Meg Ryan, de son vrai nom Margaret Mary Emily Anne Hyra, naît en 1961 de parents professeurs dans le Connecticut. La jeune femme envisage d'abord de se consacrer au journalisme. Elle va à New York à cette fin, tournant d'abord dans des publicités pour soutenir ses études. Peu avant la fin de son cursus, elle finit pourtant par accepter les offres qui affluent et devient actrice. Elle apparaît d'abord dans des soap operas (« as the world turns », de 1982 à 1984). Ses débuts au cinéma, elle les fait à 20 ans, dans le rôle d'une adolescente, fille de l'une des héroïnes (Candice Bergen) de Riches et célèbres en 1981, déjà un remake de George Cukor, comme the Women.
Après quelques apparitions, assez anecdotiques (dans Amityville 3D), Ryan s'associe au grand succès de Top Gun en 1986, dans un second rôle énergique et sympathique, celui de la femme de « Goose », coéquipier du fameux pilote « Maverick » incarné par Tom Cruise. Lorsque Meg apparaît dans ce blockbuster de Tony Scott, elle apporte sa petite étincelle de spontanéité et de charme. On sent déjà en elle ce naturel qui fera sa fortune. En 1987, elle rencontre Dennis Quaid dans l'Aventure intérieure de Joe Dante, où elle est de nouveau la fiancée d'une tête brûlée, un pilote miniaturisé et injecté dans le corps d'un hypocondriaque. Encore une fois, on sent chez l'actrice cette légèreté et cette grâce rappelant les comédies romantiques de l'âge classique hollywoodien. Il faudra cependant encore un peu de temps pour qu'elle s'impose dans ce registre. Elle suit la descente aux enfers du même Dennis Quaid dans Mort à l'arrivée. Il s'agit du remake d'un film de 1950, l'alchimie entre les deux acteurs (longtemps couple à la ville) fait merveille.
C'est en 1989 qu'arrive le rôle qui impose Meg Ryan à tous les regards dans Quand Harry rencontre Sally de Rob Reiner. Extrêmement bien écrit par Nora Ephron (rappelant les meilleurs moments de Woody Allen), le film suit une structure classique, un homme et une femme se croisent à différentes époques: ils ne peuvent d'abord pas se souffrir, deviennent amis proches quelques années plus tard, avant de tomber éperdument amoureux l'un de l'autre. Mais il y a là de l'ironie, de la dérision que l'on doit à un couple principal en symbiose totale (Billy Crystal y trouve sans doute son meilleur rôle). A mille lieues de la bluette attendue, l'oeuvre est pleine d'esprit et d'inventivité, avec une scène d'anthologie: lorsque dans un restaurant bondé, Meg montre à son partenaire médusé comment les femmes simulent l'orgasme. Une manière originale d'entrer dans l'histoire du cinéma!
Evidemment après une prestation si convaincante, la belle a gagné ses galons de craquante « girl next door ». Pourtant, c'est oublier un peu vite qu'elle fut la compagne d'un Jim Morrison autodestructeur dans Les Doors de Oliver Stone. Elle a également croisé une première fois Tom Hanks dans une fable atypique, Joe contre le volcan de John Patrick Shanley (où elle incarne plusieurs rôles). La carrière de Ryan n'est pas aussi unilatérale qu'on pourrait le penser. Si elle s'est imposée très vite comme « fiancée de l'Amérique » (et du monde entier par la même occasion), elle n'a pas compté se limiter à ce seul emploi, en faire son fond de commerce. Mais c'est ainsi que le public l'a aimée. Les Doors, à titre d'exemple, n'a connu à sa sortie qu'un succès modéré, comme à chaque fois que Meg Ryan s'est aventuré ailleurs, comme elle l'a tenté régulièrement.
On retrouve la Meg qu'on aime, amoureuse à distance d'un veuf émouvant campé par Tom Hanks dans Nuits Blanches à Seattle de Nora Ephron en 1993. Et de nouveau, malgré l'aspect un peu cliché (le final au sommet de l'Empire State Building), on oublie tout et on tombe sous le charme. Parce que Ryan apporte son petit quelque chose en plus: un peu hystérique en même temps qu'elle est douce, romantique, drôle et névrosée. Le personnage qu'elle crée devient alors irrésistible, même si au fond, il est assez archétypal. L'actrice donne du relief au poncif, dépoussière cette figure classique de femme un peu désespérée, un peu survoltée et en quête d'amour, du vrai, du grand, de celui qui rend si bien au cinéma. Elle incarne ces rôles d'amoureuse touchante avec tant de naturel qu'on y croit, même si on voit se jouer sensiblement la même histoire pour la énième fois. La magie d'une histoire n'est après tout jamais vraiment sa nouveauté (tout a déjà été raconté), mais cette manière de vous embarquer d'une manière inédite, de redonner leur lustre aux mêmes vieux rêves.
Continuité et ruptures de style
Meg Ryan surprend lorsqu'elle évoque avec subtilité les tourments d'une femme alcoolique, épouse de Andy Garcia dans Pour l'amour d'une femme en 1994. Elle ne veut pas se laisser enfermer dans le genre qui a fait son succès, comme en témoigne Flesh and Bone. Elle y partage de nouveau l'affiche avec Dennis Quaid, dans un registre plus grave et plus torturé. Malgré ces digressions convaincantes, elle se rend aux attentes du public. Ce sont deux comédies qui sortent en 1995, l'Amour en Equation (où elle est la nièce d'Albert Einstein qu'un garagiste, Tim Robbins, va tenter de séduire) et French kiss (où l'on joue paresseusement du cliché de la France comme capitale de l'amour avec Kevin Kline). Tout cela est relativement sympathique mais assez oubliable. On joue sur le charme de l'actrice et son incontestable expérience pour rythmer ces oeuvres légères.
Dans A l'épreuve du feu de Edward Zwick, elle tente de briser son carcan en incarnant une femme soldat, laissée pour morte pendant la première guerre d'Irak. Mais malgré son engagement, elle peine à convaincre et le succès n'est pas au rendez-vous. Alors, elle revient de nouveau à ses emplois habituels, dans Addicted to love (avec Mathew Broderick). Elle prête sa voix à Anastasia. Elle demeure toujours hautement bankable. Son joli minois fait toujours des ravages, même si on la cantonne à des emplois convenus. Elle est la belle femme pour laquelle Nicolas Cage abandonne sa céleste condition pour devenir mortel dans La Cité des anges en 1998 (remake plus abordable mais beaucoup moins ambitieux que son modèle, Les Ailes du désir de Wim Wenders).
C'est avec l'entraînant Vous avez un message qu'elle retrouve Nora Ephron et Tom Hanks, dans un remake à Rendez-vous (« the shop around the corner en V.O ») de Lubitsch. Leurs personnages semblent ennemis: elle est une petite libraire, résistant aux assauts d'une grande chaîne qu'il préside. Elle tombe amoureuse d'un mystérieux correspondant qui n'est autre que son concurrent. On a le sentiment que Ryan maîtrise si bien l'emploi de la femme un peu désespérée, touchante et si mignonne qu'elle ferait fondre le dernier des cyniques, même si Hanks campe ce type avec un beau sens de la nuance et de la contradiction. Tous deux font passer coups de théâtre et quiproquos avec une grâce qui rend le moment fort agréable.
Meg Ryan veut pourtant gagner en profondeur quand elle accepte de jouer dans l'Echange de Taylor Hackford en 2001. Elle est convaincante dans le rôle douloureux de cette épouse dont le mari a été enlevé, et qui doit négocier avec les ravisseurs avec l'aide d'un spécialiste (Russell Crowe). On ne peut d'ailleurs pas dire que ses incursions hors de la comédie romantique soient ratées en général. Mais Meg Ryan est si associée à ce genre, que son émancipation paraît de plus en plus difficile. Pourtant, elle va vers des projets audacieux, se joignant par exemple à la satire Hollywood sunrise en 2002. Après la bluette Kate et Leopold où elle a repris son emploi habituel, l'actrice s'abandonne avec sensualité à la caméra de Jane Campion pour In the cut en 2003. Le rôle est torride: elle est une prof de lettres se laissant aller à ses fantasmes intenses, empreints d'un voyeurisme malsain. Elle bascule peu à peu dans une histoire où elle est mêlée à un crime. Le volet érotique de l'histoire est maîtrisé, l'intrigue policière un peu moins. On voit Meg Ryan dans un registre plus trouble. Elle s'acquitte de sa tâche avec conviction. Elle continue d'explorer des terres où on ne l'attend pas, devenant manager de boxe pour Dans les cordes en 2004. Mais ce biopic est attendu, les personnages sont des stéréotypes et manquent cruellement de relief. Ryan joue juste, mais le matériau est trop faible pour que ce contre-emploi soit marquant.
Les apparitions de Ryan s'espacent. Son retour en 2008 avec l'anecdotique Mon espion préféré avec Antonio Banderas, peine à convaincre . Le charme n'est plus au rendez-vous, le vaudeville est poussif. N'ayant pu évoluer sous d'autres cieux de cinéma, Meg Ryan endosse ce personnage de fofolle, comme un rappel paresseux de ce qu'elle a été une décennie plus tôt. Le retour en grâce ne se fera pas avec ce film.
Avec The Women, on a le sentiment que Meg Ryan revient à ses racines, dans un lointain remake de George Cukor et au sein d'un casting exclusivement féminin (avec Annette Bening, Eva Mendes, Jada Pinkett Smith). Elle connaît là une manière de rédemption, revient avec un film honnête, retrouvant son registre de prédilection et rappelant à tous combien elle le maîtrise.
Cependant, son audace était belle dans In the cut. A l'image de Julia Roberts, mais avec moins de succès, elle a tenté de briser le carcan romantique grâce auquel elle a connu la gloire. Il est à souhaiter que l'avenir lui permette de s'écarter un peu de son image lisse et charmante, pour aborder des rôles plus matures. Car si ses ruptures de style n'ont pas rencontré la fortune, l'actrice a prouvé qu'elle était capable de ne pas être cantonnée au seul registre sentimental.