Sofia Coppola

Le portrait de Sofia Coppola

Il est compliqué de parler de l'adolescence sans tomber dans l'archétype. Sous le mot « jeune » se cache toutes les simplifications imaginables. On peut enfiler les clichés comme des perles vu que personne n'a de souvenirs clairs sur cet état transitoire, pourtant le plus intéressant de la vie, puisque c'est le moment où la conscience s'éveille, prend conscience de son malaise et de son mal-être, avant de s'assoupir à nouveau jusqu'au gâtisme. C'est une période douloureuse, terrible, fermée sur elle-même. 

Assurément le grand film sur l'adolescence de ces dernières années a été l'envoutant Elephant de Gus Van Sant. On peut aussi citer le singulier Garden State de Zach Braff. Cette nouvelle tendance à prendre cet âge au sérieux doit tout à Sofia Coppola.

 

Elle est véritablement la cinéaste qui en a saisi l'essence avec le plus de justesse. Pourtant, avec son nom et son ascendance, on attendait pas grand chose de son arrivée au cinéma en tant que metteur en scène (après une apparition peu concluante dans le rôle de Mary Corleone dans le Parrain 3). Mais elle est bien plus que la fille de son père. Son talent a bien vite balayé les doutes et les préjugés. Elle s'est emparé de ce temps instable de la vie qu'est l'adolescence, cette zone indéfinie et casse-gueule qui peut facilement entrainer dans les pires clichés. Avec élégance, légèreté et un style extrêmement affuté dès son premier film, elle s'empare de ce sujet et en fait la pierre de touche de son cinéma. Jusqu'à fonder son esthétique. Elle ne traite pas à chaque film directement de ce sujet, pourtant toute son oeuvre traite de la transition, de l'enfance à l'âge adulte, de l'éveil ou du réveil à la vie, mettre en scène une bulle qui finit par éclater.

 

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Ses films ont quelque chose d'à la fois grave et léger, frivole et tragique, artificiel et profondément vrai. Privillégiant les ambiances, ses films plongent d'abord dans un état assez indéfini entre deux âges ou entre deux mondes (Lost in translation). Dans une sorte de réalité toujours indécise, une réalité qui hésite avant de se rendre à l'existence. Son univers est fondé sur le décalage, qu'il soit existentiel (Virgin Suicides, Marie Antoinette) ou spatio-temporel (Lost in translation). C'est sur cette capacité à montrer ce qui est déplacé, désaxé, tout en finesse et en suggestion qui fait d'elle une grande artiste. Peut-être même a t-elle trouvé une nouvelle manière du cinéma en s'emparant de ce grand thème de l'adolescence, elle a en tous cas assurément inventé son esthétique et marqué une évolution puisqu'on lui reconnaît déjà une certaine influence (sur Zach Braff par exemple cité plus haut) et elle a permis de s'intéresser davantage à une ambiance, des états d'âmes qu'à une histoire bien précise, à ce qui est le moins évident à montrer en somme. 

 

Quentin Tarantino avait qualifié Lost in Translation de « haïku », du nom de ces magnifiques poèmes orientaux qui en un minimum de mots suggèrent des choses complexes et profondes. Le cinéma de Sofia Coppola a cette noblesse là, cette grâce qui s'enrichit à chaque vision d'un sens plus profond.



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