1. >
  2. >
  3. >Stellan Skarsgård

Stellan Skarsgård

Le portrait de Stellan Skarsgård

Né le 13 juin 1951 en Suède, Stellan Skarsgard se consacre à la comédie dès son plus jeune âge. A l'adolescence, il est déjà remarqué à la télévision suédoise pour son rôle dans une mini-série. Il intègre ensuite le très prestigieux théâtre de Stockholm, dirigé pendant de nombreuses années par Ingmar Bergman. Il apparaît dans de nombreuses productions, notamment mises en scène par le maître. Il y restera seize ans. Dans le même temps, ses apparitions sur les écrans sont régulières. En 1982, il se voit récompensé par un Ours d'Argent à Berlin pour son rôle dans L'Assassin Candide de Hans Alfredson, après avoir été honoré par l'équivalent d'un César dans son pays. L'attention des réalisateurs internationaux est désormais sur lui.

Philip Kaufman est le premier à user de la personnalité de cet acteur reconnu, dans L'insoutenable légèreté de l'être en 1988. Par coïncidence, il y croise également Erland Josephson, vieux complice de Bergman. Skarsgard y incarne un ingénieur, ami du couple formé par Daniel Day Lewis et Juliette Binoche, dans une Tchécoslovaquie en pleine effervescence au moment du printemps de Prague. Le réalisateur a également choisi une autre grande actrice d'origine suédoise, Lena Olin. Le film adapté de Kundera est un chef d'oeuvre en hommage à la libération des moeurs, contre la chape de plomb des dictatures. On y trouve des prestations d'acteurs exceptionnelles.

Habitué à changer radicalement de registre, trait qui a fait sa renommée en Suède, il accepte de tourner dans une grosse production américaine, A la Poursuite d'Octobre Rouge de John McTiernan, adapté de Tom Clancy. Il y est commandant du sous-marin russe et ex-agent du KGB, opposé au vieux loup de mer Sean Connery. Il revient aux grands maîtres de son pays natal en tournant dans Oxen de Sven Nykvist (légendaire chef opérateur de Bergman) en 1991. Mais il est appelé à aborder d'autres rivages et d'autres frontières.

Le Danois Lars Von Trier, qui a fait parler de lui en concevant le Dogme, fait appel à Skarsgard pour endosser l'un des rôles principaux de Breaking the waves en 1996. L'acteur était déjà apparu dans la série que Von Trier avait créée deux ans auparavant, l'Hôpital et ses fantômes. Mais c'est dans la peau de cet infirme qui manipule Emily Watson jusqu'au sadisme qu'il impressionne. Dans ce film, on voit qu'il peut dégager une humanité chaleureuse (avant son accident et à la toute fin de l'histoire), et se faire inquiétant, dangereux. Au sein d'un même rôle, la prouesse est de taille. C'est cependant Watson qui porte le film, bouleversante de simplicité et d'amour jusque dans son sacrifice absolu. Skarsgard retrouvera Von Trier, rencontrant la douce Selma de Dancer in the dark et se joignant à l'étrange population de Dogville, peu à peu gagnée par une démence collective à l'arrivée de l'innocente Nicole Kidman. A chaque fois, le réalisateur lui confie des rôles extrêmement contrastés, conjuguant la chaleur humaine absolue à la plus vile bassesse.

Versatilité exceptionnelle

Toujours demandé dans des films très différents, Stellan Skarsgard joue dans My son the fanatic, comédie britannique et satirique. Dans le même temps, on le voit dans Savior en 1998 où Dennis Quaid connaissait l'enfer de la guerre en Serbie. Cela démontre à nouveau sa remarquable versatilité. Il incarne un abolitionniste dans l'oeuvre que Steven Spielberg consacrait à l'esclavage, Amistad. Le même Spielberg avait un temps envisagé d'engager le comédien pour incarner le héros de La Liste de Schindler. Il est vrai qu'il en avait la carrure. Skarsgard est définitivement une valeur sûre. Il est surtout capable de se faire à tous les genres de cinéma, du Peur bleue de Renny Harlin à Ronin de John Frankenheimer. 

Mais Stellan Skarsgard ne cède pas totalement aux sirènes de Hollywood, où il est toujours perçu comme un solide second rôle et beaucoup plus rarement comme un comédien sur qui on peut monter un film. En 1998, il incarne le mathématicien brillant, ami et rival de Robin Williams, tentant d'apprivoiser le génie de Will Hunting, réalisé par Gus Van Sant. Dans le même temps, il tourne dans une oeuvre fascinante, Insomnia de Erik Skjoldbjaerd. Cette histoire singulière donnera lieu à un remake de Christopher Nolan avec Al Pacino dans le rôle titre. 

Skarsgard participe à bien des univers éloignés les uns des autres, en remarquable caméléon, dans des oeuvres inégales, de Kiss Kiss bang bang en 2001 (à ne pas confondre avec celui de Shane Black) au Roi Arthur de Antoine Fuqua en 2004. Peu à peu Skarsgard sort de son statut d'éternel second rôle pour endosser des emplois plus conséquents. Dans Taking sides: le Cas Furtwängler, il incarne le chef d'orchestre compromis avec les nazis. Même dans une oeuvre assez discutable et plutôt opportuniste, L'Exorciste au commencement de Renny Harlin, il a suffisamment de prestance pour incarner le père Lankester. 

C'est tout naturellement qu'il aborde les mondes de Pirates des Caraïbes, le secret du coffre maudit, incarnant le père de Will Turner, confondu avec la coque d'un vaisseau maudit. Il arrive même à rendre émouvant le sort improbable dont est victime ce pauvre bougre. En quelques scènes, il donne de la profondeur et de l'épaisseur à son personnage. Certes il est au second plan, comme souvent, mais n'est pas négligeable. Enfin il campe un grand artiste tout à fait convainquant dans Les Fantômes de Goya de Milos Forman. Son professionnalisme et son charisme lui permettent d'incarner le peintre dans les grands moments de son existence: de ses grands émerveillements de jeunesse, de ses audaces à sa déchéance. Le métrage ne tient hélas pas toutes ses promesses malgré les solides performances de Skarsgard, de Javier Bardem et Natalie Portman (la mise en scène est -contre toute attente- assez peu inspirée). Toujours d'une incroyable polyvalence, il devient l'un des anciens amants de Meryl Streep dans Mamma mia!. Ni lui, ni ses deux partenaires (Colin Firth et Pierce Brosnan) n'étaient reconnus pour leur talent de chanteur. Le défi était de taille et relevé avec un certain brio.

 

La carrière hollywoodienne de Stellan Skarsgard ressemble à celle d'un acteur de studio à l'ancienne. Il est charismatique et apporte son expérience à des productions extrêmement variées. Son grand prédécesseur, à qui il fait souvent songer, Max Von Sidow, a connu le même genre de carrière internationale. 

Jouissant d'une reconnaissance incontestable en Suède, ayant fait ses preuves avec succès dans tous les registres, il s'est rendu indispensable pour compléter la distribution de productions souvent prestigieuses. Il est l'un de ces artisans exceptionnels capables d'assumer tous les rôles avec une facilité déconcertante, en même temps qu'une certaine humilité. On aimerait toutefois qu'un cinéaste révèle tout le potentiel de ce grand comédien. Car il connaît la gloire paradoxale de ceux que le grand public connaît assurément, sans forcément retenir son nom.


Top personnalités

logAudience