Terence Stamp

Le portrait de Terence Stamp

Né un 22 juillet 1939 à Londres au sein d'une famille de cinq enfants, le jeune Terence connaît son premier choc devant Gary Cooper dans Beau geste. Dès lors, même s'il travaille un temps dans une agence de pub et envisage un moment de devenir joueur de golf professionnel (sur ce point, les sources divergent), sa vraie passion à laquelle il va vouer sa vie est la comédie. Il étudiera le théâtre et s'y fera un nom, sera fasciné par James Dean et prendra des cours du soir à Londres pour s'imprégner de la méthode de l'Actor's studio.

Dans sa jeunesse au début des années 60 et avant la gloire, il se lie d'amitié avec un autre acteur prometteur Michael Caine, avec qui il partage un appartement. Ensemble ils incarnent un renouveau et ils profitent à plein de leur folle jeunesse (alignant des conquêtes féminines assez glorieuses). Stamp est révélé par le film Billy Budd de Peter Ustinov, belle adaptation de Herman Melville en 1962. Il se voit dès lors précipité sous le feu des projecteurs. Son physique singulier et attirant fascine. Il est nommé pour la première fois aux Oscars. 

Mais c'est son côté ténébreux et trouble qui l'impose définitivement dans un film qui fit scandale à l'époque, l'Obsédé de William Wyler. Il y est un jeune homme qui enlève une femme pour la séquestrer dans sa cave. On croit d'abord qu'il l'aime éperdument, mais on finit par s'apercevoir qu'il la collectionne et la garde pour lui, exactement comme il le fait pour les papillons. L'interprétation est troublante et choquante puisque Stamp en 1965 a l'allure d'un jeune homme un peu introverti qui révèle peu à peu une pulsion malsaine. Cet aspect nourrira pas mal de ses rôles dont celui du cow-boy étrange et blond qu'il jouera dans El Gringo en 1968.

Il apparaît auprès des cinéastes les plus glorieux de l'époque, comme dans Modesty Blaise de Joseph Losey ou la grande fresque Loin de la foule déchaînée de John Schlesinger. Il y est un militaire épris de Julie Christie (avec qui il entretient une liaison à la ville) dans l'Angleterre du 19ème siècle au coeur de l'adaptation d'un roman de Thomas Hardy. 

Stamp apparaît  notablement dans un sketch réalisé par Fellini. Cette partie, intitulée « Toby Dammit » est la plus morbide, dérangeante et surréaliste des Histoires extraordinaires adaptées d'Edgar Allan Poe en 1968. L'acteur y est livide et maigre, dans une ambiance de cauchemar absolu, prisonnier d'une ville dont il tente de s'échapper à toutes forces, pour se soustraire à la vision morbide d'une fillette inquiétante jouant avec un ballon. Dans cette métaphore et cette variation autour de la décadence et de la mort, la présence de l'acteur est maladive, transmettant de manière troublante le malaise de son personnage. 

Il ira plus loin encore dans l'étrangeté, endossant le costume de Théorème, être énigmatique et séducteur presque surnaturel venu bouleverser les certitudes de bourgeois qui céderont tous à son irrésistible charme. Il s'agit d'une satire métaphorique de ce petit milieu signée Pier Paolo Pasolini. Ce rôle absolument hors des clous est symbolique de sa première période est l'un des plus importants de sa carrière. Il incarnera ensuite Rimbaud dans Une saison en enfer aux côtés de Jean Claude Brialy. Il sera du premier film de Ken Loach, Pas de larmes pour Joy, évoquant en 1967 le destin d'une femme qui se débat dans la précarité pour trouver le bonheur. Les images de ce film serviront à Soderbergh pour évoquer le passé du héros de l'Anglais

Il est également notable que Terence Stamp ait refusé le rôle principal d'Alfie au grand regret et malgré les protestations de son ami Michael Caine, qui a repris le personnage avec un grand succès. Stamp traverse à l'aube des années 70 un épisode assez singulier. Dévasté par sa rupture avec sa compagne Jean Shrimpton, il délaisse totalement le cinéma pour se retirer en Inde. Et l'acteur qui était l'une des valeurs sures du cinéma britannique, un représentant assez brillant de sa turbulente jeunesse, met un point d'arrêt à sa carrière, alors qu'il est apprécié des plus grands metteurs en scènes. On le retrouve de loin en loin (notamment dans la peau d'Edgar Poe dans The Black out) mais il se considère plus ou moins comme retraité. 

 

Grand acteur de composition

Ce n'est qu'en 1979 qu'il fait un retour assez fracassant dans Superman de Richard Donner, composant un méchant d'anthologie, le Général Zod effrayant et charismatique qu'il développera pleinement dans Superman II de Richard Lester (dont on peut à présent apprécier le montage originel en DVD, fidèle à la vision de Richard Donner, avec Brando réintégré à l'histoire). Terence Stamp est charismatique, sadique, glaçant et inquiétant, au contraire d'un Gene Hackman agaçant et cabotin à l'excès.

Mais il ne se livre pas autant au cinéma qu'auparavant et son travail change peu à peu de nature. Il devient un solide acteur de composition, plutôt que la star branchée qu'il était en son jeune temps. Pourtant un film est majeur dans sa carrière et date de cette époque: The Hit de Stephen Frears en 1984. Il y incarne un gangster repenti qui a trouvé l'apaisement et la sagesse mais que son passé rattrape (cela trouve quelque écho dans la trajectoire de l'acteur). On notera également sa participation à Wall street d'Oliver Stone, où il est un homme d'affaires intègre et l'opposé de Michael Douglas. Il est également dans Le Sicilien de Michael Cimino. 

On l'emploie pour son élégance toute britannique, sa prestance qui en impose. A cette époque, sa mère meurt, et Stamp, revisitant son enfance, se découvre un talent pour l'écriture et rédigera pas moins de trois autobiographies et un roman. Mais c'est véritablement avec Priscilla, Folle du désert qu'il réaffirme en 1995 son audace absolue et son statut à part dans le cinéma. Il peut tout se permettre et toucher juste, même dans la peau des personnages les plus improbables (ici une drag-queen vieillissante, flamboyante et touchante). L'oeuvre est audacieuse mais en aucun cas insultante et célèbre la marginalité avec une belle sensibilité, ce qui ne pouvait que séduire un artiste comme Terence Stamp. On retrouve le port de gentleman et l'élégance naturelle du comédien en éditeur britannique dans Tiré à part de Bernard Rapp.

L'oeuvre qui marque cette dernière décennie est assurément l'Anglais de Steven Soderbergh en 1999. Il s'agit d'un film en hommage à l'acteur, célébrant sa présence en même temps que le symbole des belles sixties qu'il est, tout comme Peter Fonda, l'ennemi qu'il traque. Stamp est un tueur qui veut venger sa fille disparue alors qu'elle partageait la vie de ce producteur de disques légendaire. Le face à face est intense entre les deux icônes: l'anticonformisme londonien contre le motard légendaire d'Easy Rider. Il y avait là un beau moment à savourer et Soderbergh est à la hauteur de la tâche en leur présentant ses respects. On voit le jeune Stamp en Flash back, comme un père aimant mais également un assassin qui n'a pas su sauvegarder son bonheur et protéger sa fille. Et puis il y a le visage de Stamp, plus parcheminé qu'auparavant, plus racé et expressif, dans une maturité magnifique (qui n'est pas sans rappeler celle de Clint Eastwood dans Impitoyable). Même s'il est un tueur sans merci et volontiers ordurier ou violent, quelle classe ! C'est sans doute pour cette dernière qualité que Yvan Attal l'a choisi pour incarner l'acteur séduisant qui doit embrasser Charlotte Gainsbourg dans Ma Femme est une actrice en 2001.

 

Terence Stamp apparaît assez brièvement dans les deux premiers volets de la nouvelle trilogie de Star Wars dans le rôle d'un auguste chancelier. On reconnaît sa voix dans quelques épisodes de Smallville (celle de Jor-El, le retournement ne manque pas de sel puisqu'il était son ennemi dans la version cinéma de Superman). Enfin il se prête à des productions plus anecdotiques (pour rester poli), telles que Mon boss, sa fille et moi ou encore dans l'adaptation discutable -pour dire le moins- d'Elektra. Dans Wanted, choisis ton destin, il est le vieux sage qui finit par ouvrir les yeux du héros. 

On l'a vu récemment dans Valkyrie de Bryan Singer aux côtés de Tom Cruise. Il continue de tourner avec régularité, même si on espère encore qu'il retrouvera bientôt un rôle digne de sa stature. Après tout, on lui doit quelques belles audaces, il est dommage de le voir réduit à une fonction plus secondaire et honorifique.



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