L'aventure commence au Lycée à Neuilly sur seine. Michel Blanc, né en 1952, rencontre une bande de joyeux drilles auxquels il va bientôt lier son destin. Il commence au café théâtre, dans de grandes fantaisies un peu potaches, et des premières apparitions assez secondaires au cinéma (dans Que la fête commence, Le Locataire ou La Meilleure façon de marcher). Il joue aussi dans les films de potes de ces années là (Vous n'aurez pas l'Alsace et la Lorraine de Coluche). Mais la percée et la gloire, il les connaîtra avec l'adaptation réalisée au cinéma par Patrice Leconte de leur pièce Amour, coquillages et Crustacés renommée les Bronzés.
Ainsi, Michel Blanc impose un personnage en 1978, le mythique Jean Claude Dusse, portant avantageusement les algues en guise de maillot de bain, se faisant masser et rêvant avant tout de « conclure ». Il pousse ce rôle ingrat de souffre douleur jusqu'au sublime, dans une suite triomphale au premier volet, Les Bronzés font du ski (avec une scène d'ivresse assez irrésistible ayant gouté à l'alcool rude des montagnards). Il prêtera sa voix à une explosion de frustration téléphonique dans le Père Noël est une ordure en 1982, autre classique de la troupe du Splendid. On le retrouve enfin à la distribution de Papy fait de la résistance.
Blanc explore et décline ce personnage d'anti-héros auprès de Patrice Leconte, dans Viens chez moi, j'habite chez une copine, Ma femme s'appelle reviens ou Circulez y a rien à voir. Il semble alors très ancré dans ce registre, notamment lorsqu'il réalise lui-même Marche à l'ombre en 1984, où il forme un couple de cinéma inoubliable avec Gérard Lanvin. Pourtant, dans ce personnage angoissé, hypocondriaque et totalement pessimiste, on sent qu'il y a quelque chose de plus profond. Michel Blanc n'a pas que la gueule de cet emploi et ne tardera pas à s'en émanciper (comme on en voyait déjà les prémisses dans Le Cheval d'Orgueil de Claude Chabrol en 1980).l
Sortir de la caricature
C'est d'abord dans Tenue de soirée de Bertrand Blier que l'évolution est notable en 1986. Michel Blanc commence par être grognon, renfrogné, souffre-douleur et peu à peu se laisse métamorphoser par le désir de Gérard Depardieu. Au delà du travestissement, il fait preuve d'une belle vulnérabilité. Dès lors, il brise la coquille, notamment dans l'excellent Monsieur Hire où il est énigmatique, reclus, voyeur et amoureux de Sandrine Bonnaire. Bien sûr dans les années 80, il a continué d'être drôle et populaire, notamment dans les Fugitifs de Francis Veber ou co-signant le scénario de Les Spécialistes de Patrice Leconte. Mais il a été également le père du jeune héros de Nemo, un conte fantastique de Arnaud Selignac en 1984.
Mais il a évolué, jusqu'à son beau contre-emploi dans Uranus ou dans le rôle complexe du père de Charlotte Gainsbourg dans ce chef d'oeuvre qu'est Merci la vie de Blier en 1991. En 1989, il était le mari timide et séduit par Lio dans Chambre à part de Jacky Cukier. On se souvient de lui dans le très bon film à sketches, Les secrets professionnels du Docteur Apfelglück. Peu à peu, il a changé de nature. On voit l'ambition d'acteur de Michel Blanc, et surtout une sensibilité extrêmement raffinée qui n'était pas évidente au début de sa carrière.
Cela conduit à cette excellente comédie sur la crise d'identité d'un acteur, Grosse Fatigue qu'il réalise en 1994, où Michel Blanc joue son propre rôle, un personnage touchant, fragile et plein d'angoisse. La mise en abyme est réjouissante mais aussi discrètement pessimiste. On l'aperçoit chez Peter Greenaway dans Prospero's book en 1991 ou dans Prêt à porter de Robert Altman. Il écrit et joue dans Le Monstre de Roberto Benigni. Il est frappant de voir que le physique atypique et les personnages d'abord caricaturaux de Blanc se sont éloignés et ont laissé place à un artiste complet et éclectique. Il retrouve parfois Patrice Leconte (pour Les Grands Ducs) mais il a tracé un chemin singulier, a imposé sa sensibilité.
Sensibilité contrastée
Michel Blanc livre une réalisation surprenante et très sombre avec Daniel Auteuil, Mauvaise passe en 1999 où un homme se faisait gigolo à Londres, vivant une lente descente aux enfers, pour s'évader de sa vie trop bien rangée. Dans sa mise en scène suivante, en 2002, l'excellent Embrassez qui vous voudrez, il campe un époux maladivement jaloux et totalement névrosé, voyant des signes de la trahison supposée de sa femme un peu partout. Evidemment, son acharnement est drôle, mais ce qu'il souligne avant tout, c'est le mal de vivre absolu de son personnage. Il était l'homme attendrissant et un peu pathétique qui cherchait l'amour à l'est dans Je vous trouve très beau de Isabelle Mergault en 2006. Il se prêtait à un policier dans Madame Edouard de Nadine Monfils en 2004.
S'il retrouve sa tribu d'antan pour une réunion depuis longtemps attendue avec Les Bronzés 3 de Patrice Leconte, ce retour à Jean Claude Dusse a quelque chose d'incongru. On a vu dans ses rôles, comme dans ses réalisations que Michel Blanc est bien davantage que ce caractère qui l'a rendu populaire, beaucoup plus complexe et aussi plus tourmenté à l'occasion (dans Les Témoins de André Téchiné ou Le Deuxième souffle, polar de Alain Corneau ou il croise de nouveau Daniel Auteuil). Il est du bel ensemble audacieux formé par Musée Haut, musée bas de Jean-Michel Ribes, ou encore dans la comédie lycéenne Nos 18 ans où il est un prof peu commode.
D'abord cantonné à un emploi, Michel Blanc est un talent qui s'est révélé peu à peu, bien loin des évidences et des personnages parodiques qu'il a d'abord incarnés et inspirés. Ainsi, à côté d'une dimension populaire qui a indéniablement marqué les esprits, il a cette dimension plus profonde et plus sombre, une nature à la fois comique et désespérée, suggérant souvent le mal de vivre ou la mélancolie.