Le portrait de Kirsten Dunst
Propulsée grâce à la franchise
Spider-Man, Kirsten Dunst révèle déjà malgré son jeune âge un registre très éclectique, alternant judicieusement les drames avec les comédies, les productions destinée à un large public demandeur de divertissement avec les films d'auteur. Récemment, elle démontrait une fois de plus toute l'étendue de son talent dans le sublime
Marie Antoinette de Sofia Coppola. Elle revient sur les écrans le 1er mai prochain dans la suite des aventures de l'homme araignée, dont elle interprète la bien aimée Mary Jane Watson. Portrait d'une actrice sensible et brillante qui n'a pas fini de nous surprendre.

Née en 1980 à Point Pleasant dans le New Jersey, d'un père allemand cadre de la fonction médicale et d'une mère directrice d'une galerie d'arts, Kirsten Dunst met très tôt le pied dans le milieu du show-business puisqu'elle tourne son premier spot télévisé à l'âge de trois ans. Elle tournera en tout plus de soixante-dix publicités pour le compte de l'agence Ford avant d'apparaître pour la première fois sur le grand écran dans des petits rôles, d'abord sous la direction de Woody Allen dans le film à sketches
New York Stories puis devant la caméra de Brian De Palma dans
Le Bûcher des Vanités. Peu de temps après, sa famille émigre vers la Californie, à Los Angeles, où la petite fille enchaîne divers petits rôles dans des téléfilms et des épisodes de séries télévisées (notamment
Star Trek : The Next Generation).

ENTRETIEN AVEC UN VAMPIRE L'année 1994 marque une étape majeure dans le parcours de Kirsten Dunst puisqu'elle auditionne pour le rôle de Claudia dans
Entretien avec un Vampire de Neil Jordan, un rôle qu'elle obtient, évinçant d'autres jeunes comédiennes parmi lesquelles on citera Evan Rachel Wood et Christina Ricci. Face aux méga stars que sont déjà Tom Cruise et Brad Pitt, la performance de Kirsten Dunst est une véritable révélation. Les personnages incarnés par les deux comédiens principaux ont pourtant entamé un face-à-face sensuel lorsque la petite fille fait son entrée en scène, volant littéralement la vedette à ses deux aînés, du haut de ses douze ans. L'actrice semble avoir cerné avec finesse le caractère tragique de son personnage, condamné à vieillir dans le corps d'une petite fille depuis qu'elle a été mordue. Particulièrement précoce, Kirsten Dunst impressionne par sa présence et accomplit un véritable tour de force en parvenant à suggérer l'arrivée à maturité de son personnage au fil des années, au point que l'on croit parfois vraiment voir une adulte, une tâche dont peu d'actrices de cet âge auraient pu s'acquitter. A cette époque, on prévoit déjà un brillant avenir à la jeune comédienne qui se voit citée rien moins qu'au Golden Globes et obtient le MTV Movie Award de la meilleure révélation.
Le succès de
Entretien avec un Vampire ouvre incontestablement des portes à Kirsten Dunst qui se voit sollicitée pour des longs métrages. Elle incarne ainsi la jeune Amy March dans
Les Quatre Filles du Docteur March (Gillian Amstrong), porte secours à Robin Williams dans
Jumanji (Joe Johnston), croise le chemin de Robert De Niro dans
Des Hommes D'Influences (Barry Levinson). Poursuivant parallèlement sa carrière télévisée, elle apparaît notamment dans
Au-delà Du Réel : L'Aventure Continue, et marque les esprits grâce à un rôle revenant à plusieurs reprises dans la série
Urgences. La jeune actrice intègre aussi le monde du doublage puisqu'elle prête sa voix en 1997 à l'héroïne d'
Anastasia, de Don Bluth et Gary Goldman, ainsi qu'à la malicieuse Kiki dans la version américaine de
Kiki La Petite Sorcière, le conte de Hayao Miyazaki - pour l'anecdote, Kiki est aussi son surnom. Le visage de la comédienne commence à s'imprimer dans les esprits des Américains, sans toutefois parvenir à s'imposer au premier plan. Difficile de réitérer l'exploit d'
Entretien avec un Vampire.
Jusqu'à l'année 1999, marquée par le choc
Virgin Suicides.

VIRGIN SUICIDES Poésie troublante et envoûtante, le premier long métrage de Sofia Coppola nous plonge dans l'Amérique des années 70 et aborde avec une grande puissance dramatique la question du mal-être des adolescents à travers le suicide de cinq sœurs âgées de 13 à 17 ans. Le drame se dévoile à travers le point de vue de jeunes garçons du voisinage nourrissant une véritable fascination pour ces jeunes filles. Porté par la sublime composition musicale de Air,
Virgin Suicide réunit une incroyable combinaison de talents. Le film révèle tout d'abord la réalisatrice Sofia Coppola, très inspirée par son sujet et qui fait déjà montre d'une maîtrise hors pair de l'écriture et de la mise en scène, jouant sur les ambiances oniriques sans pour autant abuser d'artifices trop prononcés. Devant la caméra, on retrouve quelques pointures (James Woods, Kathleen Turner, Danny DeVito), mais aussi une batterie de jeunes comédiens prometteurs parmi lesquels Kirsten Dunst fait très certainement la plus forte impression. Délivrant une prestation à fleur de peau, elle est véritablement habitée par son personnage auquel elle parvient à conférer un caractère subtilement inaccessible. A ce jour l'une de ses plus belles prestations.

RENCONTRES A ELIZABETHTOWNCette incursion dans le cinéma d'auteur est suivie d'une succession de projets plus
mainstream, à commencer par plusieurs comédies romantiques destinées à un public adolescent (
Belles à Mourir,
Get Over It). L'oubliable
American Girls la voit évoluer dans le milieu des pom-pom girls et obtient un succès plus qu'honorable, ce qui permet à la jeune Kirsten Dunst d'acquérir une crédibilité en tant que tête d'affiche. Il faudra cependant attendre 2002 pour que l'actrice accède au rang de superstar, ce qui ne se fera pas sans l'aide d'un certain personnage vêtu de rouge et de bleu.
Avec
Spider-Man, Sam Raimi réinvente le concept du film de Superhéros en délivrant une œuvre non seulement spectaculaire et grandiose mais aussi sensible et intelligente grâce à un traitement réussi des personnages. L'importance accordée à celui de de Mary Jane Watson dans l'évolution du héros s'avère particulièrement symptomatique de cette nouvelle manière d'aborder le genre. Le film n'épargne pas à la jeune femme les sempiternelles scènes de sauvetage – il faut bien que Spidey soit son superhéros – mais ne la relègue en rien au rôle de la potiche de service et lui octroie même une vraie place dans l'histoire. Ou plutôt pourrait-on dire qu'il met l'accent sur l'existence de sa propre histoire, car s'il est bien une qualité qui distingue la superproduction de Sam Raimi de ses concurrentes, c'est le soin accordé au développement des enjeux personnels de chacun des protagonistes.
Spider-Man se situe en ce sens dans la lignée de
Batman, Le Défi, mais s'attarde cette fois sur la difficile épreuve du passage à l'âge adulte que traversent simultanément et chacun à leur manière Peter Parker, Mary-Jane et Harry. A l'image de la plupart des filles de son âge, Mary Jane laisse transparaître des incertitudes sur la direction à prendre pour se réaliser, faisant ainsi une parfaite
girl next door, sublimée à travers le regard de Peter. Afin que chacune de ses réactions sonne juste, il fallait une comédienne capable d'exprimer avec finesse les émotions parfois contradictoires qui animent la voisine de Parker, tout en pouvant s'adapter à la tonalité plus fantaisiste des séquences faisant intervenir Spider-Man, telle que la romantique scène de survol de la ville dans les bras du superhéros. Un univers riche dans lequel Kirsten Dunst s'intègre à merveille. L'actrice s'affirme encore plus dans
Spider-Man 2 qui voit son personnage devenir une femme adulte et prendre son envol en dépit des difficultés d'ordre professionnel et sentimental auxquelles elle se retrouve confrontée. La dualité entre la fantaisie et le caractère réaliste de la psychologie des personnages s'accentue fortement dans le troisième opus, notamment à travers le parcours de MJ. Et cela même si
Spider-Man 3comporte plus d'une scène exagérée - des scènes qui se justifient bien entendu pleinement par le scénario -, Mary Jane Watson assurant plus que jamais le lien entre les deux registres entre lesquels évolue la franchise. La continuité est parfaite, grâce au talent du réalisateur mais aussi de ses comédiens, y compris Kirsten Dunst dont le personnage ne souffre nullement de la profusion d'opposants à Spider-Man.

MARIE ANTOINETTE Navigant entre les grosses productions de Sam Raimi et les films d'ambition commercialement plus modeste, Kirsten Dunst développe son jeu purement dramatique dans le moyen mais néanmoins intéressant
(Mike Newell, 2003), explore l'univers barré de Michel Gondry en jouant un second rôle dans
(Peyton Reed, 2004). Juste après
, Kirsten Dunst renoue avec le registre de la comédie romantique en partageant l'affiche avec Orlando Bloom dans
, une œuvre à la fois drôle, poignante et artistiquement inspirée signée Cameron Crowe. La comédienne y incarne une hôtesse de l'air malicieuse et mélomane et forme un couple tout à fait charmant avec son partenaire, un atout que l'on doit non seulement à la qualité d'interprétation mais aussi à l'écriture soignée des personnages. L'actrice semble se montrer de plus en plus sélective sur les scénarios qu'elle reçoit. Le succès commercial n'est pas au rendez-vous mais il y a fort à parier que
prendra de la valeur avec le temps, à condition toutefois d'être commercialisé dans sa version d'origine.