Radha Mitchell

Le portrait de Radha Mitchell

Radha Mitchell a vu le jour en Australie, au jour de l'an de 1973. Elle devient actrice alors qu'elle est encore au lycée. Elle apparaît dans une série télévisée et fait ses débuts au cinéma dans une comédie romantique Love and other catastrophes en 1996. Elle incarne une étudiante qui subit une rupture difficile avec son amie. Elle est belle, et le film connaît un petit succès. 

Mais c'est avec High Art de Lisa Chodolenko que Mitchell s'impose en 1999. Cette oeuvre indépendante confirme son aura sexy et la plonge dans une liaison fascinante avec une autre femme. L'actrice s'intègre parfaitement à cet univers troublant et marginal (dans le milieu sulfureux des artistes New Yorkais). La manière d'aborder l'homosexualité féminine est juste. On voit un amour s'épanouir dans tous ses aspects, des plus désirables aux plus destructeurs. Le regard de l'actrice, suggère toute l'innocence, le caractère absolu et  intense des passions de jeunesse. Son sens de la nuance lui permet de suggérer les contradictions ce personnage: elle est prise dans une liaison  torride, en même temps qu'elle est une journaliste ambitieuse quelque peu antipathique. 

Cette manière d'allier les extrêmes est probablement ce qui fait la richesse de Mitchell, sachant exprimer des sentiments antagonistes tout en maintenant la cohérence et l'unité d'un rôle. Elle est alors une actrice importante du cinéma indépendant. Elle apparaît dans d'autres productions qui tirent partie de sa singulière beauté, alliant l'innocence de sa blondeur que vient tempérer son regard grave.

 

Une sensibilité nuancée à Hollywood

En 2000, on la remarque dans l'admirable Pitch Black, face au charismatique Riddick (Vin Diesel). Un vaisseau et ses occupants se retrouvent sur une planète où plane une sourde menace, tapie dans l'ombre. Celle-ci décime tous les membres de l'équipage du vaisseau spatial naufragé. On n'a pas vu pareille tension et une telle efficacité depuis le premier Alien, référence à laquelle ce film rendait clairement hommage. La même année, l'actrice apparaît dans Everything put together, second film de Marc Forster (qu'elle retrouvera pour Neverland) où elle incarne la femme d'un jeune couple insouciant qui doit affronter la mort subite de leur nouveau-né. Toujours cette nature multiple qui trouvera son illustration la plus littérale chez Woody Allen. 

Radha se prête ensuite à des films de moindre importance (tels que Nobody's baby, tout de même avec le grand Gary Oldman en 2001). Elle aborde un thriller assez astucieux avec When Strangers appear en 2001 où un homme en danger de mort fait irruption dans le restaurant qu'elle tient. On la voit dans le très indépendant Ten Tiny Love stories (filmé à la DV ou dix femmes racontent un épisode marquant de leur vie amoureuse). Cela la conduit à écrire et réaliser son court-métrage Four Reasons en 2002. 

On sent une sensibilité particulière chez Radha Mitchell, toujours nuancée même dans des contextes assez simplistes. De ses débuts, on retient cette faculté étonnante, à complexifier même un second rôle, à lui conférer de l'épaisseur et de la richesse, même en ayant peu de place. On se souvient par exemple d'elle dans Pitch Black alors que son personnage pouvait n'avoir qu'une valeur de fonction.

C'est précisément ce supplément d'âme qu'elle apporte à Phone Game de Joel Schumacher en 2002, dont Colin Farrell est le personnage principal. Coincé dans une cabine téléphonique et sous l'emprise sadique d'un sniper, il doit admettre peu à peu sa vraie nature et laisser tomber son masque de golden boy un peu salaud. Farrell doit, sous peine d'être abattu, dire la vérité sur toute sa vie. Elle est sa femme, celle à qui il doit avouer son infidélité. On voit les tourments inscrits sur son visage à elle, des sentiments changeants, de l'inquiétude à la déception d'être ainsi trahie et bafouée publiquement. Ainsi elle lui pardonne sous la pression mais suggère avec intensité les sentiments contradictoires qui animent son personnage. L'expressivité de Mitchell lui permet de se distinguer dans ce second rôle.

En 2004, dans Man of fire de Tony Scott, c'est également ainsi qu'elle incarne avec force la douleur d'une mère qui doit affronter l'enlèvement de sa fillette dans un Mexique où ces rapts sont une véritable économie parallèle. En épouse américaine d'un homme d'affaires aisé, elle demande à son mari un garde du corps pour veiller sur sa fille (la jeune et talentueuse Dakota Fanning). Il engage un homme fatigué, alcoolique, mais qui se prend d'affection pour sa jeune protégée. Denzel Washington gagne la confiance de Radha Mitchell qui l'emploie. Lorsque l'enlèvement survient, c'est aussi pour elle qu'il dénouera une sombre machination. On sent entre eux la même douleur, une attirance sourde également, une complicité tourmentée. Scott avait d'ailleurs prévu à l'origine une romance entre les deux personnages, mais ne l'a pas gardé au montage final. Le rôle de Radha Mitchell et sa capacité à exprimer une douleur brute et des émotions complexes n'en impressionnent pas moins.

Dans Neverland en 2005, elle campe potentiellement le personnage le plus antipathique et froid du film, totalement opposée à la douceur et à la bienveillance de Kate Winslet. Pourtant elle parvient à se faire comprendre, à côté d'un Johnny Depp campant un James Barrie fuyant absolument toute responsabilité. Il est un rêveur, elle est simplement une femme qui veut faire son chemin dans le monde d'une manière plus classique. Le couple d'acteurs suggère subtilement la frustration de leur mariage, la flamme de leur passion éteinte et ce fameux pays imaginaire dont elle est tacitement exclue et où il ne la laissera jamais pénétrer. Pourtant, ils ne se haïssent point, mais on sent avec force qu'elle est la voix de la raison, que ce doux dingue lunaire ne saurait entendre ou comprendre. Elle est délaissée et bafouée. Ce n'est plus la froideur qui la caractérise mais le manque d'amour.

Dans l'attente d'un grand rôle

Elle porte l'intéressant exercice de style de Woody Allen (même si on aurait souhaité qu'il soit plus achevé), Melinda et Melinda en 2004. Deux auteurs se disputent au restaurant pour savoir si la vie est intrinsèquement comique ou tragique. Ils inventent alors deux histoires parallèles, ayant tous deux pour point commun de conter l'irruption dans la vie d'un couple d'une amie perturbée et suicidaire, campée par Radha Mitchell. Sa nature d'actrice l'impose naturellement pour ce rôle. Elle peut être à la fois ténébreuse et vaudevillesque. Elle se prête au jeu avec une belle justesse. Mais Allen reste toutefois  dans la légèreté un peu facile, on l'a connu plus inspiré dans ce mélange des genres (dans Crimes et délits). Son choix d'actrice est cependant fort judicieux.

C'est un peu le même problème pour Christophe Gans, qui choisit en 2006 d'adapter un jeu vidéo dont il admire beaucoup l'ambiance, Silent Hill. Pour inspirer l'inquiétude et attacher au sort de l'héroïne, prise dans ces brumes cauchemardesques, Radha Mitchell s'impose. Si l'épouvante que l'on attendait n'est pas forcément là (étrangement d'ailleurs), l'ambition esthétique du réalisateur est de chaque plan, et l'inquiétude distillée par son interprète parfaitement dans le ton. Le film ne rencontre toutefois pas le succès escompté.

Depuis lors, Radha Mitchell apparaît dans la sympathique romance polyphonique Festin d'amour de Robert Benton (avec Morgan Freeman) ou encore dans Henry Poole is here (où un homme apprenant la date prochaine de sa mort tente de mettre ce temps à profit). En attendant un grand rôle, elle varie les plaisirs, affronte un terrifiant crocodile dans Eaux Troubles aux côtés de Michael Vartan (vu dans Alias), se prête à une fresque, les Orphelins de Huang Shi, où elle est une infirmière tentant avec un journaliste (Johnathan Rhys Meyers), de sauver des orphelins, leur faisant traverser la Chine des années 30, bouleversée par la guerre. 

 

Mais sa facilité à être multiple, changeante et raffinée, demeure encore sous-exploitée. On a pu s'apercevoir de cette faculté dans Phone Game, s'émouvoir de sa sensibilité à fleur de peau dans Man on fire, de la richesse de son jeu dans Melinda et Melinda, de son sens de la nuance dans Neverland. Il faut souhaiter qu'elle rencontre enfin un film qui profite de tous ses atouts, hors de stéréotypes trop étroits pour rendre hommage à la riche expressivité de cette belle actrice.

 


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