John Travolta voit le jour en février 1954 dans le New Jersey. Au sein d'une fratrie nombreuse et grâce à ses parents à la sensibilité artistique, le garçon est encouragé à un très jeune âge dans son goût pour la danse, le chant et la comédie, arts auxquels on s'adonne dans le sous-sol familial. L'enfant se distingue très vite par ses aptitudes (gagnant des concours de danse, se formant à la comédie, se produisant localement sur les planches pour des petites représentations). Tout de ses passions de jeunesse, auxquelles il se consacrait totalement, se retrouvera dans sa future carrière. Il lâche le lycée à l'âge de 16 ans (avec une originalité: ses parents le soutiennent).
« Saturday night fever »
John Travolta part vivre avec sa soeur à New York et tente de percer dans le théâtre. Il connaît une période classique de vaches maigres (travaillant entre autres comme caissier pour se sustenter). Mais même fauché, l'autodidacte choisit de se cultiver (s'initiant par exemple à la grande littérature et au cinéma européen). Il décroche d'abord des petits rôles dans des pièces off-Broadway pour accumuler de l'expérience. Il tient un second rôle dans une production théâtrale de Grease, déjà à cette époque. Au cinéma, on l'aperçoit pour la première fois en 1975 dans un film d'horreur, la Pluie du diable, aux côtés d'Ernest Borgnine. Il atteint la même année le succès en décrochant un rôle dans une série télévisée qui durera quatre saisons (jusqu'en 1978), Welcome back, Kotter, devenant soudainement une icône adolescente.
Sur grand écran, il continue dans l'épouvante, dans un film autrement plus marquant, Carrie au bal du Diable de Brian de Palma en 1976. Forcé de refuser l'offre de Terrence Malick qui lui propose les Moissons du ciel pour cause de planning surchargé, Travolta est une superstar du petit écran. Il sera, dans les salles obscures, le héros de l'époque disco en incarnant le danseur prodige de la Fièvre du samedi soir de John Badham en 1977. L'étoile de John Travolta brille plus que jamais, il est l'idole d'alors. Il participe de plus au renouveau d'un genre quelque peu délaissé en cette fin des années 70, la comédie musicale. Il connaîtra la même fortune lorsqu'il prêtera ses traits aux mauvais garçon tentant de séduire la très BCBG Olivia Newton John dans Grease en 1978, fantaisie musicale acidulée s'inspirant du mythique la Fureur de vivre.
« Staying alive »
Tavolta aborde les eighties en étant glorieux et intouchable. Dans Urban cowboy de James Bridges, il inaugure assez brillamment la décennie, incarnant un jeune cow-boy amoureux de Debra Winger. La bande originale du film a connu un grand succès et a remis la country au goût du jour. Mais certains refus de l'acteur sont regrettables, notamment le rôle principal de American Gigolo de Paul Schrader ou encore Officier et gentleman (Richard Gere lui doit donc une fière chandelle). Et le relatif échec au box office de Blow out de Brian de Palma en 1982, malgré une réinterprétation magistrale de l'oeuvre d'Antonioni, plonge le comédien dans une période pleine d'incertitude, où le grand acteur qu'il est devient peu à peu un « has been ». La suite assez désastreuse de la Fièvre du Samedi soir en 1983, intitulée Staying alive et réalisée par Sylvester Stallone, ne fait rien pour arranger ses affaires. Dans le même esprit, on a tenté de réunir le couple vedette de Grease dans Second chance en 1984, mais l'entreprise ressemble plus une tentative vaine et poussive de redorer une gloire qui semblait alors définitivement révolue. Il retrouve James Bridges en 1985, pour Perfect, mais il ne déchaine plus les passions. Travolta devient persona non grata et beaucoup le considèrent comme littéralement fini. Payant pour ses mauvais choix, l'acteur, pourtant talentueux, est absent des écrans pendant plusieurs années.
C'est un succès surprise qui le remettra à flot en 1990. Même si dans Allo maman Ici bébé, il ne tient pas le haut de l'affiche, se faisant voler la vedette par un phoetus aux pensées très adultes (exprimées en V.O par Bruce Willis et en V.F par Daniel Auteuil), il n'en demeure pas moins que l'acteur, en géniteur sympathique du bébé, fait son retour. Cela lui permet surtout de rappeler son existence au monde. Comme à chaque fois qu'une idée est bonne et qu'elle rapporte, le film est suivi de deux séquelles pas très convaincantes (Allo maman c'est encore moi et Allo maman c'est Noël). Travolta semble sempiternellement victime de son succès, tentant de le réitérer jusqu'à ce que le filon s'épuise, et lui avec, dans la plus pure tradition hollywoodienne. Le purgatoire que l'on pouvait craindre alors, en 1993, n'allait heureusement pas durer longtemps.
« You never can tell »
C'est sur ce twist endiablé et ce refrain fredonné par Chuck Berry que John Travolta revient de sa disgrâce, emporté par l'enthousiasme d'un jeune dingue nommé Tarantino qui a écrit un rôle pour lui. Le comédien rappelle à tous son charisme dans ce chef d'oeuvre qu'est Pulp Fiction en 1994. L'acteur est pourtant réticent à danser à l'écran, ne voulant pas vivre éternellement de son ancienne gloire. Mais il se laisse diriger par le réalisateur dans une chorégraphie devenue légendaire et un rôle qui ne l'est pas moins, celui de Vincent Vega, tueur toxico et un peu ballot, d'une cool attitude à toute épreuve (sauf peut-être lorsqu'il doit planter une seringue dans le coeur d'une jeune femme ou qu'il macule une voiture avec la cervelle d'une innocente victime). Grâce à cette prestation glorieuse, il entre de nouveau dans une période faste.
Et cette fois Travolta ne va pas laisser passer sa chance, travaillant sans relâche pour maintenir la position que Tarantino lui a permis de reconquérir. Il est omniprésent. Il tourne pour Barry Sonnenfeld dans Get Shorty en 1996, devenant un truand qui va connaître le succès en adaptant son histoire pour Hollywood. Ironique et d'une prestance incontestable, Travolta en impose et emporte l'adhésion de tous. Il continue sur sa lancée et rencontre John Woo dans Broken Arrow, la même année. Le metteur en scène lui confie le rôle du méchant. Cynique à souhait et s'en donnant à coeur joie, Travolta, jadis propre sur lui, étonnera de nouveau dans le double rôle du bien nommé Volte-face, échangeant ses traits avec son ennemi juré, un terroriste incontrôlable incarné par Nicolas Cage. Cela lui permet d'être à la fois le héros pur, sans peur et sans reproche, et l'affreux sans scrupules ni morale. On retrouve cette même jubilation à dézinguer son image, jadis un peu trop lisse, dans le sympathique Michael de Nora Ephron, où il campe un ange tombé du ciel, pétri de tous les vices (il est mal embouché, boit fume, est libidineux et a les ailes qui se déplument). Phénomène de Jon Turtletaub où il incarne un homme avide de connaissances lui vaut également un beau succès. Il renoue avec des sommets qu'il n'avait pas tutoyés depuis près de vingt ans.
John Travolta se consacre à des projets plus ambitieux encore, campant par exemple le mari malheureux avec lequel Robin Wright Penn a refait sa vie dans She's so lovely de Nick Cassavetes. Il se joint à Costa Gavras pour camper le pauvre type acculé qui prend un journaliste en otage (excellent Dustin Hoffman) et se laisse manipuler par lui dans Mad City. En 1999, il se trouve parmi les très grands acteurs figurant au générique du chef d'oeuvre de Terrence Malick sur la guerre du Pacifique, la Ligne Rouge. Signalons également sa performance exceptionnelle dans Primary Colors de Mike Nichols en 1998, en homme politique en course pour les primaires, ressemblant fort à Bill Clinton. Les années 90 ont été prolifiques et riches pour l'acteur.
Pourtant, une faute de goût impardonnable, et scientologue (croyance dont Travolta est adepte de longue date), vient inaugurer le nouveau Millénaire: le désastreux Battlefield Earth (Terre champ de Bataille) de Roger Christian. Travolta, qui a pourtant passé du temps à redorer son blason, subit un échec cuisant avec ce film (sur lequel il a beaucoup misé). Ce four est suivi d'une comédie pas très convaincante de Nora Ephron, le Bon Numéro. Son rôle d'affreux manipulateur dans Opération espadon en 2001 n'est pas non plus du meilleur goût (et vaut avant tout pour la plastique de Halle Berry). Après une décennie presque sans fautes, ces apparitions sont décevantes et font craindre une autre traversée du désert.
Pourtant, l'acteur continue de livrer des personnage solides dans des rôles auxquels il confère sa densité notamment aux côtés de Joaquin Phoenix dans Piège de feu de Jay Russell (il est un pompier expérimenté qui prend son jeune compagnon sous sa protection). Dans Be Cool, il reprend son personnage de Get shorty avec classe et décontraction, tout en retrouvant Uma Thurman. Mais le film, s'il est relativement sympathique ne lui permet pas de revenir au premier plan. Il est également dans l'Intrus en père tentant de protéger son fils. Il change de registre dans Basic, réalisé par John McTiernan, enquêtant sur des morts mystérieuses survenues pendant un ouragan dans une base militaire. Il aborde également l'univers des comics dans The Punisher en 2004. Il y incarne le mafieux qui a ordonné le massacre de la famille du héros et qui devient la cible de sa vengeance. Il est un paumé vieillissant dans Love song, un vieux prof de littérature que Scarlett Johansson rencontre dans la maison de sa mère, récemment décédée. Ces films lui offrent des rôles variés et sont, pour la plupart, honorables. Cependant, on est loin des renaissances fulgurantes que le comédien a pu connaître par le passé.
Après une pause, Travolta est de retour en 2007 à l'affiche Bande de sauvages, comédie où il est au sein d'un groupe d'aspirants bikers en quête d'aventure (dont Tim Allen et Martin Lawrence). Dans Coeurs Perdus de Todd Robinson, il est l'inspecteur à la poursuite d'un couple assassin qui a sévi dans les années 40, incarné par Salma Hayek et Jared Leto. Mais c'est assurément lorsqu'il revient aux sources de la comédie musicale qu'il impressionne le plus, dans le rôle surprenant de la mère de la jeune fille voulant gagner un concours de danse télévisé dans Hairspray. L'acteur apparaît méconnaissable et travesti, obèse et le visage profondément modifié par un impressionnant maquillage. Il reprend ici un rôle créé par Divine dans le film original de John Waters. Le succès est immense, comparable à ceux de sa jeunesse dans ce domaine. Il a également prêté sa voix au héros de Volt, star malgré lui. Il revient au cinéma face à Denzel Washington dans le dernier film de Tony Scott, l'Attaque du métro 123, campant de nouveau un individu aussi dangereux qu'intelligent, prenant une rame en otage. On l'attend prochainement en nos contrées dans From Paris with love.
John Travolta a une carrière assez fascinante, inégale, certes, mais prouvant qu'un comédien, s'il a suffisamment de talent, peut se relever sans cesse tel un phoenix. Après la révélation fracassante de La fièvre du samedi soir, la belle piqûre de rappel de Pulp Fiction ou encore le contre-emploi virtuose de Volte-face ou celui, plus improbable, de Hairspray, il a fait preuve d'une audace et d'une maîtrise à toute épreuve. Malgré des choix parfois peu opportuns, des tentatives infructueuses de réitérer ses anciens succès, et de gros creux de la vague, Travolta est un acteur de tout premier ordre, de ceux auxquels on est attachés, car il a incarné au cinéma quelques moments qui se sont inscrits dans la légende.