Née le 7 mars 1971 à Londres, l'histoire de sa famille est intéressante car liée d'une certaine manière au personnage qu'elle portraiturera dans Stalingrad. D'origine juive, ses parents ont dû fuir l'Europe de l'est d'avant la seconde guerre mondiale, s'échappant en Angleterre pour ne pas être victimes de l'holocauste. Dans un monologue intense du film de Jean Jacques Annaud, elle racontera comment les juifs de Russie étaient entassés dans des trains de marchandises, puis fusillés au bord d'une rivière attaché par deux, pour que le poids du mort entraîne son compagnon d'infortune par le fond. Les nazis perfectionnaient ces modes d'exécution monstrueux de cruauté pour économiser les balles. Parfois les reconstitutions historiques prennent des accents personnels assez troublants pour leurs interprètes.
Après une scolarité où elle se distingua d'abord par sa rébellion, elle fut repérée très jeune (à quinze ans à peine) et devint mannequin. Mais elle était déjà très intéressée par la comédie. Elle mena avec passion ses études de littérature anglaise avant de se lancer dans l'aventure. Elle se consacra au théâtre avec la même fougue. Au sein d'une troupe audacieuse, son talent trouva de quoi se révéler et s'épanouir. Les productions étaient volontairement provocatrices, violentes ou simplement improvisées. Un souffle de liberté créatrice emportait Rachel qui se livrait avec délice à cette expérience. Comme elles sont admirables, ces folles jeunesses!
Les honneurs, la reconnaissance et les récompenses ne tardèrent pas à arriver. La jeune femme pouvait vivre de son art, apparaître dans des productions télévisées. Weisz a admis à plusieurs reprises qu'elle a eu du mal à assumer tout cela. Il lui fallait trouver sa place et ses aspirations propre aux plus vite, savoir ce qu'elle attendait de sa vie et de son art. A vingt ans, il n'est pas si évident d'être tranchés sur d'aussi grandes questions... L'incertitude est encore là et la question « que veux tu devenir? » a quelque chose d'angoissant.
Elle fait ses premières apparitions dans des rôles classiques comme dans une adaptation télévisée du Rouge et le Noir de Stendhal, où elle joue le rôle de la jeune fille que Julien Sorel (Ewan McGreggor) va conquérir dans la seconde partie de l'histoire à Paris. C'est presque un passage obligé pour une jeune actrice britannique (Helena Bonham Carter et Tilda Swinton, aux registres pourtant différents, ont également débuté dans des films académiques et en costumes). Weisz qualifie sans détours ses premières tentatives de médiocres, on ne s'étendra donc guère sur ses rôles d'adolescentes amoureuses ou son apparition dans un thriller futuriste très oubliable (Death Machine). Sa nature était encore à révéler.
C'est avec Beauté volée en 1996 qu'on la remarque pour la première fois. Elle fait partie de la belle communauté qui vit en Toscane autour d'un sculpteur sur bois et de sa femme. La jeune et virginale Lucy (Liv Tyler) y séjourne une saison, à la recherche de ses origines (de son père, sur les traces de sa mère, poétesse défunte et énigmatique). Elle va également s'éveiller à la sensualité et à la vie (ainsi qu'à « l'incroyable frivolité des mourants » personnifiée par Jeremy Irons). Rachel Weisz y est une sensuelle créatrice de bijous, désinvolte et troublante, accompagnée d'un golden boy sans âme, qui lui fait sauvagement l'amour dès qu'il daigne raccrocher son cher téléphone portable. Elle participe à l'ambiance faussement indolente de Luxe de calme et de volupté, elle sera également l'un des personnages à évoquer la sexualité de manière moins éthérée et adolescente, la seule également à être déçue. Elle aborde la jeune Lucy avec une ironie bienveillante, a manifestement vécu davantage et se tient à distance, parmi les seconds rôles qui viennent parfaire l'ambiance (à l'image de Jean Marais qui vient apporter son supplément d'âme). Le moment est beau, l'ilôt est encore insouciant, même si on sent que la réalité menace d'étendre son voile endeuillé sur cet art de vivre. On le sent notamment à travers le personnage de Jeremy Irons, poète libre-penseur, condamné par le Sida. Mais le répit est beau, juste avant la fin de l'innocence. Et Bertolucci lui donne une poésie grandiose. Ce film est nostalgique comme une élégie, plein d'une mélancolie enjouée. Au coeur de ces nuances, Weisz est déjà singulière.
Elle se trouve ensuite pour la première fois aux côtés de Keanu Reeves dans Poursuite. Dans ce thriller banal, ils sont deux chercheurs qui se consacrent à la conception d'énergie alternative, accusé de meurtres après que leur protecteur ait été assassiné. Ils sont donc obligés de fuir. Rien de très remarquable, même s'il faut reconnaître au film son efficacité et l'originalité du métier de ces protagonistes, devenu d'actualité. On est dans un schéma hitchcockien qui a fait ses preuves, où un individu lambda est poursuivi par des méchants (issus de sociétés secrètes qui font peur), pris dans un engrenage. Les personnages n'offrent alors que peu d'occasions aux acteurs de déployer leur talent. Frustrée par l'expérience, et devant la qualité toute relative du résultat, Weisz se détourne un moment des grosses productions. Il y a là une manière d'amertume. Après avoir vu les portes de Hollywood s'ouvrir devant elle, elle n'y trouve pas sa place. Il faudra encore un peu de temps pour qu'elle soit utilisée à sa valeur.
Après cela elle va se tourner vers d'autres cieux, notamment dans une histoire d'amour avec Vincent Perez intitulée Au coeur de la tourmente, qui s'inscrit dans la tradition tourmentée du romantisme anglais. On songe à Emily Brontë, même s'il s'agit de l'adaptation d'une nouvelle de Joseph Conrad. Une jeune servante tombe amoureuse du rescapé d'un naufrage. Cette composition est assez classique mais témoigne du goût de Weisz à incarner des personnages qui sont en rupture avec l'ordre social (trait que l'on retrouvera dans The Constant Gardener et My Blueberry nights). Malgré le cliché, quelque chose de profond est révélé dans sa nature de comédienne. Going all the way en 1997, avec Ben Affleck, vient confirmer cela. En jeune maîtresse juive de ce vétéran de Corée, elle doit affronter l'antisémitisme de la mère de son amant.
Son rôle dans Bent de Sean Mathias en 1997 est également révélateur. Elle y revient à l'époque de l'Allemagne nazie. On y évoque le terrible sort réservé aux homosexuels pendant la guerre, frappés de la même infamie que les juifs. Ils étaient considérés comme des dégénérés, et sujets à l'opprobre. Leur déportation est encore assez peu connue. Le film est intense et fort et pointe la froideur, l'inhumanité des fanatiques. Clive Owen est émouvant dans le rôle titre de cet homme qui subit l'oppression et est envoyé à Dachau. Weisz quant à elle campe une prostituée dans un monde qui perd ses valeurs, se délite, l'un de ces moments où l'humanité semble devenir folle. L'apparition est brève, mais le sujet d'importance.
Souvent, elle contribuera à donner vie à des épisodes historiques extrêmes, auquel le cinéma rend toute son horreur, (que ce soit ici ou dans les ruines d'une Stalingrad dévastée). Elle sera également proche de l'histoire de son père juif et hongrois dans Sunshine, avec Ralph Fiennes où l'on raconte le destin d'une famille sur trois générations (du « monde d'hier » des Habsbourg à la révolution hongroise des années 50). Rachel Weisz revient régulièrement à cette source, comme par devoir de mémoire, pour ne pas oublier ses origines.
Dans Trois anglaises en campagne, elle est l'une des trois femmes qui se trouvent confinées dans une ferme. Elle est la rêveuse et l'introvertie, dont le caractère s'oppose à la vivacité et la sensualité de l'une de ses compagnes, ainsi qu'au romantisme de Catherine McCormack. Tout cela est en vérité assez convenu et sans grand intérêt. Cependant le contexte est de nouveau celui de la seconde guerre mondiale. Ces femmes, engagées dans l'armée, sont envoyées dans les fermes pour y remplacer les hommes, envoyés au combat.
En 1998, elle est à l'affiche de I want you de Michael Winterbottom, un film extrêmement sombre. Un homme à sa sortie de prison veut retrouver son ex-petite amie qui partage la vie d'un autre. Elle entretient également une amitié avec un jeune muet qui sera son protecteur. L'ancien prisonnier, prêt à tout pour la reconquérir se fera menaçant. Il réveillera les démons d'un passé que l'on imaginait moins trouble. Weisz est convaincante et intense dans cet univers passionnel, exprimant les tourments, les secrets d'une femme. Le film est réaliste. Les sentiments sont violents et bruts, les sensibilités poussées à bout. On retrouve souvent cela chez Winterbottom, notamment dans Un Coeur invaincu, consacré à Mariane Pearl, épouse du journaliste assassiné Daniel Pearl.
Rachel Weisz dans ses années de formation, a exploré bien des registres, qui ont permis doucement de l'imposer, avant la reconnaissance qu'elle méritait. Elle a subtilement exploré son passé, trouvé son ton et sa place. On a le sentiment d'une recherche perpétuelle dans ses choix qui allait finir par porter ses fruits.
Il est au cinéma de grands moments de plaisir coupable, appelés tendrement nanars. C'est précisément le cas de la Momie en 1999. La recette est plus qu'éculée, reprenant un grand poncif du cinéma d'aventure (rappelant un classique de l'horreur avec Boris Karloff). Brendan Fraser découvre donc une tombe censée lui apporter fortune et gloire. En réalité, il a ranimé une sombre malédiction et des êtres que l'on croyait disparus reviennent très énervés. Imothep est de retour et sème la terreur. Rachel Weisz campe une passionnée d’égyptologie. Intéressée par la découverte, elle va en subir les conséquences. Evidemment elle tombe amoureuse du bel aventurier et va affronter un chauve venu de l'antiquité égyptienne, déchaînant sur eux quelques uns de ses pouvoirs maléfiques. Tout cela serait assez médiocre s'il ne régnait sur ce film un second degré permanent, une fraîcheur qui se perdra dans sa suite. Weisz aura le bon sens de ne pas participer au troisième volet. Le charme naïf de ce film qui jouait avec des clichés de cinéma s'évapore peu à peu, va à n'en pas douter être exploité comme une formule jusqu'à perdre toute sa fraicheur. Mais au premier volet, on passait un bon moment. Tout cela ne se prenait pas au sérieux. On passait sur les personnages brossés à gros traits (ce qui est après tout la marque des serials), des effets spéciaux approximatifs, de l'enjeu dramatique pour le moins limité. Rachel interprétait Evelyn en lui conférant un aspect fantaisiste judicieux. Cela lui rappelait la légèreté de la série des Indiana Jones qu’elle appréciait beaucoup (comme nous tous). Faire une suite puis une trilogie à partir de ce film a quelque chose d'incongru, prouve à quel point le profit règne, au mépris même de l'intention première évidente: celle de faire une fantaisie nostalgique qui n'appelait pas de lendemains. Mais devant le beau succès public, elle en a eu...
Après un retour au théâtre dans la magnifique pièce de Tennessee Williams, Soudain l’été dernier, elle est plongée dans le Stalingrad de Jean Jacques Annaud en 2001. Le film est ambitieux et assurément une grosse production. Mais on retrouve toute l’intelligence du réalisateur du Nom de la rose, qui suggère le souffle de l’histoire, tout le contexte d’une époque à travers le destin de ses protagonistes. Ainsi tous gagnent une existence propre. Jude Law est le sniper russe héroïque dont les exploits vont être mis en avant pour galvaniser les troupes russes. Joseph Fiennes est l’architecte de cela, transformant les faits d’arme du jeune paysan en instruments de propagande. On assiste au déchaînement des batailles: notamment dans une séquence d'ouverture terrifiante de bruit et de fureur, où les troupes russes sont forcées d’avancer sous le feu nourri des allemands, avec seulement un fusil pour deux. Plongé au coeur de l’action, on ressent le danger comme dans les meilleures scènes d’Il faut sauver le soldat Ryan de Spielberg. Le paysage est gris et en ruines, ne reste que l’obligation ubuesque de se jeter dans ce tonnerre, en espérant ne pas y rencontrer la mort trop vite.
Ces grands tableaux perdraient cependant beaucoup de leur impact si l'on explorait pas un minimum l'intimité des personnages. C'est là qu'intervient un motif beaucoup plus classique: le triangle amoureux. Law, devenu un héros soviétique se réfugie chaque soir dans la demeure d'une famille. Là il y rencontre une jeune femme admirative, incarnée par la douce Rachel. Seulement son ami Fiennes n'est pas indifférent à la grâce de la belle. Les deux hommes vont s'éprendre d'elle. Même si le coeur du film est la confrontation de deux snipers virtuoses, Jude Law le russe contre Ed Harris l'allemand (magnifique comme souvent), cette histoire a également son importance. Car le personnage de Weisz suit également son évolution, elle subit l'époque. Elle est celle par qui les sentiments vont s'exacerber, la tragédie se nouer et l'épisode guerrier prendre un caractère plus intime Elle est un enjeu certes, qui va attiser la rivalité entre deux amis apparemment inséparables. Elle a surtout une sensibilité profonde. Elle est celle par qui la face la plus barbare de l'époque va être évoquée (le sort fait aux juifs), elle est également celle qui va subir l'horreur et perdre tous ceux qu'elle aime. Elle atteint ici une dimension de véritable héroïne tragique, qui vient ajouter un aspect romanesque supplémentaire à ce film de guerre efficace et tendu. C'est par son personnage que les traits essentiels de l'humain se perpétuent. Même au milieu des ruines, il reste l'amour, la jalousie, la fureur, la chaleur d'une famille. C'est ainsi que Stalingrad se distingue, par cette touche sensible personnifiée par Weisz, qui fait que ce film n'est pas seulement une reconstitution historique minutieuse. C'est en partie par elle et sa destinée pleine de fatalité tragique, que le film gagne sensibilité et profondeur.
A la suite de cela, elle jouera dans Le Retour de la Momie en 2001, se trouvant mariée à Fraser et mère d'un petit garçon. La dite momie dans un musée, Imothep revient donc et il n'est pas content... Heureusement, Rachel prend assez vite ses distances pour aller tourner dans le très bon Pour un garçon de Paul Weitz en 2002. Hugh Grant y était un irrécupérable célibataire, vivant des royalties générés par un tube que son père avait composé et qui était devenu un standard de Noël. Il voit sa farouche indépendance bouleversée par l'arrivée d'un garçon étrange dans sa bulle qui peu à peu devient son ami. Ils s'influencent mutuellement jusqu'à ce qu'il soit capable de tomber amoureux. Il finit par sacrifier sa vie solitaire et déposer les armes devant la rayonnante Rachel Weisz mère célibataire absolument craquante. Le ton du film est constamment et discrètement ironique, le regard sur ces personnages tous un peu paumés est d'une grande tendresse. L'un de ces films qui font du bien en une après midi pluvieuse, sans pour autant être faits de guimauve. Un petit rôle attendrissant dans un beau petit film.
Elle continue d'explorer un registre plus léger, mais psychologiquement assez intéressant dans Fausses apparences de Neil Labutte où elle est une sculptrice que veut changer son petit ami (rôle qu'elle avait déjà joué au théâtre). Elle manipule donc son fiancé et le fait passer par divers états qui structurent le film. Elle apparaît ici assez trouble et machiavélique puisque son compagnon relooké par ses soins osera aborder la femme qu'il convoitait des années auparavant sans oser l'approcher. Cela crée quelques tensions.
On sent chez Weisz la volonté d'aborder des rivages différents que ceux du catastrophique Retour de la Momie, continuer de jouer avec passion comme dans sa jeunesse, retrouver l'audace où elle s'est épanouie tout d'abord, principalement au théâtre. Elle apparaît en femme fatale dans Confidence, film policier dans un L.A vaguement tarantinesque. Elle se joint au Maitre du jeu, film de procès avec Gene Hackman en affreux (étonnant non?) défenseur des fabriquants d'armes qu'elle attaque en justice. Elle est également à l'affiche de Envy de Barry Levinson, comédie singulière avec Ben Stiller (l'envieux), Jack Black (qui a fait fortune) et le toujours grandiose Christopher Walken (en vieux baba cool).Elle se cherche encore, s'affirme peu à peu.
Sa carrière au cinéma se poursuit avec Constantine en 2004. Le film de Francis Lawrence apparaît clairement dans sa carrière comme un moment de transition. Elle retrouve Keanu Reeves, ici chasseur de démons au bout du rouleau. On est devant un film à effets spéciaux, mais il a une véritable ambition. Esthétique d'abord: les moments en enfer rappellent les peintures cauchemardesques de Jerôme Bosch. Le casting, ensuite, fait appel à des acteurs de qualité, comme le déjanté Peter Stormare en Lucifer ou la brillante Tilda Swinton en ange Gabriel névrosé. Weisz incarne une policière, Angela, dont la soeur jumelle s'est suicidée. Juste avant de sauter dans le vide, elle a murmuré le nom de Constantine. La jeune femme se trouve alors précipitée dans un monde mystique et biblique assez inattendu, traité comme un film noir, dans une sorte de blasphème réjouissant. Mais on est toujours dans l'univers du blockbuster, avec des dialogues attendus et formatés, une mise en scène parfois approximative. Le résultat est donc assez déséquilibré, pris entre des ambitions diamétralement opposées, sans jamais trouver une identité propre. Rachel Weisz y est toutefois émouvante, très attachante, fragile et très belle. Au milieu de ce chaos, sa sensibilité s'impose.
Juste après cela elle trouve l'un des plus beaux rôles de sa carrière à l'écran dans The Constant Gardener de Fernando Mereilles. Elle y incarne Tessa Quayle, épouse d'un diplomate discret posté en Afrique (Ralph Fiennes). Elle est entière, excessive et engagée, veut le suivre à toute force, dénoncer jusqu'au bout les injustices dont sont victimes les populations locales, gravement touchées par le Sida, situation de détresse dont profitent les grands laboratoires qui fabriquent les médicaments. Tessa est une militante, enflammée, passionnée et sans nuances, avec un code moral extrêmement marqué, des convictions très ancrées qui la rendent insensible aux risques qu'elle prend. Mais la douceur naturelle de Weisz rendent cette nature de feu incroyablement attirante, pétillante et énergique. Son mari Justin va suivre ses traces après sa mort, enquêter sur les circonstances de sa disparition, découvrir les raisons de son exaltation et la justesse de son combat. Devant le caractère entier qu'il découvre après sa mort, le timide Justin révèle sa nature, devient combattif, l'aime plus encore au fur et à mesure qu'il connaît le courage de son épouse et l'obstination dont elle a fait preuve. C'est un très beau film engagé, qui décrit une situation révoltante (les pauvres utilisés comme cobayes pour des médicaments dont ils ne pourront jamais profiter), ainsi qu'une très belle et triste histoire d'amour entre un homme et sa femme disparue.
L'oeuvre de John LeCarré trouvait là une très belle illustration. La présence radieuse de Rachel Weisz (alors enceinte) illumine le film. On a le sentiment qu'elle a enfin trouvé un grand rôle, qu'elle l'a servi avec flamme. Tessa grâce à elle devient incroyablement attachante. Cette femme de conviction aurait pu facilement être antipathique, elle en fait un être admirable, empli de vitalité, d'audace, de malice. Elle est magnifique. Tessa est inspirée d'un personnage réel, Yvette Pierpaoli qui mourut dans un accident de voiture alors qu'elle travaillait pour « Refugees international ». Weisz sert ce sujet avec intégrité et sublime son personnage. La réalité horrible qu'elle pointe devient sensible et émouvante. Car c'est l'humanité qui est le moteur de son engagement. Sa nature passionnée, presque excentrique, est merveilleusement complémentaire de la tranquillité et la discrétion de son époux. Un grand film...
Après avoir prêté sa voix au dragon de l'assez réussi Eragon, elle se joint à The Fountain de Darren Aronofsky en 2006. Raconter simplement cette histoire est assez délicat tant le film est une expérience, comme une oeuvre d'art que l'on ne cesse de redécouvrir à chaque visionnage. Elle y est encore une inspiratrice tragique, pour qui un homme ira jusqu'à risquer sa perte. Elle est condamnée par une tumeur au cerveau, il est un chirurgien prêt à l'impossible pour la sauver de la mort. A travers les époques, on voit leur amour absolu, éternel. Le projet du cinéaste est d'une ambition rare. Il a failli ne pas voir le jour après les désistements de Brad Pitt et Cate Blanchett. Le projet s'était ainsi vu amputé d'une partie de son budget. Hugh Jackman et Rachel Weisz ont repris les rôles principaux. The Fountain fait partie de ces films fascinants qui, lorsqu'on les voit la première fois, laissent perplexes, interloqués, émus, un peu comme devant 2001 Odyssée de l'espace. Puis on le revoit, on pénètre ses arcanes, son histoire d'amour désespérée et déstructurée, sa réflexion sur la mortalité, son voyage dans le temps (où Jackman pourra être un conquistador et Weisz sera un moment Isabelle d'Espagne l'envoyant à la recherche de la fontaine de jouvence). L'envoûtement vous prend progressivement. En nos temps où tout se consomme trop vite, où tout soit être instantané, il est rare d'avoir à laisser s'ouvrir un film, à accepter ce laps de temps pour qu'il vous enivre. L'effet est progressif, mais d'une grande puissance. Weisz plus que jamais est une icône, éthérée, l'image d'un idéal, la femme rêvée que l'on aimera à travers les époques. La fonction de muse est assez écrasante, elle l'épouse avec grâce et simplicité, dans l'évidence d'un grand amour, dans l'inquiétude fébrile du temps qui passe. On sent que chaque instant est précieux, intense, menacé. On comprend l'entêtement de Hugh Jackman à vouloir combattre la fatalité, à retenir cette beauté fragile, vivant dans la hantise de la voir disparaitre.
La voir au générique de My Blueberry Nights de Wong Kar-wai en 2007 n'a donc rien d'une surprise. Elle est une muse véritable qui correspond bien à l'univers du poète-cinéaste qui mettait ici en scène la belle Norah Jones dans une odyssée américaine qu'elle entame après une rupture. Elle rencontre Jude Law, qui tient un bar à New York. Elle se confie à lui tout en partageant une tarte. Le courant passe mais elle part pour soigner son coeur brisé. Elle croise sur sa route Nathalie Portman, joueuse douée et mythomane, un policier alcoolique (impressionnant David Strathairn) que sa femme a quitté. Elle, c'est Rachel Weisz, destroy, brisée, d'abord furieuse puis désespérée, une écorché vive. Le rôle est en rupture avec ses emplois habituels, beaucoup plus fiévreux, presque violent. Elle est ici incandescente, exprimant une souffrance à fleur de peau, un mal de vivre enragé qui répond à l'abattement de celui qui se languissait d'elle. Cette intensité sauvage contraste également avec la douceur de Norah Jones.
Ayant expérimenté tous les registres avant de trouver des rôles à la hauteur de son jeu et de son charisme (depuis the Constant Gardener), Rachel Weisz incarne désormais des femmes de caractère, profondes, tourmentées ou gentiment sulfureuses (dans la récente comédie romantique Un jour, peut-être). Pourtant son potentiel éclatait déjà dans Stalingrad, dans sa manière de rendre émouvante chaque parole, chaque regard, même au milieu d'immenses batailles.
On a le sentiment qu'elle peut s'exprimer enfin de toute sa passion, révéler la nature de ses personnages et pousser plus loin leurs sentiments. Elle a acquis cette envergure, son talent a trouvé matière à se déployer. Elle sera prochainement à l'affiche d'un thriller dans The Colossus où elle incarnera de nouveau une activiste en Afrique du sud, très engagée contre une guerre qui menace. Dans Brothers Bloom, elle sera Penelope Stamp, riche héritière excentrique que deux arnaqueurs vont tenter de duper. Elle sera aussi du prochain et très attendu Lovely Bones de Peter Jackson qui s'annonce comme un retour à la belle veine de Créatures Célestes. Dans le sombre Dirt Music de Philip Noyce, Colin Farell reprendra goût à la vie grâce à elle. Enfin dans Agora d'Alejandro Amenabar, Rachel reviendra en terre égyptienne (mais à l'époque romaine) pour un sujet prometteur: un esclave converti au christianisme rêve de conquérir sa liberté. Il s'éprend de sa professeur, la philosophe Hypatia d'Alexandrie.
Avec autant de projets en cours et à venir, on s'aperçoit que Rachel Weisz a fini par trouver au cinéma une liberté et une latitude d'interprétation qui l'avaient attirées d'abord au théâtre. Elle continuera d'emprunter des chemins variés et riches de promesses, toujours avec cette flamme, cette grâce, cette passion qui subliment beaucoup de ses rôles.