Ennio MorriconeLe résultat est – on le connaît – absolument mémorable, et alors que Ennio Morricone ne prétendait à rien il se retrouva subitement compositeur "culte". Une situation qui n'a eu de cesse de l'énerver au plus haut point, surtout que son rêve n'était que de diriger de grandes œuvres classiques. Lorsque lors de concerts il assouvissait ses envies, le public ne comprenait pas, et refusait strictement de le suivre, venu uniquement écouter des musiques de Westerns. Une attitude qui aujourd'hui le rend difficilement accessible, horriblement cher à solliciter pour une intervention sur sa musico-filmographie, irritable. Et pendant ce temps il donne des concerts de musique classique à qui veut les entendre… et s'éclate.
TECHNIQUESergio Leone avait pour particularité de faire tourner chaque acteur dans sa langue natale. Il n’existe donc pas de version originale à proprement parler de ses films "internationaux" dont le meilleur exemple est la trilogie du dollar (acteurs italiens, espagnols, américains…).
Le cinéaste affirma toujours préférer une bonne piste mono à une mauvaise piste stéréo. Ce pourquoi les DVD des œuvres de Leone ne s’avèrent intéressants si et seulement si la piste mono d’origine est présente, de préférence doublée en français. Atteinte aux puristes ? Non ! Sergio Leone supervisait lui-même les doublages italiens, français et anglais, ces derniers restant tout de même très médiocres. On atteint tout de même des sommets de ringardise lorsque ses héritiers prétendent livrer une nouvelle version longue du
Bon, La Brute et le Truand, où Clint Eastwood reprend quarante ans plus tard le micro pour doubler les scènes inédites, aux côtés de Eli Wallach. Agés physiquement et donc dans la voix, les personnages à l'écran en deviennent irritants ou irrésistiblement drôles selon l'humeur. Pire encore, la version française de ces scènes est assurée par des acteurs "djeuns" cassant toute l'ambiance qui se dégage des voix d'origine. Rajoutons à cela que ces scènes n'ont aucun intérêt si ce n'est de briser le rythme du film, et la récente édition collector parue chez MGM est à proscrire de toute urgence. Préférez les anciennes, certes moins belle, mais au film bien plus fidèle aux intentions du réalisateurs, ne serait-ce que d'un point de vue artistique sur les voix.
Vérifiez pour finir qu’il s’agit bien de la version longue, la mauvaise expérience du premier DVD à 15€ chez MGM de
Il était une fois la révolution dans son montage américain, supprimant notamment la fin du film (!!!), hantant encore les esprits des puristes. Et même des non puristes d’ailleurs. Une erreur que cette fois-ci l'édition collector corrigeait… et sans doublage inédit et détestable, tout étant d'origine.
DES WESTERNS…Pour une poignée de dollarsL’avis de Pascal Faber :
Quand Sergio Leone se lance dans le remake de
Yojimbo de Akira Kurosawa, c'est tout de même autre chose que les remakes actuels. Avec
Pour une poignée de dollars, Leone réinvente entièrement le western avec cette manière de placer sa caméra, cette profusion de gros plans et surtout son choix en matière de comédien qu'aucun autre réalisateur n'avait osé. Chez lui pas besoin de dialogue, tout se passe entre le regard de ses acteurs et la caméra. Voilà un réalisateur à qui Clint Eastwood peut être reconnaissant.
Et pour quelques dollars de plusL’avis de Stéphane Chevalier :
On retrouve dans
Et pour quelques dollars de plus, un Mexique aux accents andalous peuplé d’individus aux traits plutôt espagnols.
Le duel final du film est une merveille de mise en scène. Il reste certes moins abouti que celui du
Bon, la brute et le truand, mais on sent néanmoins naître déjà le style du maître. Le face à face Van Cleef et Volonte est magistral. Cette scène déborde d’émotions. On ressent chaque crispation des personnages figés dans cette arène. Cette chute résume l’essence même d’un monde où les héros ne sont jamais que de grands enfants qui règlent leurs affaires comme des querelles d’écoliers. Et c’est par ces quelques mots que Leone conclut cette fabuleuse histoire : "Et notre association ?" "Une autre fois peut-être".
Le héros s’en va vers un autre horizon où l’attendent l’aventure, la fortune et certainement la mort.
Le Bon, la Brute et le TruandL’avis de Denis Brusseaux :
Trois personnages, trois forces différentes, trois façons de mener la danse à tour de rôle jusqu’au tango final, qui déterminera celui qui emportera le magot de l’énigmatique Bill Carson.
Le Bon, la Brute et le Truand est un jeu de rôles où les positions s’inversent à une vitesse vertigineuse, où le bourreau devient la victime, et où personne n’a jamais la possibilité d’être fidèle aux fonctions arbitrairement attribuées dans le titre. Le truand suit une quête obsessionnelle quasi-héroïque, la brute revêt les galons et l’autorité d’un officier respectable, le bon ne l’est pas du tout. A leur instar, les péripéties elles-mêmes révèlent des personnalités à facettes, passant du périple cruel et désenchanté (Blondin marchant christiquement sous un soleil de plomb ; le spectacle désolant du massacre de soldats nordistes ; Blondin offrant son cigare à un mourant) au rebondissement sérialesque et jouissif (une diligence surgit en transportant les secrets d’un trésor caché ; Tucco découvre soudain la cachette de l’or dans un gigantesque cimetière ; le cigare de Blondin sert immédiatement après à allumer la mèche d’un canon), et inversement ! Le film lui-même est une aventure picaresque et survoltée comme on en fait plus, drôle, trépidant, poignant et violent, mais aussi une réflexion sur les idéaux et la confrontation d’intérêts personnels (la chasse au trésor) avec des enjeux politiques d’envergure (la guerre de sécession).



Il était une fois dans l’OuestL’avis de Kevin Prin :
Même si seulement deux ans les séparent,
Il était une fois dans l'Ouest est loin de la trilogie des dollars. Le style de Sergio Leone a fait ses preuves et pourrait encore être utilisé comme simple garant de succès. Pourtant il s'en éloigne en en gardant seulement une partie de sa substance, dont ses inimitables rigueur et beauté. Les visages, ces "gueules d'amour" si caractéristiques des personnages de ses films sont toujours là, les superbes plans larges aux horizons lointains aussi, mais au service cette fois-ci de quelque chose de nouveau : Leone semble préoccupé. Clairement il ne fait aucun doute que le projet d'
Il était une fois en Amérique était déjà en train de germer en lui. Si
Il était une fois dans l'Ouest propose encore une fois des ingrédients de ses précédents westerns, il lui octroie en plus une gravité inédite. Vient se rajouter un personnage supplémentaire, omniprésent de bout en bout de l'histoire (de la fameuse scène d'ouverture de la gare au plan final sur les ouvriers) : le chemin de fer, le rail faisant son apparition aux Etats-Unis. Premier gros symbole du début de l'ère de la modernité et des sciences, il est aussi une source sans précédent de corruption, désir de pouvoir et de violence. Le rail, c'est le début de l'Amérique, territoire que pour la première fois Leone représente, sans équivoque, à travers des symboles forts dont bien sûr de splendides plans de Monument Valley.
Il était une fois dans l'Ouest retranscrit la transition d'une époque, celle des westerns, à une autre, celle qui conduira au vingtième siècle, soit un passage d'une forme de violence individuelle d'homme à homme, à une autre aux proportions tout à fait incomparables (guerres, etc…).
Claudia Cardinale et Sergio Leone sur le tournage d'IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST Il était une fois la révolutionL’avis de Kevin Prin :
Film charnière dans l’œuvre de Sergio Leone,
Il était une fois la révolution constitue indéniablement une transition entre ses films de westerns et son futur chef d’œuvre
Il était une fois en Amérique (qu’il réalisera treize ans plus tard). Usant à nouveau des codes qu’il mit en place avec ses westerns, Leone commence à les mêler ici à des éléments graphiques modernes, tandis que ses personnages se mettent à rêver de l’Amérique. Pourtant il serait très réducteur de résumer
Il était une fois la révolution à un simple film de transition tant ses qualités intrinsèques sont nombreuses. Bien sûr il ne s’agit "que" d’un film de commande, dont la direction lui revint en dernière minute, mais au regard du résultat à l’écran, l’aisance avec laquelle Leone s’est réapproprié le film saute aux yeux (et s’explique d’ailleurs par sa très grande implication dans l’écriture du scénario).
MAIS PAS QUE DES WESTERNSLe colosse de RhodesL’avis de Georges Léger :
Souvent oublié de la filmographie du réalisateur, le film se laisse voir avec un certain plaisir mais ne marque pas les mémoires. Obligé de remplir le cahier des charges inhérent à tout péplum, Leone arrive pourtant à aller le temps de certaines séquences au delà et à nous offrir les prémices de Son cinéma. Mais au final, il est difficile de retrouver la patte du maître : pas de distorsion spatiale ou temporelle, pas de cadrage fou… Presque rien donc si ce n’est un goût déjà très prononcé pour la violence graphique et le sadisme avec de nombreuses scènes de tortures.
Sodome et Gomorrhe, co-réalisé en désaccord total avec Robert Aldrich peut difficilement se soumettre à une analyse en tant que film de Sergio Leone.
Il était une fois en AmériqueL’avis de Kevin Prin :
Difficile d'écrire sur
Il était une fois en Amérique sans avoir l'impression de ne pas rendre justice à un tel chef d'œuvre. Pour faire simple, il suffirait de dire qu'il s'agit d'un des plus beaux films ayant foulé un grand écran. Au-delà de son histoire,
Il était une fois en Amérique véhicule parfaitement les thèmes de l'amitié, du temps qui passe, des souvenirs qui restent et de la réussite éphémère, tous ces ingrédients qui font une vie, la rendant unique et irréversible. Leone signe ici le dernier film de son vivant, un pur chef d'œuvre intemporel.
SES REFERENCESSergio Leone, hormis évidemment les westerns américains, utilisa comme référence pour
Une poignée de dollars,
Le Garde du corps (
Yojimbo) d’Akira Kurosawa.
Les péplums de ses débuts peuvent trouver une filiation logique avec Mervyn Le Roy, Robert Wise, William Wyler et Mario Bonnard, avec qui il travaille respectivement sur
Quo Vadis ?,
Hélène de Troie,
Ben Hur et
Les derniers jours de Pompéi.
Impossible enfin d’éluder l’influence qu’a forcément exercé le néo-réalisme sur Leone. Certes, d’un point de vue formel, le cinéma "maniéré" de Leone ne rappelle pas vraiment le côté épuré et les acteurs amateurs utilisés par De Sica ou le réalisme cru de Rossellini. Mais le souci de plus en plus marqué au fil du temps de dépeindre la réalité sociale durant laquelle se déroulent ses histoires ne trompe pas.
Leone, Cardinale et Bronson sur le plateau d'IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST REFERENCES OUVERTES A SERGIOLes références plus ou moins avouées au cinéaste Italien sont tellement nombreuses qu’il semble impossible d’en dresser une liste exhaustive. Pour autant, certaines méritent d’être citées par leur côté humoriste ou par la notoriété des cinéastes dont elles proviennent.
Quentin Tarantino : Kill Bill John Woo : Une balle dans la tête Robert Rodriguez : Desperado 2 : Il était une fois au Mexique Et tant d’autres, des parodies X aux tics de mise en scène…
LE SAVIEZ-VOUS ?
Sergio Leone réalise Pour une poignée de dollars sous le pseudonyme Bob Robertson, en hommage à son père cinéaste connu sous le nom de Roberto Roberti.
Ennio Morricone lui a été imposé la première fois par son studio, alors que Leone voulait Lavagnino avec qui il collabora pour Le colosse de Rhodes.
Sergio Leone et Ennio Morricone étaient camarades de classe à l’école primaire !
Sergio Leone refusa de réaliser Le Parrain pour se consacrer à son projet Il était une fois en Amérique.
Dans Il était une fois en Amérique, Leone apparaît dans le rôle d’un guichetier.
Sergio Leone avait déjà essayé d’engager Charles Bronson pour sa trilogie du dollar. Il y parvint finalement pour Il était une fois dans l’Ouest.
Pour l'introduction d'Il était une fois dans l'Ouest, Sergio Leone voulait pour le duel opposant Charles Bronson à trois bandits, à nouveau réunir Le Bon, La Brute et le Truand. Eli Wallach et Lee Van Cleef étaient partant. Mais Clint Eastwood indisponible (ou peu consentant ?), parti vers les horizons de l'Inspecteur Harry, Leone se rabatta sur trois icônes du western dont Woody Strode (dont le dernier sera Mort ou Vif de Sam Raimi, où la balle qu'il se prend dans le crâne laissant un trou béant restera dans les mémoires).
Une scène magistrale, mais on aurait certes rêvé de voir Charles Bronson flinguer les anciens héros de Leone.
Un plan dans Il était une fois dans l'Ouest au dessus de Claudia Cardinale à travers une sorte de rideau est identique dans son principe au plan final d'Il était une fois en Amérique au dessus de Robert de Niro.
Claudia Cardinale dans IL ETAIT UNE FOIS DANS L'OUEST
Robert de Niro dans IL ETAIT UNE FOIS EN AMERIQUE
Leone mit pas moins de dix ans à monter Il était une fois en Amérique.
FILMOGRAPHIE
Les derniers jours de Pompéi (1959), avec co-réalisé Mario Bonnard
Le colosse de Rhodes (1960)
Sodome et Gomorrhe (1961), avec co-réalisé Robert Aldrich
Pour une poignée de dollars (1964)
Et pour quelques dollars de plus (1965)
Le Bon, la Brute et le Truand (1966)
Il était une fois dans l’Ouest (1969)
Il était une fois la révolution (1971)
Mon nom est Personne (1973), co-réalisé avec Tonino Valerii
Un génie, deux associés, une cloche (1975), co-réalisé avec Damiano Damiani
Il était une fois en Amérique (1984)
BIBLIOGRAPHIE
Deux livres indispensables pour en savoir plus sur Sergio Leone :
Sergio Leone : Le jeu de l’Ouest, d’Oreste De Fornari, chez Gremese
Conversation avec Sergio Leone, de Noël Simsolo, chez Ramsay Poche