Née en avril 1972 à Boulogne-Billancourt, Marina Foïs a la révélation de ce qu'elle veut faire devant l'Ecole des femmes de Molière. Abordant d'abord un répertoire classique, son destin de comédienne va être bouleversé lorsqu'elle suivra les cours de Isabelle Nanty au Cours Florent. Elle y rencontre ses futurs compères des Robins des bois (la troupe se nommant d'abord The Royal Imperial Green Rabbit Compagny). Les joyeux drilles se produisant au théâtre sont bientôt repérés par Dominique Farrugia en 1996. Ils deviennent incontournables dans « la Grosse émission », programme phare de la chaîne qu'il a lancée, Comédie. Bientôt, la bande se produit sur Canal + et y impose son univers. Cela permet à Marina de multiplier les personnages et les répliques fameuses (« mais... arrêtez de regarder mes fesses, c'est personnel les fesses » par exemple). Une étoile est née.
Au cinéma, on la voit d'abord sous la caméra de Gérard Jugnot dans Casque bleu, puis dans Trafic d'influence de Dominique Farugia. Elle se joint à Eric et Ramzy pour la Tour Montparnasse infernale en 2001. Elle se joint à l'aventure mise en scène par Alain Chabat dans Astérix et Obélix: mission Cléopâtre (dans le rôle de la belle Sucettalanis) en 2002. Elle décroche un beau rôle de femme déprimée, suicidaire et alcoolique qui a perdu son chat dans Filles perdues, cheveux gras de Claude Duty en 2002.
On commence à la découvrir sous un nouveau jour, même si elle demeure fidèle à ses origines, retrouvant les Robin des Bois pour RRRrrr!!! réalisé par Alain Chabat. Mettant en scène des hommes préhistoriques aux cheveux sales, on retrouve un peu de l'humour absurde de la bande, même si l'ensemble est assez décevant. Elle évolue également sous la caméra de Maurice Barthélémy boxeur improbable de Casablanca Driver. Elle compose une célibataire ayant tout prévu pour vivre une liaison torride et sans lendemains; elle tente d'attirer dans ses filets Julien Boisselier dans J'me sens pas belle de Bernard Jeanjean en 2004. Son registre évolue et sa nature d'actrice se révèle, riches de nuances touchantes, s'éloignant des caricatures. Elle est de l'ensemble réuni par Bernard Rapp dans Un petit jeu sans conséquence, où le couple formé par Yvan Attal et Sandrine Kiberlain découvre que leur séparation simulée ne dérange personne. Elle est une fille peu faite pour la vie rurale dans Bienvenue au Gîte de nouveau réalisé par Claude Duty. Elle se joint à Emmanuelle Béart et Edouard Baer dans la comédie éthylique A boire de Marion Vernoux. Marina prête sa voix à Gloria dans la version française de Madagascar. Elle fait équipe avec Kad et Olivier et prend Un ticket pour l'Espace en 2006.
Nuances inattendues
Après avoir tourné pour Pierre-François Martin-Laval dans son touchant Essaye-moi en 2006, elle est là où on ne l'attend pas et impressionne en interprétant le personnage principal de Darling en 2007. Inspiré d'une histoire vraie, le film de Christine Carrière conte l'existence d'une fille un peu naïve, totalement martyrisée par la vie. Marina fait un portrait sensible de cette héroïne, suggérant une candeur inattendue, dans un univers dominé par la violence dont elle est sempiternellement victime. Le rôle est intense et perturbant. Elle partage ensuite l'affiche avec Sandrine Bonnaire dans Un coeur simple, adapté de Flaubert et réalisé par Marion Laine, renouant avec un registre plus classique (qui fut d'abord le sien au théâtre).
Marina est ensuite l'objet de l'affection d'un Daniel Auteuil possédé par un chanteur des années 80 dans la Personne aux deux personnes. Elle adopte avec jubilation le ton hautain et froid qu'impose l'entreprise. Elle continue d'explorer les comédies atypiques avec Le Plaisir de chanter, où elle est une espionne obligée d'apprendre à chanter pour les besoins d'une mission. Elle y côtoie la lunaire Jeanne Balibar et le touchant Lorant Deutsch. Elle y fait preuve comme toujours de son charme discrètement malicieux et déjanté.
Marina Foïs a gagné son indépendance et le respect de ses pairs (elle a été nommée deux fois aux Césars). Cela lui permet de jouer son propre rôle dans le Bal des actrices de Maïwenn. Elle se joint également à la prestigieuse chorale réunie par Danièle Thompson dans le Code a changé (gynéco surmenée et épouse de Patrick Bruel, médecin en crise). On se souvient de sa fraîcheur et de sa fantaisie, mais elle apporte également à ses interprétations des nuances inattendues. Elle se fait volontiers ironique, lâchant le plus naturellement du monde, presque avec candeur, des répliques cinglantes (comme chez Danièle Thompson). Elle incarne une femme enceinte sur les nerfs, partageant l'affiche avec une Chiara Mastroïanni aux prises avec sa famille bourrée de bonnes intentions et qui l'étouffe dans Non ma fille, tu n'iras pas danser de Christophe Honoré. Elle aborde ainsi le cinéma d'auteur.
Marina Foïs a une belle trajectoire. Du carcan de ses débuts et de la troupe irrésistible dont elle a fait partie, elle a pu s'émanciper (comme Jean-Paul Rouve). Elle a fait preuve sur grand écran d'une sensibilité attachante: attendrissante de maladresse dans J'me sens pas belle, bouleversante de simplicité dans Darling ou d'un mauvais esprit gracieux dans le Code a changé. Elle s'est imposée comme la belle comédienne qu'elle est, dans des registres beaucoup plus variés que ceux auxquels on aurait pu la cantonner d'abord. Riche de la folie douce qui l'a fait connaître et de la sensibilité nuancée qu'elle a apportée à ses rôles, l'actrice a trouvé une place atypique au sein d'un cinéma français, d'habitude assez enclin à enfermer les acteurs dans des cases bien définies.