Tim Robbins

Le portrait de Tim Robbins

Tim Robbins naît le 16 octobre 1958 en Californie, fils d'un chanteur folk. Pour profiter de son succès, la famille déménage à New York, alors en pleine effervescence (Bob Dylan y débutait). Le jeune Tim grandit auprès des marginaux et des artistes de Greenwich Village. Il apprend alors la musique et accompagne ses parents dans leur mode de vie bohème. A l'âge de dix ans, il monte sur les planches pour la première fois. C'est alors que naît sa vocation. Il sera un homme de théâtre. Alors qu'il n'est qu'un jeune adolescent, il met déjà en scène ses premières pièces. Robert Altman l'a comparé à Orson Welles. Sa précocité et ses excellents résultats scolaires encouragent en effet ce rapprochement. D'autre part, il se nourrit aux sources de la contre-culture et forme peu à peu sa conscience politique.

C'est lorsqu'il déménage à Los Angeles et s'inscrit à la UCLA que les choses sérieuses commencent. Il fonde une troupe « The Actor's gang ». Adaptant d'abord Ubu roi, Robbins se fait immédiatement remarquer pour son approche à la fois engagée, absurde, provocatrice et novatrice (Robbins est un grand amateur de Punk, profondément influencé par la Comedia dell'arte). Ses productions rencontrent un succès critique immédiat et lui valent des récompenses. Mais il manque d'argent pour les monter. C'est pour cette raison purement alimentaire qu'il apparaît d'abord à l'écran. 

C'est très discrètement qu'il a participé à l'excellent Network de Sidney Lumet (sans être crédité au générique) en 1977. Au cinéma, il décroche des rôles très secondaires dans des productions très anecdotiques. Il est cependant amusant de le voir croiser d'autres jeunes débutants d'alors comme Demi Moore dans No Small affair en 1984. En 1985, dans Garçon choc pour nana chic de Rob Reiner, il trouve enfin un rôle plus consistant dans le rôle d'un étudiant qui traverse les Etats unis pour rencontrer sa belle (Nicolette Sheridan). 

Le succès est là, le salaire est bon, les productions théâtrales de Robbins assurées. Il continue donc dans sa double voie, avec à chaque cachet la possibilité de faire vivre sa troupe. Il se joint à la génération montante réunie dans Top Gun

Une valeur montante

Dans Five Corners, il partage l'affiche avec Jodie Foster et John Torturro au coeur du New York des années 60. Ce film, par son sujet et la qualité de son écriture, demeure cher à son coeur. Il est un jeune joueur de baseball que Kevin Costner prend sous son aile dans Duos à trois. Tim Robbins y rencontre Susan Sarandon. Peu à peu, son visage s'impose. La décennie suivante sera celle où ses choix cinématographiques rejoindront peu à peu ses choix artistiques et le verront passer derrière la caméra.

Après quelques films comme Erik le viking des Monty-Python (où il était un guerrier trop sensible pour s'adonner au massacre et au viol) ou Cadillac Man (avec Robin Williams), Robbins incarne le héros tourmenté de l'Echelle de Jacob de Adrian Lyne en 1991. L'oeuvre est glauque et troublante. On ne discerne pas bien si les événements perturbants et terribles qui se déroulent sont le fruit de l'imagination d'un personnage sombrant dans la folie où s'ils sont réels. Dans cette atmosphère désespérée et paranoïaque, la performance de Robbins est habitée, hallucinée, exceptionnelle. 

Il rencontre ensuite Robert Altman pour qui il campera le héros de The Player, dans ce qui demeure l'un des meilleurs films sur les coulisses de Hollywood. En producteur sans vergogne, l'acteur fait merveille. Altman est l'une de ses grandes influences, l'un de ceux qui lui ont donné l'envie de faire du cinéma. Le Golden boy qu'il portraiture sombre peu à peu dans la terreur lorsqu'il se voit être la cible de menaces de mort. Lui qui manipulait les autres sans états d'âmes connaît alors des tourments qu'il ne soupçonnait pas. Altman, grâce à de réjouissants et prestigieux cameos, se livre à une satire efficace tout en contant le trouble intérieur de ce personnage. Son existence superficielle se trouve menacée. Robbins se laisse peu à peu envahir par la psychose. C'est la trajectoire de beaucoup de ses rôles marquants. Il retrouve Altman en 1994 dans Short Cuts où il incarne un flic, trompant sa femme et se conduisant comme une ordure. Robbins sait transcender ces caractères antipathiques en les rendant subtilement pathétiques. Il les rend paradoxalement attachants. Il apparaît encore auprès de Altman dans Prêt à porter en 1995. 

Des réalisations personnelles

Il réalise son premier film en 1992. Bob Roberts est un personnage qu'il a créé au milieu des années 80 pour le Saturday night live. Ce héros a tous les attributs du chanteur folk de « protest songs » tels que Tim Robbins en a connu dans son enfance. Mais ce personnage prône des idées absolument rétrogrades et fascistes, détournant absolument les codes de la contre-culture pour véhiculer sa propagande nauséabonde (à travers des parodies assez hilarantes comme son album « Times, they are changing back again », allusion au « Times, they are a changing » de Bob Dylan). Il invente la figure contradictoire et machiavélique d'un rebelle conservateur. Imitant la forme du documentaire, la charge de Robbins est un modèle du genre: il condamne le populisme, les raccourcis, les bouc-émissaires et le danger des solutions trop simples. Son film est jubilatoire et profondément engagé.

En 1995, il réalise La Dernière Marche avec Sean Penn et Susan Sarandon. Lui est condamné à mort. Elle est la nonne qui le rencontre et gagne sa confiance.  Or le tueur n'a pas d'excuses et ne se repent pas. S'inspirant d'une histoire vraie, Robbins explore avec justesse tous les aspects moraux de la peine de mort. Le film est un engagement profond et intelligent contre la peine capitale, une mort en plus ne venant pas apaiser le deuil ou atténuer le traumatisme d'un crime. Les deux interprètes qu'il choisit pour raconter cette histoire sont exceptionnels de sensibilité et de justesse.

Avec Broadway 39ème rue, Tim Robbins réalise en 2000 un projet qu'il préparait de longue date: un film choral se déroulant dans le New York d'Orson Welles, livrant sa vision d'une ville à la fois en crise et en effervescence. C'est foisonnant et parfois simpliste mais il y a quelque chose d'énergique et de propre à la comédie musicale dans cette oeuvre, hommage à beaucoup des inspirations de son réalisateur (dont l'influence profonde de Robert Altman que l'on ressent dans cette histoire polyphonique).

Registre éclectique

Dans le Grand Saut des Frères Coen, il incarne l'homme de paille humble mis à la tête d'une grande société par des gens peu scrupuleux qui veulent profiter de son innocence. En lunaire un peu simplet, rêveur et plein de bonnes intentions, Robbins aborde ce candide avec tendresse, opposé aux manigances du grand Paul Newman. Dans les Evadés de Frank Darabont, il est un homme emprisonné pour un crime qu'il n'a pas commis. Il va peu à peu s'imposer dans ce milieu carcéral. L'acteur est d'abord énigmatique et s'ouvre peu à peu, livrant une belle composition dans une oeuvre de facture classique et réussie. On le voit dans une comédie romantique, l'Amour en équation en 1995 où il tombe amoureux de Meg Ryan (actrice dont il a partagé les débuts dans Top Gun).

Il poursuit dans ce mode plus léger en partageant l'affiche avec Martin Lawrence dans Rien à perdre en 1997, y faisant preuve d'un beau sens comique. Dans Arlington Road, il redevient ambivalent, en voisin mystérieux qui semble cacher un sombre secret. Jeff Bridges se pose des questions sur le comportement de cet individu. Jusqu'au bout, on ne sait s'il est paranoïaque ou clairvoyant. Robbins sait jouer depuis longtemps de cette ambiguïté.

On l'a vu au début des années 2000 dans Mission to mars, High Fidelity et le sympathique Human Nature de Michel Gondry. Son grand rôle récent est assurément celui qu'il a tenu en 2003 dans Mystic river. Il y est l'adulte traumatisé par l'enlèvement qu'il a subi dans sa jeunesse, où il fut violé. Ce drame a frappé de plein fouet trois amis d'enfance (trio composé de Sean Penn et sa douleur majuscule, Kevin Bacon et lui-même). Il a l'air égaré, inspire la pitié puis la méfiance. Robbins parvient à maintenir l'incertitude sur la nature de ce personnage jusqu'au bout. On a bien du mal à le juger tant il est complexe et marqué par son passé. Dans la Guerre des mondes de Steven Spielberg en 2005, il incarne de nouveau un homme totalement perturbé (un leitmotiv dans sa carrière) cette fois par l'arrivée d'aliens très belliqueux. Totalement hors de lui, il devient un danger pour Tom Cruise et sa fille venus se réfugier auprès de lui. 

 

A son habitude, il tourne sans cesse dans des ambiances hétéroclites (comme dans Zathura: une aventure spatiale de Jon Favreau ou la Cité de l'ombre en 2008), tout en continuant de se consacrer au théâtre. Avec Noise, il est de nouveau un homme sur le point de craquer, ne supportant plus le bruit de la ville. Dans The Lucky ones, il incarnera prochainement prochainement un soldat de retour d'Irak. 

Ce qui caractérise Tim Robbins c'est sa faculté à aborder tous les registres. On ressent chez cet artiste une passion intense et profonde pour toutes les possibilités offertes par son art. Il ne cesse d'en explorer toutes les facettes avec une admirable polyvalence.  

 


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