Né en janvier 1955 en Californie, Kevin Costner poursuit d'abord des études de marketing. Mais sa nature est rêveuse et contemplative, fasciné qu'il est par l'histoire ainsi que la nature (ce qu'on retrouve dans ses réalisations). Pourtant c'est en tant qu'athlète qu'il se distingue dans ses années d'apprentissage (pratiquant le baseball entre autres, ce qu'on retrouvera dans sa carrière d'acteur). C'est à l'université qu'il suit des cours d'arts dramatiques. Il a trouvé sa passion et ne la lâchera pas. C'est une rencontre avec Richard Burton qui change la vie de Costner. Le grand acteur lui conseille de tout abandonner pour se concentrer sur sa carrière d'acteur.
Il décroche des petits rôles à Los Angeles. Le jeune homme trouve son premier emploi d'importance dans Stacy's knights en 1983. Rien d'extraordinaire toutefois. Il commence à prendre de l'envergure dans Les Copains d'abord de Lawrence Kasdan en 1984. Le cinéaste retrouvera Costner après ce film pour Silverado, lui permettant de prendre une toute autre ampleur, dans un univers auquel il est souvent associé, le western. Enfin, après des années de galère, Costner voit sa détermination récompensée.
Héros iconiques
Il décroche son premier grand rôle dans Les Incorruptibles de Brian de Palma, celui du vertueux Eliot Ness en 1987. Dans la reconstitution fastueuse de l'époque de la prohibition et face à un Al Capone outrancier, aussi roublard que psychopathe (Robert de Niro, monumental), Costner incarne un héros typique, sans peur et sans reproches, un justicier un peu raide parfois, formé par un vieux briscard (Sean Connery). Ce côté bon samaritain lui colle d'ailleurs à la peau (dans Wyatt Earp ou JFK). Il connait également un beau succès dans Sens Unique de Roger Donaldson dans la peau d'un officier, pris dans une sombre histoire de meurtre et d'espionnage. Un peu plus tard, il participera à Duo à trois, comédie romantique sur fond de base ball avec Susan Sarandon et Tim Robbins. Il retrouvera ce sport dans Jusqu'au bout du rêve de Phil Alden Robinson, construit comme un conte de fée. Il est définitivement une star montante.
Il incarne souvent le héros américain typique, renvoyant à une certaine mythologie. L'image de Costner est là, parfois un peu figée, ce qu'on a pu lui reprocher. Il incarne souvent des personnages d'une irréprochable moralité, assez unidimensionnels. Ainsi le choix de Tony Scott pour en faire le héros de son excellent Revenge est assez audacieux. Cela comporte une part de risque, car on a rarement vu l'acteur dans un registre aussi trouble. Il devient l'amant de Madeleine Stowe, épouse d'un parrain mexicain (Anthony Quinn, mythique), dont il va subir la fureur. S'ajoute à cela leur amitié trahie après que Costner ait succombé au charme de la belle. Ce récit -adapté d'une nouvelle de Jim Harrison- est celui d'un amour impossible, tentant de s'élever au dessus de la réalité sanglante. Ce film est un monument, une tragédie absolue, sans compromis, passionnelle, d'une violence brute.
Avec sa première mise en scène Danse avec les loups en 1991, Kevin Costner revisite, comme on pouvait s'y attendre, la mythologie américaine, mais pas forcément du point de vue attendu. Il a porté en lui pendant longtemps ce projet. En le concrétisant, il a conté la grande histoire d'un soldat en pleine guerre de Sécession découvrant peu à peu ce qu'on appelle (improprement), les Indiens d'Amérique. Partageant d'abord tous les préjugés liés aux sauvages, le héros se rend compte de son erreur en se familiarisant avec la tribu voisine de son fort désert. Costner compose une véritable élégie aux premiers peuples d'Amérique dont la civilisation a été dévastée, dans un chef d'oeuvre bouleversant, permettant vraiment d'approcher cette noble culture. Le film est si intègre qu'on y entend la langue des sioux Lakotas. On s'immisce vraiment par le prisme du personnage principal dans leur vie et on épouse leur point de vue (notamment grâce à une séquence de chasse aux bisons homérique) Dans des paysages grandioses, Costner rend un hommage sublime à un peuple disparu. Le film fait moisson d'oscars cette année là. C'est le temps de la consécration pour Costner. Tous les chemins lui sont ouverts.
Sur la lancée de cet immense succès, Kevin Costner reprend un rôle mythique dans Robin des bois, Prince des voleurs de Kevin Reynolds, ayant la lourde tâche de passer après Errol Flynn (entre autres) et de s'attaquer à une grande figure populaire. L'approche de l'acteur est réaliste, mais classique, quelque peu supplantée par la composition de Alan Rickman, shérif de Nottingham d'anthologie. Cependant, le couple qu'il forme avec Mary Elizabeth Mastrantonio porte beau, Morgan Freeman distille sa sagesse. Cette version est sage mais fort honorable.
Projets ambitieux et hors normes
En 1992, il incarne l'opiniâtre Jim Garrison, procureur de la Nouvelle-Orléans voulant faire la lumière sur l'assassinat de Kennedy dans JFK, minutieuse reconstitution de Oliver Stone. Ce dernier y détaille avec maestria un grand mystère de l'histoire des Etats-Unis. Evoluant dans une structure complexe, Costner apparait de nouveau comme un incorruptible justicier dont la quête vire peu à peu à l'obsession. Il va tout risquer, sa situation et sa famille pour approcher ce qu'il croit être la vérité. Costner revisitera plus tard cette période de l'histoire, vivant la crise des missiles cubains de l'intérieur, comme proche conseiller de Kennedy dans Treize Jours de Roger Donaldson en 2001. Il confirme d'autre part son statut Bankable au début des années 90 en devenant le garde du corps attaché à Whitney Houston dans Bodyguard, film oubliable mais auréolé d'un grand succès à sa sortie.
L'acteur tourne ensuite l'un de ses rôles les plus intéressants auprès de Clint Eastwood. Le grand cinéaste lui offre l'un de ses trop rares contre-emplois avec l'excellent Un monde parfait en 1993. Il y incarne un évadé, kidnappant un jeune enfant pour se lancer dans sa cavale. Comme souvent avec Eastwood, rien n'est manichéen. Le bandit instaure une complicité atypique avec son jeune compagnon. L'enfant connait paradoxalement grâce au criminel l'insouciance de l'enfance dont son éducation rigide le prive. Costner suggère avec force la violence latente de son personnage, ne supportant pas que l'on maltraite les enfants. On est hors de l'évidence et des conventions habituelles. A son habitude, le cinéaste n'élude pas la violence et offre à son acteur principal l'une de ses performances les plus contrastées.
Toujours exigeant et plus que jamais iconique, Costner s'attèle à redonner vie à une grande figure de l'ouest avec Wyatt Earp, de nouveau avec Lawrence Kasdan à la réalisation en 1994. L'ambition est de livrer un grand western. Si l'histoire est belle, on ne sort pas des archétypes un peu figés dans la légende. On passe ici après John Ford (La Poursuite infernale). La distribution est d'excellente qualité (notamment avec un Dennis Quaid amaigri et impressionnant en Doc Holiday). La fresque est belle mais ne transcende pas son sujet. Il s'agit d'une belle variation s'attardant sur les hommes derrière le fameux règlement de comptes à OK Corral. Manque simplement ce soupçon de souffle en plus pour l'imposer véritablement comme une évocation incontournable des icônes de l'ouest. Costner tourne également de le touchant A Chacun sa guerre, où il est un homme marqué par le Vietnam. Il n'est jamais aussi poignant que lorsqu'il évoque l'histoire, épousant ses tourments et les personnages qui en souffrent.
Puis arrive Waterworld, gouffre historique et tournage chaotique. L'acteur, au sommet de sa gloire est l'atout majeur de ce film apocalyptique qui collectionnera les avaries. Dans la peau d'un navigateur mi homme, mi-poisson, il parcoure un monde submergé par l'océan où l'eau potable est devenue denrée rare. Poursuivi par des méchants neo-punk en jet-ski menés par un Dennis Hopper déchainé, sauvant une damoiselle en détresse, en quête d'un dernier havre de terre ferme, le héros est assez charismatique. L'oeuvre en elle-même rappelle l'ambiance post-apocalyptique de Mad Max et demeure un bon divertissement. Mais elle est restée dans l'histoire davantage pour les catastrophes et les dépassements de budget qui ont marqués son tournage (ainsi que les tensions entre le cinéaste et l'interprète principal). Le film ne fut pas le marasme annoncé mais il a assombri quelque peu la réputation de la star et marque la fin de ses triomphes.
Purgatoire et résurrection
Kevin Costner connait alors une période plus chaotique. Ne voulant pas s'attarder dans la tourmente de Waterworld, il est à l'affiche de Tin Cup de Ron Shelton en 1996, une comédie sur fond de golf (après le baseball...). Regagnant son statut et les faveurs hollywoodiennes, il s'attèle à sa seconde mise en scène, Postman. L'histoire en est assez curieuse (entre ouest mythique et ambiance post-apocalyptique). Le cinéaste connait un échec retentissant. Costner entre en 1998 dans une mauvaise passe. Il joue dans un mélo avec un casting de premier ordre, une Bouteille à la mer en 1999 (avec Robin Wright Penn et Paul Newman). Il tente de retrouver ses premières bases en jouant dans Pour l'amour du jeu de Sam Raimi, renouant avec un contexte sportif qui lui a toujours porté chance. Mais la sauce ne prend plus. Il joue dans le réjouissant Destination Graceland, son braquage de casino et ses sosies d'Elvis puis dans Apparitions, aux côtés de Michelle Pfeiffer.
Au creux de la vague, à la tête de quelques flops et d'une réputation chancelante, Costner revient à la réalisation et aux sources du Western avec Open range en 2004. Et on retrouve tout ce qu'on aime chez l'acteur-réalisateur, ce côté fordien qui sait saisir la majesté des paysages et l'humanité des personnages, célébrant la liberté des cowboys d'antan (personnifiés par un Robert Duvall plein de majesté). C'est une histoire toute simple, avec une pointe d'amour pudique (entre Costner et Annette Bening). La structure est classique avec une grande fusillade à la fin. Il y a du lyrisme dans l'approche de Costner, rappelant les grands westerns. Voir une oeuvre aussi respectueuse des codes du genre a quelque chose de réconfortant, comme une part de légende qui ne s'est pas perdue. On a aussi le sentiment aussi de retrouver enfin la veine de Danse avec les loups.
Sa carrière d'acteur ne connait toutefois pas ce genre de retour en grace. Il trouve un rôle interessant auprès de Joan Allen dans les Bienfaits de la colère, mais se commet dans la Rumeur court... de Rob Marshall, désastreuse variation autour d'un classique le Lauréat. On le voit dans l'action de Coast Guards, ou dans la peau d'un électeur crucial et un peu beauf dans Swing vote. Il aborde également un registre plus sombre pour Mr Brooks. Mais rien de tout cela n'est extraordinaire.
D'heures de gloire en déceptions, Kevin Costner demeure de ces acteurs auxquels on est profondément attachés. Il a été souvent l'incarnation du grand héros américain et de ses contradictions. On attend un retour, pour retrouver l'esprit de ses mises en scène réussies. On espère qu'il parviendra à s'affirmer de nouveau comme le grand conteur d'une Amérique mythique qu'il a pu être devant et derrière la caméra.