Souvenez-vous : courant 2007, ABC annonçait la fin de sa série phare, Lost, avec trois saisons de préavis. Aussitôt, les décideurs de toutes les grandes chaînes américaines redoublèrent de zèle afin d'accomplir leur mission : trouver « le nouveau Lost », une série évènementielle et feuilletonnante, à l'argument souvent fantastique/SF, à la distribution d'ensemble et à l'intrigue de fond pleine de mystère et de zones d'ombre.

Mais rien n'est plus parlant que le sort réservé par NBC à Day One. Initialement annoncée par la chaîne, courant 2009, à grands renforts de communiqués de presse, de photos promos et de bande-annonce (cf ci-dessous), Day One se voulait la réponse de NBC au phénomène Lost : alors qu'une catastrophe globale vient de frapper la planète, un groupe éclectique de résidents d'un immeuble californien tente de s'organiser pour survivre, tout en résolvant le mystère de ce cataclysme inexpliqué (indice : à en juger par le trailer, les aliens sont de la partie).
On le voit, Day One marchait clairement dans les traces de Lost, Flashforward, et de Jericho. Une simple visite à la page de la série sur NBC.com (aujourd'hui un peu laissée à l'abandon) permet d'ailleurs de se rafraîchir rapidement la mémoire sur les espoirs placés dans le projet : photos promo, interviews vidéo, distribution et résumé, tout était prêt pour un lancement conséquent, sur la base du seul pilote de la série.
Et puis, lentement mais sûrement, le show s'est effrité dans les mains de NBC. Initialement prévue pour une vingtaine d'épisodes, Day One s'est rapidement vue réduite à une mini-série de treize heures (à la Harper's Island), commandée pour la mi-saison 2009-2010. Puis, en Octobre 2009, NBC change à nouveau d'avis, et décide d'utiliser la technique « Battlestar Galactica » : diffuser (quelque part sur leur grille après les J.O. d'Hiver) les quatre premières heures de Day One sous forme de mini-série, et espérer un succès qui déboucherait sur une série complète.

On peut se demander pourquoi un tel traîtement, alors que la chaîne semblait croire en son nouveau bébé. Plusieurs réponses évidentes viennent immédiatement à l'esprit, au premier rang desquelles la situation de la chaîne. NBC est, en effet, dans une position critique, suite à des années d'une politique créative on-ne-peut-plus désastreuse : sous la direction de Jeff Zucker et Ben Silverman, la chaîne a sombré, et enchaîné saisons après saisons de projets coûteux et râtés (Bionic Woman, Knight Rider, Heroes, Crusoe, Kings, Journeyman, The Cape, etc).

Avec un département fiction ne subsistant aujourd'hui que grâce à une poignée de sitcoms à succès, NBC cherche donc de nouveaux hits immédiats, si possible à moindre frais. Malheureusement, Day One ne répond à aucun de ces critères : la distribution est globalement anonyme (Julie Gonzalo et Carly Pope sont surtout connues pour de petits rôles souvent secondaires), l'intrigue demande un minimum d'implication et d'investissement sur la durée, le budget est assez conséquent... et surtout, Jesse Alexander, l'un des showrunners et scénaristes de Heroes, est à la barre du projet.
Ce même Heroes qui est aujourd'hui entré dans la mémoire télévisuelle comme l'un des plus beaux gâchis de NBC, un gâchis en très grande partie imputable à une écriture qui n'a jamais tenu les promesses initiales du show : il est alors aisé de comprendre les réticences soudaines de la chaîne à confier une grande série évènementielle comme Day One à Alexander, alors même que les saisons 3 et 4 de Heroes touchaient le fond niveau audience... et qu'en parallèle, les producteurs de The Event (Evan Katz, producteur exécutif de 24 heures chrono) proposaient leur série à NBC.
« Pas très originale ni économique, et handicapée par un showrunner au passif chargé, Day One n'a pas survécu à une concurrence plus vendeuse. »
Face à deux projets sur le même créneau (série évènementielle SF à tendance conspirationnisme alien), la chaîne a donc tranché. Et si l'on peut toujours regretter ce réflexe agaçant des networks américains, qui préfèrent systématiquement mettre des épisodes terminés au placard, plutôt que les diffuser, même sur un créneau horaire anodin (ou sur une chaîne parente, comme Syfy l'est pour NBC/Universal, par exemple), les plus rancuniers d'entre nous se consoleront peut-être (ou pas) en remarquant que The Event ne brille pas non plus niveau audience, et que la série ne dépassera probablement pas sa première saison. Comme quoi...

