuite acharnée violente et bien menée. Malheureusement le second acte rockyesque s'avère bien moins convaincant. Rapidement expédié et sans conviction, il brise tous les efforts de la première partie.
SA MERE OU MOI : Pas classe
Pour son retour après quinze ans d'absence sur le grand écran (son dernier film étant Stanley & Iris avec Robert de Niro en 1990), Jane Fonda ne mise pas vraiment sur le bon cheval pour une bonne mise en forme. Plantée entre une Jennifer Lopez aux talents de comédienne toujours aussi limités et tentant de faire rire en sur-jouant son côté godiche et un Michael Vartan bien loin de son rôle d'espion dans Alias où il est définitivement bien plus à l'aise, la comédienne adopte un registre qu'elle peine à maîtriser et tombe très vite dans la pitrerie et la caricature. A partir de là, il devient bien difficile d'accrocher aux différents partis pris du réalisateur et aux histoires annexes. Il reste certes un certains plaisir pour les amateurs de comédies romantiques mais l'on aurait ardemment souhaité un retour plus jouissif pour une comédienne qui marqua incontestablement le cinéma américain des années 70. Dommage !
SHALL WE DANCE : Assez classe
Voilà bien longtemps que l'on n'avait pas vu Richard Gere dans une sympathique comédie romantique (dans laquelle il n'est pas le séducteur qui fait fondre toutes les femmes sur son passage) et ce malgré la présence à l'affiche de J-Lo. Car il faut bien reconnaître une chose : si ce gentil film ne révolutionne pas le genre, - le film japonais éponyme, inédit en France, dont celui-ci est le remake se tient mieux- il tient bien la route et devrait combler sans mal les amateurs du genre (les autres risquant de trouver l'ensemble bien trop sirupeux et mielleux). Bien sur cette petite romance respire le bon sentiment, sortant les violons quand il faut pour tenter de nous tirer la petite larme du bonheur, mais le savoir faire est au rendez-vous et il serait bien dommage de bouder son plaisir.
BLOOD & WINE : Assez Classe
On pourrait ergoter sur les mérites des films du Nouvel Hollywood que réalisa Bob Rafelson (Five easy peaces, La dernière corvée, The king of Marvin Gardens). Curieusement ce sont ses étranges thrillers qu'il signa dans les années 90 qui vieillissent le mieux. Par exemple Blood & Wine, mix inattendu entre polar des familles et satire de la petite bourgeoisie de Floride. Sans doute parce que cette histoire d'embrouilles entre un marchand de vins qui ne doit sa bonne fortune qu'à sa riche femme, un vieux braqueur de coffres et la nourrice qui officie chez un de ses clients est portée par une aigreur sourde. Ou parce qu'un humour des plus vachard barre la route dès que le scénario veut aller vers une structure de film policier classique. La présence sardonique de Jack Nicholson et celle tout en understatement british de Michael Caine renforçant la réussite de ce film atypique.
U-TURN : Classe
Un jour, Oliver Stone décida que ses films seraient avant tout un exercice de style avant-gardiste. U-Turn fait se culbuter Red Rock West, la vision d'une Amérique péquenaude de Russ Meyer tout en devançant de dix ans les expérimentations visuelles de Tony Scott. Enoncé ainsi, ça à un air indigeste, un petit côté mauvais goût. C'est justement cette partie de trop plein, de télescopages inédits qui fait le sel de ce polar déviant, voulant rattacher une trame de scénario de film noir des années 40 à la décadence clipesque des années 90. La femme fatale c'est Jennifer Lopez, le mari qu'elle verrait bien disparaître, Nick Nolte, le dindon de la farce, Sean Penn. Le tout sous la moiteur palpable de l'Arizona. U-Turn concentre tout un pan de folklore américain et le met sous pression comme une canette laissée sous un soleil de plomb. Stone s'amusant forcément à la secouer énergiquement avant de l'ouvrir. Le résultat ? Une peinture au jet, aussi délirante et dégoulinante de l'Américana la plus bouseuse qui soit. Bienvenue au pays des rednecks.
AMOURS TROUBLES (Gigli) : Presque classe
En 2003, Jennifer Lopez et Ben Affleck n'étaient pas des acteurs, mais des stars de la presse people. Sony a voulu profiter de cette pub gratos en réunissant le couple à l'écran. Mais pas vraiment celui que les lecteurs de Voici attendaient : Affleck y est un tueur à gages pas très doué, Lopez une tueuse lesbienne envoyée surveiller si le premier mène un contrat (le kidnapping d'un autiste, façon Rainman, frère d'un procureur) à bien. Ce pitch aurait pu faire un bon Tarantino. Il n'aurait même pas eu à changer certains dialogues improbables (comme celui sur les mérites du pénis et du vagin), ni à modifier un style oscillant entre comédie romantique et film policier, encore moins les guests de Gigli (Christopher Walken, Al Pacino), ou des seconds rôles bouffeurs de scène comme Lainie Kazan en mère d'Affleck élucubrant sur la condition féminine dans l'Amérique contemporaine. Le problème de Gigli reste que Martin Brest est un cinéaste sans personnalité, un bon faiseur mais incapable de laisser une empreinte sur un film. Gigli est donc passé inaperçu, vite enterré par une critique qui espérait voir Jen et Ben dans un truc mou du genou comme les films avec Tom Hanks et Meg Ryan plutôt qu'une vraie curiosité déviante et sympathique. A tort.
LE PLAN B : Un peu classe
D'une comédie romantique américaine, qu'attend-on ? A priori, qu'elle nous fasse rire et qu'elle nous émeuve, qu'on admire les personnages et qu'on puisse aussi s'y identifier. Les mètre-étalons de ces dernières années seraient souvent des films avec Hugh Grant, en tête, Coup de foudre à Notting Hill. Le Plan B reprend le principe nécessaire d'une rencontre inattendue, improbable, inopportune, où la relation amoureuse est quasi impossible...jusqu'à ce que les sentiments soient plus forts que la vie ! Alléluia ! Pour notre plaisir, nos éclats de rire et notre larmichette, Le Plan B relève de la catégorie « bonne comédie romantique américaine ». Sortez les midinettes.