Le portrait de Liam Neeson

Liam Neeson est né en 1952 en Irlande au sein d'une famille ouvrière. Il a dû suivre un rude parcours avant de devenir acteur (menant d'abord une carrière de boxeur, s'essayant à des études scientifiques puis enchaînant des petits boulots). Il a intégré une compagnie de théâtre dans les années 70, d'abord grâce à sa grande taille, y demeurant deux ans grâce à son talent. Dans les années 80, il décroche des seconds rôles au cinéma, en 1981 dans Excalibur de John Boorman (où il incarne Gauvain). On l'aperçoit Le Bounty de Roger Donaldson puis dans Mission de Roland Joffé (où il est un jésuite suivant Jeremy Irons). Il participe à La Dernière cible, ultime volet assez décevant des aventures de l'Inspecteur Harry en 1989. Il aborde tous les registres, notamment à la télévision dans un épisode de Deux Flics à Miami, ou dans la mini-série Ellis Island aux Etats Unis. On commence à remarquer Neeson, même si la percée se fait attendre.

C'est d'abord dans Darkman de Sam Raimi en 1990 qu'on le remarque. Dans ce grand film de super-héros -l'un des meilleurs-, il incarne un homme brisé, un généticien qui ne veut plus qu'assouvir sa vengeance après la mort de sa femme. On voit là l'une des grandes constantes du jeu de Neeson que Raimi exploite d'une manière presque expressionniste. Neeson joue sur deux traits bien distincts qu'il rend complémentaires: la douleur d'un homme inconsolable et sa force physique (on retrouvera cette intensité dans Taken). Après ce rôle important se passe encore un peu de temps. Il tourne aux côtés de Mélanie Griffiths et Michael Douglas dans Une Lueur dans la nuit. C'est en 1992, dans Maris et femmes de Woody Allen, réflexion énergique et pessimiste sur la vie de couple qu'il impose sa présence et son charme. Son calme  contraste fortement avec l'ambiance fiévreuse et hystérique entretenue par ses partenaires, tous en pleine crise existentielle. 

En 1994, Steven Spielberg lui donne ce qui demeurera sans doute le rôle de sa vie avec La liste de Schindler. Le cinéaste a été impressionné par la présence du comédien au théâtre et lui a confié ce personnage qui réclamait un grand sens de la nuance. Schindler est un paradoxe. Menant la grande vie et profitant des largesses nazies, il est un notable, une sorte de play-boy, noceur et ne s'intéressant qu'à faire de bonnes affaires. Seulement, alors qu'il reprend une usine de batteries de cuisine, il s'aperçoit du sort réservé à ses ouvriers juifs et entreprend de les sauver. De séducteur ambigu, Schindler devient agent double et oeuvre contre ceux à qui il doit sa position sociale (dont le terrifiant Amon Goeth). Il est manipulateur, débauché, opportuniste, mais également extrêmement courageux. Neeson suggère toute cette complexité, jusqu'aux zones les plus troubles du personnage (on ne sait pas jusque très tard s'il agit par bienveillance ou par calcul). C'est une immense prestation, toute en finesse, parfois même à l'encontre du réalisateur qui lui, est beaucoup plus démonstratif. Schindler ne devient pas un héros sous les traits de Liam Neeson, il est tout simplement humain (à la fois dans ses contradictions et dans sa grandeur).

Cette humanité et cette clairvoyance seront le point commun de beaucoup des personnages abordés par l'acteur. Dans Nell, il est le médecin bienveillant qui prend en charge une étrange jeune femme (Jodie Foster). Elle a inventé un langage qui lui est propre, il veut la comprendre. Il rencontre ensuite un autre personnage légendaire et que seul un comédien de sa trempe peut aborder dans Les Misérables de Bille August. Jean Valjean est un monument, il lui faut un interprète à la hauteur (comme Jean Gabin, Lino Ventura ou Gérard Depardieu). Neeson a la carrure, mais le film n'est qu'une illustration assez paresseuse du chef d'oeuvre de Hugo. 

En 1995 avec la fresque romantique Rob Roy de Michael Caton-Jones, il incarne déjà une figure de la résistance, Neeson est convaincant et forme un beau couple avec Jessica Lange. Le manque de succès du film peut s'expliquer par sa proximité avec Braveheart de Mel Gibson, sorti à la même époque. Cependant, un projet a tenu pendant longtemps à coeur au comédien, ainsi qu'au metteur en scène Neil Jordan: porter à l'écran la vie de Michael Collins, héros de l'indépendance irlandaise et initiateur d'une grande rébellion en 1916. C'est chose faite en 1997. Si la facture du biopic est assez classique, Neeson la transcende, véritablement habité par son rôle. Encore une figure historique et une période délicate à laquelle il donne un grand souffle.

 

Figures de la sagesse ou du père

Liam Neeson apporte sa prestance au premier volet de la nouvelle trilogie de Lucas: Star Wars-Episode I: la menace fantôme. En 1999, les fans attendaient, fébriles. Lucas a abusé pour parachever sa mythologie d'effets spéciaux prenant une trop large place (avec l'apparition du particulièrement irritant Jar-Jar Binks). On s'attendait à retrouver des galaxies très très lointaines. De ce point de vue, le pari était réussi. Mais cela manquait singulièrement d'épaisseur et d'inspiration. Pourtant, Liam Neeson en maitre jedi fait songer à un grand samouraï. Il est donc idéal, au coeur de l'inspiration première du cinéaste. Son Qui-Gon est surtout empreint d'une grande sagesse, alliée à sa maîtrise parfaite de la Force. Par la retenue qui sied à son rôle, par son espoir d'avoir trouvé l'élu, Neeson devient une sorte de père de substitution pour Anakin Skywalker. L'émotion passe par lui et par son destin tragique. 

Après des films plus anecdotiques (K-19: le piège des profondeurs ou Mafia parano), on retrouve Liam Neeson dans toute sa splendeur dans Gangs of New York de Martin Scorsese en 2003. Dans le rôle du charismatique « prêtre » et présent à l'écran uniquement durant le prologue, il est une autorité morale vertueuse et incontestée. Il est le meneur des immigrants irlandais, se battant dans le quartier des « five points » contre les Américains « natifs », menés par Daniel Day Lewis. Les deux comédiens se connaissent depuis longtemps. Leur face à face est un grand moment. Neeson impose son charisme, sa sagesse et sa force, pose son rôle en quelques minutes. On retrouve, plus que jamais, sa faculté à donner de l'âme à ses personnages, même en très peu de scènes. Il est le père que Leonardo DiCaprio s'emploiera à venger. 

Dans la comédie romantique, Love actually, il devient un père endeuillé profondément émouvant et d'un grand secours pour son petit beau-fils, éperdument amoureux. On se souvient également de la figure paternelle auguste et respectable qu'il est pour Orlando Bloom au temps des croisades  dans  Kingdom of heaven de Ridley Scott. Il y a souvent en lui ce quelque chose de chevaleresque et de digne. Il a souvent incarné la figure paternelle idéale. C'est encore un rôle d'initiateur qu'il trouve dans Batman Begins. Il est celui qui initie Bruce Wayne aux techniques de combat, mais sa philosophie s'avère très vite assez trouble et fanatique. Celui qui est censé être une autorité morale pour le héros, se révèle peu à peu être un ennemi à combattre. 

Mais on projette toujours sur Neeson cette image de sagesse majestueuse, comme lorsqu'il prête sa voix à Aslan dans le Monde de Narnia: chapitre 1- le lion, la sorcière blanche et l'armoire magique. En 2005, il incarne encore un sage, mais fantasque et audacieux cette fois-ci, dans Dr Kinsey de Bill Condon: on y découvre le premier scientifique à consacrer une étude à la sexualité des américains. 

Dans Taken, le grand Liam portraiture de nouveau un père, très remonté contre les ravisseurs de sa fille. Il va les débusquer un par un et leur faire subir les conséquences de son courroux (il est un ancien de la CIA). Même dans ce rôle très physique et au sein d'un film d'action, il donne à ressentir la souffrance morale de cet homme, son désir de vengeance (on n'est finalement pas si loin de Darkman). Il avait participé à une autre vendetta en 2005, dans le western Seraphim Falls, où il était aux trousses de Pierce Brosnan. Ces personnages plus ténébreux sont récurrents dans sa filmographie. Il les enrichit également sa prestance qui le rend plus grands que nature.

 

Cette faculté, il est l'un des rares à l'avoir. Dès qu'il apparaît à l'écran, on ressent sa force et sa grande sensibilité, cette gravité et cette sagesse qu'il sait conférer à ses prestations. Sa présence impressionnante servira prochainement le Lincoln de Spielberg et bien d'autres projets. Il est de ces acteurs auxquels on est attachés. On a souvent été touchés par la chaleur, la profondeur et l'émotion dont il enrichit chacune de ses compositions.

 


Top personnalités

logAudience