Kenneth Branagh

Le portrait de Kenneth Branagh

D'origine irlandaise et issu d'un milieu humble, Kenneth Branagh naît le 10 décembre 1960 à Belfast. Ayant ressenti un grand choc devant une production télévisée de Hamlet (avec Derek Jacobi), il se lance à corps perdu dans le théâtre dès l'école. Il se consacre totalement à sa passion et envisage très vite d'en faire sa profession. Il intègre la Royal Academy of Dramatic arts. Il y incarne pour la première fois un Hamlet qui marque les esprits. Avant même le terme de ses études, il décroche des rôles à la télévision. 

Il est à vingt ans à peine sonnés, une révélation sur les planches. Il apparaît au cinéma d'abord dans les Chariots de feu, un peu plus tard dans Coming through, où il incarne D.H Lawrence. Il a même l'audace, rare, de se faire désirer à l'entrée de la Royal Shakespeare Compagny, voulant d'abord se consacrer à ses propres productions. Il triomphe ensuite dans le rôle principal de Henry V qu'il adaptera plus tard au cinéma (en 1991). Mais lassé par le fonctionnement de l'auguste compagnie (plus bureaucratique qu'artistique selon lui), il la quitte. 

On le voit alors beaucoup à la télévision. On commence à le remarquer sur grand écran dans Soleil Grec auprès de Jacqueline Bisset en 1987. Dans la mini-série Fortunes of war, il connaît un grand succès et rencontre Emma Thompson. L'histoire se déroulait en Pologne pendant l'invasion des nazis. Souvent plongé dans des contextes graves et denses, Branagh est impressionnant de charisme. Il fonde Renaissance, sa compagnie théâtrale, où la liberté artistique est la règle. Il côtoie les plus grands, notamment Judi Dench et celui qui causa sa vocation, Derek Jacobi.

Classiques revisités

A partir de son adaptation d'envergure de Henry V, il gagne sa réputation de metteur en scène. Il ose la démesure, des films longs et sans compromis, rendant totalement justice au texte de Shakespeare. Grâce à des acteurs chevronnés, on sent véritablement la menace de la bataille d'Azincourt se préciser. Il revient à la réalisation avec Dead again en 1992, où il partage l'affiche avec Emma Thompson. Il met en scène une enquête où un détective explore les rêves d'une jeune femme, qui sont en fait des réminiscences d'une autre époque. Il se livre à une belle variation autour de la réincarnation. Il explore donc deux temporalités (le récit a un pendant contemporain et un autre se déroulant à la fin des années 40). Branagh s'entoure encore une fois de ses acteurs fétiches, on a le sentiment à cette époque qu'il emmène sa troupe d'un film à l'autre. Il enchaîne avec les Amis de Peter où d'anciens condisciples de Cambridge se retrouvent après dix ans. 

L'une de ses adaptations les plus réussies de Shakespeare est Beaucoup de bruit pour rien où il entretenait une relation d'amour-haine avec Emma Thompson dans un univers où l'amour était allègre et servi par des acteurs prestigieux (dont Denzel Washington, Keanu Reeves dans celui d'un mauvais plaisant). On y badinait gaiement, avec une énergie revigorante et une belle mise en scène.

Branagh est au sein d'une comédie musicale étrange de Thomas Carter, se déroulant au moment de l'Allemagne nazie, Swing Kids. Son adaptation plus proche du classique de Mary Shelley renouvelle un grand monstre de cinéma, la créature créée par Frankenstein. Elle prend ici le visage tourmenté de Robert de Niro. Enfin, en 1995, l'acteur campe un Iago machiavélique et fourbe à souhait, face à un Laurence Fishburne d'une grande prestance dans l'adaptation réussie de Othello réalisée par Oliver Parker. 

Plus que jamais, Kenneth Branagh apparaît comme une référence en matière shakespearienne comme on le vérifie dans Looking for Richard de Al Pacino où il intervient pour se moquer des clichés liés au grand dramaturge. En 1997, il réalise une version hors normes de Hamlet, en transposant l'action au XIXème siècle. Il incarne un prince de Danemark traumatisé, pris dans un désir de vengeance presque hystérique. On retrouve Judi Dench, Derek Jacobi et on découvre une jeune Ophélie éblouissante et bouleversante en Kate Winslet. La version voulue par le réalisateur respecte le texte à la lettre et dure quatre heures. C'est une plongée fascinante dans ce classique absolu, beaucoup plus fiévreuse que la version de référence tournée jadis par Laurence Olivier.

Audaces et surprises

Branagh rencontre ensuite Robert Altman dans The Gingerbread man. Il interprète un avocat de renom, engagé par une jeune femme pour la défendre contre son père, Robert Duvall. Il s'essaie à des univers différents, où on ne l'attend pas forcément. Dans Celebrity de Woody Allen, il est clairement le double du réalisateur (adoptant son phrasé et le pastichant d'une manière un peu outrée). Il y est un journaliste au bout du rouleau, perdu dans le néant des mirages du showbizz. On songe à l'esthétique en Noir et blanc de Manhattan. La détresse du héros est si intense, qu'elle en devient dérisoire comme souvent chez le grand Woody. Il incarne également un prêtre tourmenté dans la Proposition de Lesli Linka glatter. Il y est proche du personnage de Madeleine Stowe. Cette dernière est une femme frigide qui a fait appel à un jeune homme pour tomber enceinte. Quand ce dernier est retrouvé mort, elle se confie à un homme d'église qui, peu à peu, s'attache à elle. Au coeur de ces tourments, Branagh est toujours juste.

Il cabotine d'une manière assez réjouissante dans Wild wild west, blockbuster par ailleurs assez moyen, où il joue le rôle du méchant. Même Will Smith reconnaît volontiers qu'on a vu mieux. Branagh tourne ensuite dans une romance touchante, Envole-moi de Paul Greengrass, aux côtés de Helena Bonham Carter (elle est atteinte d'un grave handicap, il est un artiste un peu farfelu et passionné d'aviation). 

Branagh jouit d'une grande renommée et d'une large palette. Il prête sa voix à la Route d'Eldorado. Il joue dans Conspiracy, film consacré à l'élaboration de la solution finale par les nazis. Il y incarne, assez brillamment le général S.S Heydrich. Ses rôles à la télévision ont souvent pour toile de fond un contexte historique lourd, souvent celui des deux guerres mondiales. Il a également été le narrateur de documentaires consacrés à cela.

Il revient, comme on pouvait s'y attendre, à Shakespeare, en 2001 avec Peines d'amour perdues. Mais son approche est, comme toujours, ambitieuse et originale. Il transpose l'action dans les années 30 et en fait une comédie musicale, rythmée notamment par Cole Porter ou la musique de Gershwin. L'irrévérence et la légèreté sont de mises, avec cette liberté et cette aisance audacieuse que Branagh a lorsqu'il s'empare des grands classiques, tout en ayant pour l'oeuvre originale un respect absolu. Mais il n'est p as interdit de s'amuser dans la forme.

En 2002, il rejoint l'école de Poudlard en tant que professeur dans Harry Potter et la chambre des secrets. Il y était un homme très imbus de lui-même, enseignant comment vaincre les forces du mal. Branagh ajoutait son nom à ceux d'autres grands de l'art dramatique britannique apparaissant dans la saga (de Alan Rickman à Gary Oldman). On le voit dans le fantaisiste Comment tuer le chien de son voisin en 2003, il retrouve le contexte de la première guerre mondiale dans Cinq enfants et moi. Mais ne connaissant que des succès relatifs, il se fait plus discret au cinéma, pour se concentrer sur le théâtre. 

Il endosse un rôle prestigieux, celui de Roosevelt dans le téléfilm Warm spring en 2005. Il se consacre ensuite à son adaptation de la Flûte enchantée de Mozart au cinéma, puis au remake d'un film de Mankiewicz, le Limier, avec Jude Law et Michael Caine en 2008. 

En tant qu'acteur il fait un retour remarquable dans Walkyrie de Bryan Singer, en officier complotant pour assassiner Hitler. Au sein d'une distribution comptant beaucoup de grands comédiens britanniques (dont Terence Stamp), Branagh excelle à suggérer la conscience tourmentée de son personnage. 

 

Avec des thématiques récurrentes dans son travail, notamment Shakespeare auquel il revient sans cesse (prochainement, il réalisera sa version de As you like it), Kenneth Branagh est incontournable. Même s'il s'est toujours défendu d'être le successeur de Olivier, Kenneth Branagh incarne un peu d'une grande tradition, celle de l'art dramatique britannique. L'Angleterre est un pays ou devenir un grand comédien nécessite un long apprentissage, académique et sérieux, pour perpétuer une tradition et maintenir vivants les grands textes du répertoire. Et c'est précisément ce que Branagh fait depuis toujours.



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